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02/12/2010

Le créalisme est une éthique du sublime

 

par Luis de Miranda

 

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Beaucoup de questions existentielles et philosophiques, individuelles et collectives, se nouent autour de la question de la limite et du sublime.

Au long de notre vie, malgré nos progrès, malgré notre accroissement éventuel de puissance ou de pouvoir, malgré nos joies et nos réussites, nous ne pouvons cesser, si nous sommes honnêtes, de nous sentir limités. Cette sensation est sans cesse trouée, contredite et renforcée à la fois, exaltée par le sentiment du sublime. C’est là une expérience humaine fondamentale : nous avons toujours des limites, que celles-ci soient intellectuelles, sociales ou physiques. Mais la spécificité poétique de l’humain est dans le sentiment du sublime, le respect de l'illimité, mis à mal par la logique du numéraire et de l'adaptation, dont la propagande vous dira que vous pouvez être illimité par la voie de l'ego-trip.

Nos limites évoluent. Nos bornes d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui. Ce point est corollaire d’une autre idée importante : il vient un temps où nous nous apercevons que le fait de vouloir repousser sans cesse ses limites est un leurre s’il ne s’accompagne pas de la conscience que notre identité, notre présence au monde sont déterminées par notre rapport cospirituel à autrui autant que par notre désir de rejoindre un absolu sans frontières. Ce qui définit le Surpoète : l’invention des limites par le dialogue, la construction commune de repères qui restent fidèles au sublime.

La liberté, nous la définirons comme un pouvoir autonome d’inventer de nouvelles limites en restant fidèle au sentiment du sublime et à une éthique de l'entente. Le sublime est invisible, il est à ouïr.

Les choses dépendent plus ou moins de nous. Ou comme le disait le stoïcien Epictète, « il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous »[1]. Il ne faut jamais confondre les idées que l’on se fait de la vérité et la vérité. Le sentiment d’une limite peut être une idée fausse : c’est une représentation plus ou moins basée sur l’expérience, les habitudes ou l’opinion commune. Détournant la sagesse de l’école stoïcienne, nous mettrons en évidence une question qui devrait toujours accompagner la sensation d’une entrave : est-ce qu’il dépend de moi de dépasser cette limite ?

Le seul fait de percevoir une limite indique que nous avons une représentation du possible. C’est là le signe que les bornes, lorsqu’elles sont conscientes, ont des chances d’être sociales, culturelles, liées à la somme des connaissances et des représentations à une époque donnée. Il faut lire le bijou de Kant, Observations sur le sentiment du beau et du sublime. On y comprend que le beau est inférieur au sublime parce que plus conservateur : « Le sentiment du sublime, tantôt s’accompagne de tristesse ou d’effroi, tantôt de tranquille admiration, et tantôt s’allie au sentiment d’une auguste beauté. J’appellerai sublime-terrible la première sorte de sublime, sublime-noble la deuxième,  sublime-magnifique la troisième. Une profonde solitude est sublime, mais elle inspire l’effroi. Le sublime est toujours grand, le beau peut aussi être petit. »

Dans un monde où l'esthétique est de plus en plus codée, standardiséeet réglée par le numérisme, la catégorie du sublime reste la clé d'un territoire authentiquement artistique, éthique et pratique.Que serait une existence qui garderait pour axe le souci du sublime,lors même que les limites de l’adaptation nous quadrillent ? 

Le sublime est peut être l'une des seules voies par lesquelles nous avons encore accès au créel, perçu et senti comme un devenir absolu et créatif. C'est dire que la question de la liberté y est intimement mêlée. Le créalisme ne défend pas un monde plus beau, mais la cohabitation respectueuse de mondes plus proches du sublime, une cohabitation accessible par une éthique de l’âme oyante et non une cosmétique de la représentation.

« Que dois-je faire ? » Agis de telle façon que tu sois fidèle au sentiment musical du sublime en toi, tout en respectant le dialogue avec le sentiment du sublime chez l'autre.

 

 



[1] Arrien, Manuel d’Epictète, vers 140 après J.-C.

 

17:03 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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