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25/02/2010

Notre cœur nous surpasse

 

 

 

Spinoza suggérait que nous sommes loin de savoir ce que peut un corps, la joie dont un corps est capable. Il semble que l’humanité n’ait pas encore exploré toute l’étendue de son âme, et qu’elle est alourdie par la plainte ou la complainte. Nous sommes encore élégiaques. Nous pensons le bonheur au lieu de le vivre. Nous ne sommes plus fidèles à la Terre, dirait Nietzsche, et c’est pour cela que les fruits de l’heureux nous échappent en tombant à côté de nos mains peu reconnaissantes.

Nous avons une pensée du manque encore et donc de l’élégie. Et peut-être n’en sortirons nous jamais. Peut-être serons-nous toujours des escaliers, point mobiles allant de port en port à la recherche du havre absolu et (déjà) regretté. La vie nous donnerait peut-être le temps d’étendre notre âme, mais l’envie est là qui vieille à l’élastique et contracte l’âme en volontés d’avoir.

Deuxième élégie de Duino (Rilke) : "Ah nous aussi puissions-nous découvrir de l’humain ainsi pur, mince, retenu, une bande de terre à nous, fertile entre fleuve et rocher. Car notre cœur encore nous surpasse toujours, comme eux." L’espoir est permis donc. Car notre cœur nous surpasse, comme celui des dieux. Et notre cœur nous pousse à devenir un sujet, un héros, un so(u)rcier, un axe vivant. Pour devenir tel, trois coordonnées sont à tenir ferme :

Hypostasier notre vouloir-faire-exister-ce-qui-n’existe-pas dans une répétition consciente et sentie.

Se maintenir intempestif en refusant la temporalité normative des coupures.

Pratiquer le créalisme de manière réflexive, c’est-à-dire ne jamais céder au fatalisme de croire que le réel est figé. Le monde est ma création.

 

La révolution dans la durée, le devenir autre, la transmutation humaine, la libération des sillons du labour : peut-on concevoir sujet plus solennel et gai, rageur et triomphant ? Une dialectique dont les étincelles produisent le monde. Peut-on concevoir meilleur sujet de passion ?

Il y a tout un discours de la révolution qui est une manifestation de paresse, un snobisme de détresse, une timidité obscène, d’accord. Mais la répétition de la volonté de différence, même sous la forme minimale de la critique mondaine, et une forme de veille. Nécessaire, probablement. Insuffisante sûrement. Il est des mots d’ordres par lesquels on s’endort, des enthousiasmes qui trop enivrent, tandis que le devenir autre est toujours une aventure.


Luis de Miranda

(extrait de Une vie nouvelle est-elle possible ?)

07:56 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

Excelente, quisiera leer este libro, pero no soy muy buena con el francés, será posible conseguirlo en español? o en formato digital, eso me facilitaría su traducción.
Gracias,

Écrit par : Elena Franco | 25/02/2010

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