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20/05/2010

L'art d'être libres au temps des automates

Image 1.png"Nouvelle utopie ? Nouvelle esthétique ? Nouvelle éthique ? Difficile de classer la pensée que le romancier et philosophe Luis de Miranda affine au fil de son dernier essai. Les néologismes donnent le ton : l’auteur est à l’origine du mouvement « créaliste », contraction de créatif et de réaliste. Refusant toute technophobie mais aussi toute vénération de la technologie, il propose de repenser notre posture face à la nature et aux machines. Il est temps, selon lui, de renoncer à une vision dualiste opposant la nature à la technique. Les créations humaines doivent être considérées comme les composantes à part entière d’un « nouveau naturel », écrit-il. Quant aux machines numériques, il préfère les nommer « computeurs », réservant le mot « ordinateur » à l’être humain car, à ses yeux, nous sommes les principaux ordinateurs de notre planète : l’une de nos spécificités est précisément de nous efforcer de mettre les choses en ordre. Les lois de la physique, par exemple, relèveraient elles-mêmes de cette activité de mise en ordre. Il récuse cependant le concept de symbiose entre homme, technique et nature, qui reviendrait « à considérer l’homme comme un processus mécaniste aveugle sans liberté ni conscience ». Il en appelle à la création permanente de nouveaux mondes et plaide pour que chacun devienne artiste de sa propre existence. Puisant tour à tour dans les registres philosophiques, littéraires, artistiques, scientifiques…, ce livre s’ap­parente à un programme de recherche dont chaque proposition mériterait sérieusement d’être étayée et discutée."

Dominique Chouchan, in magazine Sciences Humaines

  

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11/05/2010

Créalisons l'économie

 

 

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Pour construire un monde, il faut d’abord un langage. Au moment où le discours du capitalisme donne des signes apparents de crevaison, il est temps de poser le vocabulaire de la civilisation qui s’ouvre. Elle sera créaliste ou ne sera pas, au sens où elle donnera la centralité, non plus à la plus-value marchande, mais à la création sociale, à la participation de chacun, en son âme et conscience, à la construction du réel.

Une économie créaliste devra construire un concept du capital qui ne soit pas seulement numériste mais qui rende compte du partage des forces vives dans la créordination de nos espaces de réalité. À ce titre, il conviendra de redécouvrir une vieille fidélité, celle qui nous lie au créel, cette source de toutes les métamorphoses dont nous sommes les ordinateurs, les filtreurs, les sculpteurs plus ou moins respectueux. La rupture souhaitable, c’est un sursaut esthétique et éthique, qui demandera une agilité et une concentration d’équilibriste, pour œuvrer sur cette ligne qui toujours nous relie à la vie, en tant qu’elle ne se laisse jamais encadrer et découper en tranches, ou alors au prix de l’asphyxie. Une innovation de rupture tendra à aménager des environnements techniques (car l’homme est un animal-technique) où l’ordination laissera passer l’air de l’existence, la joie des devenirs intenses et l’élan communitaire dans la sublimation d’un chaosmos immensément plus sacré qu’un impératif aveugle de rentabilité.

Une économie créaliste articulera avec finesse les ordres nécessaires et les flux libérateurs, en donnant à chacun la possibilité d’être créacteur de son domaine de travail. Travail ? Voilà encore un mot usé et teinté de pathos. Pour qui cocrée le monde, l’application ouvrière est une joie, une éthique, une aventure. Une oeuvre.

 

Luis de Miranda, président de l'association Créel.

 

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01/05/2010

Nous sommes les enfants du cosmos créatif

 

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À un moment où bon nombre de scientifiques rejoignent les rangs des « brights » (athéistes militants) en réaction à pesanteur religieuse des années Bush, Stuart Kauffman part lui, dans l’autre sens, et propose une réévaluation du Sacré.

Mais rassurons-nous, on n’a pas affaire à un créationniste nouveau style. Bien au contraire, Kauffman s’est illustré en étudiant l’une des grandes énigmes restées sans solution de la science moderne – et cheval de bataille des créationnistes – l’origine de la vie.

