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21/10/2011

The crealist mode of power versus the capitalist mode of power / Le mode de pouvoir créaliste contre le mode de pouvoir capitaliste

Par Luis de Miranda
Basis for a conference given at York university, Toronto, Canada.
Base pour une conférence donnée le 21 octobre 2011, université de York, à Toronto, Canada.


1 - We talk about differents modes of power applied on realia, reality (cf. Nitzan & Bicher's book, Capital as Power). Therefore we believe reality can be modified. Every order is a "creorder" : we are crealists. This is a term that designates our actual Zeitgeist.

Nous parlons de différents modes de pouvoir appliqués aux realia, à la réalité (cf. Nitzan & Bicher's book, Capital as Power). Ce qui signifie que nous croyons que la réalité peut être modifiée. Tout ordre est un "créordre" : nous sommes créalistes. Ce terme désigne l'esprit actuel de notre temps.

2 - This conscience has not always been ours. We could say it starts with Pico della Mirandola and his famous text about human dignity (1487), that basically says that God made us half infinished in order for us to complete the other half by ourselves. With Renaissance, creation capacity therefore enters public domain by 50%. In 1883, Nietzsche's word that "God is dead" allows creation capacity to fully enter public domain.

Cette conscience ne fut pas toujours la nôtre. Nous pourrions dire qu'elle naît avec Pic de la Mirandole et son fameux texte sur la dignité humaine (1487), selon lequel Dieu nous a laissés à moitié finis afin que nous finissions l'autre moitié par nous-mêmes. Avec la Renaissance, la capacité de création entre donc pour 50% dans le domaine public. En 1883, le mot de Nietzsche selon lequel "Dieu est mort" autorise la capacité de création à entrer entièrement dans le domaine public.

3 - If we are crealists, if we believe that reality can be created as a creorder, then it means that either creation, either reality is for us an absolute. It is quite clear that in the capitalist mode of power, reality is an absolute and creation is a relative - as the power to produce commodities that are the ultimate realities. The capitalist world is not only materialist, but a world of objects (realia). Therefore, the natural philosophy of capitalism, as Ayn Rand saw it, is objectivism : reality is an absolute, it is the world of objects for subjects, of commodities for consumers.

Si nous sommes créalistes, si nous croyons que la réalité peut être créée sous forme de créordres, alors cela signifie soit que la création est pour nous un absolu, soit que la réalité est un absolu. Il est assez clair que dans le mode de pouvoir capitaliste, la réalité est un absolu et la création est relative - en tant que pouvoir de produire des marchandises qui sont les réalités ultimes. Le monde capitaliste n'est pas seulement matérialiste, c'est aussi un monde d'objets (realia). C'est ainsi que la philosophie naturelle du capitalisme, comme l'a vu Ayn Rand, est l'objectivisme : la réalité est un absolu, c'est le monde des objects pour des sujets, des marchandises pour des consommateurs.

4 - If we are to imagine another mode of power, and I believe there might be only two, we ought to consider creation as a creabsolute. Creation is the only absolute that is not dogmatic because it absolutizes the possibility of change and difference.

Si nous devons imaginer un autre mode de pouvoir, et il n'y en a peut-être que deux, nous devons considérer la création comme un créabsolu. La création est le seul absolu qui ne soit pas dogmatique car il absolutise la possibilité du changement et de la différence.

5 - I call this undogmatic absolute the "Creal". The advantage that we, crealists, might have on most religions, is that we are not Nihilists : we don't believe in creation ex nihilo, that is implied by the idea of God. It is clear by the very definition of crealism, that for a crealist, or a creorderer, creation is both ex realia and ex crealia : we transform reality and we are transformed by our belief in the possibility of change and difference, the Creal.

J'appelle cet absolu adogmatique le "Créel". L'avantage que nous, créalistes, avons peut-être sur la plupart des religions, c'est que nous ne sommes pas nihilistes : nous ne croyons pas en la création ex nihilo, qui est impliquée par l'idée de Dieu. Il est clair de par la définition même du créalisme que pour un créaliste, ou un créordinateur humain, la création est à la fois ex realia et ex crealia : nous transformons la réalité par notre croyance en la possibilité du changement et de la différence, le Créel.

6 - In terms of power, I believe crealists might be richer than capitalists for two reasons :
a - we know reality is a creality : it is not made of realia but of crealia. Therefore we can hardly fetichize commodities and objects. Our reality transformation is therefore more fluid, less servile.
b - we do have an absolute that is less frustrating than the capitalist absolute. Our creabsolute is the Possibility of New as Creal, while capitalist absolute is the pure enjoyment of the world objects (jouissance). Pure jouissance can never be reached through objects, as Lacan showed (cf. My book : Peut-on jouir du capitalisme ?) There is always some-thing more enjoyable in the horizon of the Absolute Commodity.

En termes de pouvoir, je crois que les créalistes sont sans doute plus riches que les capitalistes pour deux raisons :
a - nous savons que la réalité est une créalité : elle n'est pas faite de realia mais de crealia. Ainsi, nous pouvons difficilement fétichiser les marchandises ou les objets. Notre transformation de la réalité est de ce fait plus fluide, moins servile.
b - nous avons un absolu qui est moins frustrant que l'absolu capitaliste. Notre créabsolu est la Possibilité du Nouveau en tant que Créel, tandis que l'absolu capitaliste est la pure jouissance des objets du monde. Celle-ci, comme l'a montré Lacan (cf. notre livre : Peut-on jouir de capitalisme ?) ne peut jamais être atteinte. Il y a toujours quelque chose de plus jouissif à l'horizon de la Marchandise Absolue.

7 - One would ask : how is it possible that the crealist mode of power doesn't generate a chaos, a perpetually and too liquid changing creality ? How are we to create orders, a significantly consistant world ? The answer is : our creabsolute allows us to do so. Because if you believe in the Creal, the ever possible physical flow of New, change and difference, this means you also believe in unity. Unity is the shadow of change and difference. Change presupposes difference and difference presupposes identity. The idea of One is presupposed by the idea of becoming another.

On demandera : comment est-il possible que le mode de pouvoir créaliste ne génère pas un chaos, une créalité trop liquide et changeante ? Comment pouvons-nous créer des ordres, un monde significativement consistant ? La réponse est : notre créabsolu nous le permet. Car si vous croyez dans le Créel, le flux physique toujours possible du nouveau, du changement et de la différence, cela veut dire que vous croyez en l'unité. L'unité est l'ombre du changement et de la différence. Le changement présuppose la différence et la différence présuppose l'identité. L'idée d'Un est présupposée par l'idée de devenir autre.

8 - Crealism can create living orders because it encompasses the idea of integrity, of the becoming one of the bodies. And physical and spiritual integrity is exactly what we need to build more reliable worlds, since the world becomes what you repeat regularly and with consistancy, never forgetting that unity is asymptotical, never total.

The major crealist interrogation is not : "What was there before the creation ?", but, as Spinoza felt it, "What can a body ?"

Le créalisme peut créer des ordres vivants car il englobe l'idée d'intégrité, du devenir un des corps. Et l'intégrité physique et spirituelle est exactement ce dont nous avons besoin pour édifier des mondes plus fiables, puisque le monde devient ce que nous répétons avec régularité et constance, et n'oubliant jamais que l'unité est asymptotique, jamais totale.

La question créaliste par excellence, ce n'est pas "Qu'y avait-il avant la création ?", mais, comme l'a senti Spinoza : "Que peut un corps ?"



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