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15/11/2011

Sommes-nous les microbes de Mozart ?

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« O merveille !

En voici une profusion de bonnes créatures !

Que l’humanité est belle ! O fier monde nouveau,

que peuplent pareils êtres ! »

Shakespeare, La Tempête (1612).



 

Il était une fois une belle histoire, reprise en chœur par les médias internationaux. Elle raconte que quelque part dans la région du Brandebourg, au sud-est de Berlin, des bactéries digèrent des eaux usées au son de La Flûte enchantée de Mozart.

La station d’épuration de Treuenbrietzen a semble-t-il installé des haut-parleurs autour de ses bassins avec le concours du fabricant Mundus, diffusant notamment l’air de la reine de la nuit. Elle aurait ainsi réduit, sans autre modification, sa production de boue de 14% en un an. Roland Meinusch, le directeur, explique[1] : «Nous nous sommes retrouvés avec 6000 mètres cubes de boues au lieu des 7000 mètres cubes que nous produisons habituellement chaque année. Cela nous a fait économiser beaucoup d’argent. Bien sûr, en tant qu’ingénieur, je ne peux pas dire si ce résultat est vraiment dû à la musique – je n’ai pas de preuves scientifiques…»

D’après le journal Spiegel, Anton Stucki, le cocréateur des haut-parleurs Mundus, ajoute que les microbes sont stimulés avec de l’oxygène en même temps que les ondes soniques du compositeur australien. Mais il insiste : «La musique de Mozart possède une qualité singulière de corrélation entre harmonie et rythme». Et si on leur avait proposé du rock alternatif, les microbes auraient-ils mieux digéré la biomasse ?

Cette histoire, vraie ou exagérée, est un exemple de «créalisme». Si ce n’est qu’un astucieux coup de pub, l’oxygène étant, plutôt que la musique, le facteur clé de stimulation des microorganismes, cela reste un cas d’école de la communication de marque s’appuyant sur le renforcement d’une valeur, la «vertu de la haute musique». C’est ainsi que la plupart des médias ont repris l’information sans la critiquer. D’autres enthousiasmes analogues ont ces dernières années poussé certains parents à faire écouter du Mozart à leurs nouveaux-nés, pour stimuler le développement de leurs cerveaux. Ledit «grand public» a découvert «l’effet Mozart» en 1993, suite à une étude menée par le docteur Frances Rauscher à l’université de Californie. L’observation relate que 36 étudiants en psychologie auraient obtenu des résultats plus élevés lors de leur test de Q.I. après l’écoute, pendant dix minutes, de la Sonate pour 2 pianos en ré majeur, K. 448. Les résultats, interprétés par les médias, se sont transformés en réalité péremptoire : «L’écoute de la musique de Mozart augmente l’intelligence.» Pourtant, en 1999, des chercheurs de l’Appalachian State University ont reproduit l’étude de l’équipe du docteur Rauscher, sans succès. Dans une interview accordée au Times, celui-ci a d’ailleurs pondéré : «Je crois essentiel de permettre aux enfants de participer à des expériences culturelles enrichissantes. En revanche, j’estime que l’argent serait mieux utilisé s’il état injecté dans des programmes d’éducation musicale. »

Cela n’a pas empêché «l’effet Mozart» de devenir au fil des ans un argument marketing, accolé à des disques «pour bébé» proposant parfois des arrangements simplificateurs. Qui n’a pas envie d’y croire plutôt que d’en douter, et qui, à partir de cette aspiration, n’avalise pas la croyance que Mozart a des vertus extramusicales ? À force d’y croire, de telles croyances finissent par devenir inhérentes à notre vision et à notre expérience du monde. Notre réalité n’est-elle pas davantage modelée par nos actes de foi, nos désirs, notre soif de poésie plutôt que par une Vérité crue qui sans cesse se dérobe ? Bienvenue dans l’époque des «créations de réalité».

L’auteur de cet article n’est pas un cynique : il souhaite que le «créalisme» contribue à faire naître dans la conscience des plus isolés d’entre nous, à l’instar de la fille de Prospero dans la Tempête de Shakespeare, la révélation que les humains sont en puissance – malgré les mensonges, les désenchantements, les misanthropies, les méfiances, les cruelles expériences – l’un des lieux privilégiés du « merveilleux ». Ces lignes se déploient afin que nous soyons « fiers » du « monde nouveau » que nous avons à édifier. Le destin dont nous sommes les auteurs est « créel » plutôt que cruel. Faisons qu’il soit aussi honnête.

Puisse le créalisme fleurir comme un système de libération des conservatismes réalistes, le plus proche possible d'une immense symphonie vivante. Notre oeuvre commune est cet horizon idéal que chacun porte en soi : rien moins que le réenchantement du monde. Après tout, nous avons un avantage sur les microbes : nous pouvons lire le livret de La Flûte Enchantée. C'est un hymne à la connaissance, contre les superstitions.

 
Luis de Miranda
 
 
Positif :
- Recours à l'invisible pour agir sur le visible.
- Procédé écologique non chimique.
- "J'ai pris la boue et j'en ai fait de l'or" : le réel est enchantable dans ses recoins les plus "vils".
 
Négatif :
- L'usage de l'oxygène est peu mis en avant dans le discours.
- Qu'en pensent les employés de la station d'épuration, entendent-ils Mozart ?
- L'effet Mozart est-il un argument publicitaire ? Perpétue l'idée peut-être castratrice d'une musique d'ordre divin.
 
 

[1] Cité en septembre 2011 par la journaliste Hannah Cleaver, dans le journal The Local Online. Repris notamment par le Courrier International.

 

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Commentaires

ainsi dans les points que j'ai dégagé on voit que je souhaite privilégie les solutions non spécifiquement techniques, c'est-à-dire :

- réévaluer l'influence non-techique de l'esprit sur la matière.
- révéler des propriétés insoupçonnables des corps, leur part spirituelle
- favoriser les expériences de concertation.
- favoriser des expériences holistes, globales, qui ne séparent plus corps et esprit, réel et imaginaire.

- éliminer les initiatives qui ne relèveraient que de la communication, de l'emballage

Écrit par : Luis | 16/11/2011

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