Il s’est attaqué à l’éternelle question du hasard et de la nécessité : si la vie est née par une pure combinaison de phénomènes aléatoires, alors les probabilités de son apparition sont tellement minimales qu’on ne peut y voir qu’un événement unique dans l’histoire du cosmos, quelque chose de complètement singulier et de toutes les façons, sans signification. Du coup, il ne devient même plus possible d’élaborer une théorie scientifique à son sujet. Kauffman fait partie de ceux qui n’ont pas démissionné face au problème : il doit y avoir des lois qui gouvernent des phénomènes comme la vie. À coup de simulations informatiques, il a élaboré une série de systèmes comme les réseaux autocatalytiques ( capables de créer leurs propres composants, ce qui facilite la génération de molécules de plus en plus complexes) ou les réseaux booléens (capables d’affecter des configurations très complexes, mais stables et cycliques). Ces différents algorithmes tendent à montrer que les lois de la physique ne s’opposent pas à la génération d’entités complexes comme les organismes vivants. Au contraire, elles l’encouragent : nous ne sommes plus des étrangers sur la terre, créés par un Dieu extérieur au monde ou produits dérivés d’un absurde concours de circonstances, comme le pensait Jérôme Monod : nous sommes « chez nous dans l’univers », titre du premier livre de Kauffman.

La compréhension des mécanismes de la complexité est un enjeu fondamental, tant en médecine qu’en écologie ou en économie. Pour ses travaux dans ce domaine, Kauffman a obtenu en 1987 le prix de la fondation McArthur, également surnommé le prix Génie, qui récompense « des individus qui ont montré une originalité extraordinaire et une grande ténacité dans leurs travaux créatifs ».

Kauffman s’est intéressé tant aux applications pratiques de ses découvertes qu’à leurs conséquences philosophiques. La fin des années 1990 l’a vu businessman : soucieux d’utiliser ses recherches dans le domaine de la prévision économique ou du « data mining » (recherche d’information), il a été l’une des chevilles ouvrières de la mini-révolution (avortée) qu’on a appelée « l’info mesa », une espèce de Silicon Valley de la complexité, qui se développa un temps sur le plateau de Santa Fe, près de l’Institut pour l’étude des sciences complexes où Kauffman a développé ses idées. Apparemment, ce nouveau paradigme n’est pas encore prêt pour le monde des affaires puisque la plupart des sociétés créées à cette époque en ce lieu ont fermé leurs portes, celle de Stuart Kauffman, Bios Group – et celle qui la racheta, Nutek – comprises.

Son dernier livre, Reinventing the sacred (Basic books, 2008), nous ramène à la philosophie. À première vue, les hypothèses de Kauffman pourraient plutôt justifier l’athéisme, puisqu’elles rendent inutile l’hypothèse d’un créateur capable de justifier la haute improbabilité du vivant. Mais en revanche,selon Kauffman, les théories de l’auto-organisation réhabilitent une certaine idée de Dieu, un concept à son avis encore fécond pour représenter l’extraordinaire créativité de l’univers lui-même.

Pour Kauffman les notions d’auto-organisation et d’émergence mettent fin à « l’enchantement galiléen » du réductionnisme, selon lequel la connaissance des éléments constitutifs de l’univers et des lois de la physique peut nous amener à une compréhension totale de l’univers, mais au détriment de toutes les valeurs que nous chérissons. Une attitude parfaitement exprimée par le physicien Steven Weinberg lorsqu’il proclame : « plus nous comprenons l’univers moins celui-ci semble avoir de sens ».

Pas question de remettre en cause les lois de la physique et de supposer que « quelque chose » vient de l’extérieur pour donner naissance à la vie ou à la conscience. Mais le phénomène d’émergence qui montre qu’à chaque nouvelle échelle de complexité apparaissent des phénomènes inattendus et imprévisibles rend le réductionnisme inopérant. Les valeurs, la conscience ne sont pas des épiphénomènes sans importance. Ils font partie intégrante de la biosphère.

L’infinité des possibles ouverte par l’émergence et les surprises de l’évolution darwinienne suffit, selon Kauffman, à nous remplir d’émerveillement et cette infinie créativité mérite selon lui largement le nom de Dieu.

Mais est-il nécessaire de reprendre un terme aussi chargé, aux connotations aussi nombreuses, et si suspect aux yeux des scientifiques ? « Mais la notion de Dieu évolue », répond Kauffman. Il y a une grande différence entre les déesses mères du néolithique, le Dieu de colère de l’Ancien testament et celui d’amour des évangiles. Pourquoi le concept n’évoluerait-il pas encore une fois dans un sens compatible avec la science moderne ? « Dieu est le symbole le plus fort que nous ayons » explique Stuart Kauffman dans une interview à le revue Salon. De fait, selon lui, réutiliser le mot « Dieu » en lui donnant une nouvelle signification pourrait permettre de bâtir un pont et ouvrir une communication entre les théistes traditionnels et les tenants de la pensée scientifique, au lieu de choisir la confrontation directe, comme le ferait un Dawkins.

Un Dieu plus proche de celui des stoïciens ou de Giordano Bruno que de celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, donc. « C’est le Dieu de Spinoza, celui auquel croyait Einstein, précise-t-il. Mais leur vision de l’univers était déterministe. Le nouveau point de vue envisage un cosmos partiellement dépourvu de lois et constamment créatif. Et nous sommes les enfants de cette créativité. »

Rémi Sussan

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28/04/2010

Les principes du créalisme

 

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Oui, la Vie, le Créel est peut être sans principe mais aucune société humaine ne peut s'agencer sans des créaxes communs. Voici une première version, à débattre, de ce qui pourrait, à partir des initiales du mot CRÉALISME, constituer une liste de neuf principes ou créaxes de référence :

 

C comme Cocréer : faire advenir ensemble l'inouï.

R comme Résister : relativiser la puissance de la réalité.

E comme Exister : s'écarter des répétitions létales.

A comme Agencer : se faire ordinateur plutôt que d'entrer dans les ordres.

L comme Liberté : être acteur d'un créordre vif et ondulatoire.

I comme Immerger : le Créel pour élément naturel.

S comme Stratagir : notre combat est pragmatique et collectif.

M comme Métapenser : le créalisme réunifie le corps et l'esprit.

E comme Étonner : provoquer des réveils de l'entente.

 

 

Luis de Miranda

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24/04/2010

Que crée un masque?

(Masque dit d'Agamemmnon)
 
"Ce qui existe est loin de notre conception, est abîme . Qui peut le trouver ?" Ecclésiaste .
 
"Ton absence m'engagea à composer ce traité, que j'ai fait pour toi et tes semblables (...)tout ce que j'ai mis par écrit te parviendras successivement, là où tu seras . Porte toi bien " Maïmonide .
 
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Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais d'où il vient ni où il va . Il en est de même de ceux qui sont nés de l'esprit . L'âpre désir fait progresser sur la crête des mots invaincus, des mots non-manifestés, vers les vertiges de l'indicible, à proximité de la folie et de la mort . Tel est le rôle du masque dans la tradition hérétique . Tel est Barbélô, chez les Gnostiques Séthiens, qui conservèrent l'Évangile de Judas : le nom de Dieu impliqué en quatre (lettres) . Il est aussi, analogiquement à ce que Léo Strauss, dit du Guide des Égarés de Maïmonide, un ensemble de délicatesses, d'indices, d'omissions, permettant de faire circuler dans les canaux de l'orthodoxie une pensée nouvelle, vivante, un corps et un sang nouveau puisant à des racines charnelles, indéracinables, selon la figure de l'arbre inversé .
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Interpréter comme des manipulations ces masques est une profonde erreur, une méconnaissance des masques . Wilde a écrit : "les vérités de la métaphysique sont les vérités des masques". Le masque n'est pas rien . Et encore moins mensonge, sinon pour notre incapacité symbolique, propre à notre âge de la désymbolisation . Car qu'est ce qu'un masque ?
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Il ne suffit pas de lire pour comprendre, il faut se mettre dans la position intérieure de le faire, dans l'écoute sans jugement . "Tu étais agité et saisi de troubles, et ta noble âme te stimulait "afin de trouver les objets de ton désir"(Ecc. 12 :10) (...) ton absence m'engagea à composer ce traité, que j'ai fait pour toi et tes semblables, aussi peu nombreux qu'ils soient (...) . Il faut savoir que, lorsqu'un des hommes nobles désire, selon le degré de sa perfection, se prononcer, soit verbalement, ou par écrit, sur quelque chose qu'il a compris en fait dans ces mystères, il ne lui est pas possible d'exposer même ce qu'il en a saisi avec une clarté parfaite et par ordre (...) je veux dire que la chose apparaîtra et se laissera entrevoir, et qu'ensuite elle se dérobera ; car on dirait que telle est la nature de cette chose(...)il faut savoir que la clef pour comprendre tout ce que les prophètes ont dit et pour le connaître dans toute sa réalité, c'est de comprendre les allégories et leur sens et d'en savoir interpréter les paroles . Tu sais que le Très Haut a dit : "et par les prophètes je fais des analogies" Maïmonide, (Rambam), Guide des égarés trad S.Munk, introduction .
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Qu'est ce qu'un masque? La question porte sur l'être . Dans l'ordre de l'être, le masque est un signe . A savoir, il s'interprète comme s'interprète le texte .
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Il n'est pas de vie humaine qui ne soit informée par une sémiotique, et d'abord par le langage . Les structures du langage et celles de la personne sont analogues, se répondent . Il s'ensuit que la parole n'est pas de la littérature, un domaine à part de la vie, mais le fondement de la vie même . Aucune thérapie, même le coaching comportemental le plus mécanique d'inspiration, ne se passe du verbe . Ceux qui croient ne pas avoir affaire à la parole, dans notre monde, sont asservis au texte de l'idéologie racine, au point qu'elle occupe leur corps et leur âme et se fait oublier comme étrangère . Ce sont ceux qui croient savoir, parce qu'ils ignorent qu'ils ne savent pas ; qui croient se connaître, parce que l'image que leur renvoie le Système adhère à eux comme un préservatif, qui les protège de toute contamination mal pensante . Œuvrer sur le texte qui structure et encadre la vie n'est rien d'autre que la reconquête de la souveraineté humaine, de la liberté essentielle .
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Le masque est un index pointé vers le mystère de la personne . Rien n'est moins évident, rien n'est plus insaisissable que l'identité personnelle . Il est éminemment probable que la personnalité ne soit autre que le masque que l'on s'est habitué à porter, celui par lequel on est reconnu par les autres . Faite de rien, la personne est tissée de vide, habitée par l'abîme, ou course au divertissement et au mensonge, au mirages de "la recherche de soi", de "l'estime de soi" . J'avance masqué, et les autres ont aussi leurs masques . Masques parcourus, comme l'herbe de la steppe qui ondule par endroits, par des éclairs, des mouvements, des regards qui transcendent le masque, qui font l'authenticité d'une personne .
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Pour autant le masque n'est pas rien . Il est signe, non pas seulement par ce qu'il ignore, mais aussi par ce qu'il sait .
 
Le signe est un étant ambivalent dans l'ordre de l'être, il est entre la lumière et les ténèbres . Il est parce que son référent est absent . Conjointement de vide et de plénitude, absence et aussi présence . La signe est la plénitude de la créature, elle même tissée de néant . Le seul signe accordé par le Maître, le signe de Jonas, n'est autre que la prophétie, que le verbe de l'homme .
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Dans la perspective la plus puissante, le masque fait signe, il n'est pas trompeur, il est un comme si de connivence . Face à un masque, je sais que cette face n'est pas une face humaine, n'en est que l'image sur un visage . Par le masque l'homme devient lui-même symbole, devient image de l'archétype qu'il joue . Tel est le fondement sacré du théâtre, l'invocation des dieux, le devenir autre, l'advenir des choses qui ne sont pas dans l'être . Le dépassement de l'homme est l'homme ; et ce dépassement implique la distance à soi, la réflexion, le reflet, l'image . Et comme dépassement vers le haut, l'image puissante d'un règne . Le masque et le blason sont très proches, d'une évidente proximité . Le masque est puissance, là où la personne est acte ; il est magie, là où la personne est cendres .
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En tant que symbole de soi, par le masque, l'image ou le mot, l'archétype est une image au service de la transformation, comme cause finale, destinale, ou but dans le langage moderne, qui ne peut comprendre que la fin remonte dans le passé, comme une racine pour s'accomplir dans le futur . César se saisit de son destin en se posant César ; et l'ordre qui reconnait le nom, ou le blason, ou le masque pousse l'être humain à se conformer, se confronter avec son désir de devenir-autre, figuré par une image . C'est le sens de la prédiction auto-réalisante, de poser, de créer les conditions de sa réalisation en se posant . Le masque est le signe de la souveraineté de l'homme sur lui-même, souveraineté payée d'absence et de douleur selon l'ordre de l'image, et celle de l'ordre de l'indicible .
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Par nature, le signe a un référent, qui est ontologiquement consistant . L'ordre des signes repose sur un ordre ontologique non-manifesté . L'ordre des signes qui doit fonder un ordre, qui doit faire advenir l'espoir dans le réel ne peut être un ordre fictif, c'est à dire s'exténuant vers le non-être . Car fonder un ordre sur des êtres fictifs est un signe de démence, et rien de plus . De ce fait, la pensée moderne interprète tout ordre symbolique comme potentiellement dément, et s'enferme dans la démence unidimensionnelle de la désymbolisation . Le signe sans référent est exténué, l'ordre gratuit des signes est impuissant- tôt ou tard ce point doit être débattu avec la tradition lacanienne . Par exemple, l'ordre de la poésie sans auteur est la manifestation d'une matrice d'ordre immanente, d'une puissance qui n'est pas pur chaos et pures ténèbres, mais puissance de mondes . Le verbe parle à travers le poète ; et cet ordre est créateur d'ordre . Ce n'est ni hasard ni automatisme, mais créalisme .
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De même, le masque posé comme fin de la personne existe en acte comme puissance, comme force qui va, et qui impacte très réellement le réel vivant .

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19/04/2010

Sur l'innovation idéologique dissidente

(École de Fontainebleau)

Depuis la fin du moyen Âge, la plus grande part de l'innovation paradigmatique, la créativité de la pensée apparue en Occident est née en dehors des institutions culturelles officielles . La clôture institutionnelle rend la créativité marginale, car seule les marges ont la souplesse et la laxité nécessaire à l'innovation idéologique, sans compter la rapidité et la combativité du guerrier nomade que possède le penseur indépendant par rapport à la lenteur du bureaucrate . Enfin la survie dans les marges intellectuelles est si dure que la motivation et la puissance des marginaux apparaît souvent écrasante par rapport au doux ronronnement des notable institutionnels . Que ce soient les humanistes par rapport aux Universités, les isolés comme Paracelse, les chirurgiens comme Paré, ou encore les chimistes comme Pasteur face aux mandarins des Facultés de médecine, la Réforme face à l'Église, les Lumières face aux universitaires, le rapport du faible au fort s'est lentement mais sûrement inversé à chaque fois . La puissance de création, la vérité, l'ironie ont à chaque fois littéralement écrasé l'infâme adversaire . Le processus commence très tôt . Voyez Dante . Voyez le grand style et l'érotique chez Pétrarque ou Boccace, chez Shakespeare, l'ironie mordante de l'éloge de la folie d'Érasme, le style de Voltaire, ou la crédibilité froide et têtue d'un isolé comme Machiavel . La comparaison est tout simplement impossible dans sa cruauté avec les œuvres issues d'institutions universitaires contemporaines, de ces œuvres libres d'attaches .

Je sais que des œuvres majeures, que des innovations intellectuelles majeures ont encore lieu dans les universités du XIVème au XVI siècle, mais même les plus puissants esprits doivent passer par les langues du peuple pour être entendus, et l'étranglement que produit l'accumulation indéfinie de commentaires et de normes aboutit à la condamnation d'un Maître Eckhart . La production idéologique institutionnelle a été enterrée, au sens propre du mot : elle est une langue morte réservée aux érudits .

Le facteur décisif, outre la créativité des marges, a été l'invention de moyens de diffusion indépendants et la formation de publics formés qui ne soient pas captifs des structures institutionnelles . L'imprimerie a permis à toutes sortes d'officines marginales de publier ; et ainsi, des publications par milliers ont pu apparaître ; un fatras, mais Rabelais, mais Montaigne, des gens qui n'eussent pu écrire au XIIIème siècle de la même manière, l'institution contrôlant la reproduction des manuscrits de beaucoup plus près . Luther s'est appuyé sur des laïcs cultivés et dissidents . Descartes a joué sur les deux tableaux, en latin et en français . Très peu de penseurs et d'auteurs d'envergure de l'époque moderne étaient institutionnels . Une majorité étaient financés par des mécènes, comme Kepler, ou aristocrates, ou médecins et moines errants comme Paracelse ou Rabelais . La motivation des marges est indéfiniment plus grande que celle des propriétaires des stocks de connaissances officielles, capable de faire des maquettes de la métaphysique générale avec des allumettes et d'en résumer l'histoire en trois phrases dogmatiques . Ces êtres sont accidentellement artistes, ou philosophes ; ils le sont parce que c'est leur métier, ils pourraient aisément être autre chose . Ils sont des vivants biologiques de la classe moyenne avec la vie qui lui correspond . Ils sont aveugles aux antinomies modernes, et ne peuvent les vivre . Ils sont donc incapables de parler sérieusement des urgences des hommes modernes .

Ainsi, quand Luther parla du Salut, fut-il immédiatement entendu : la théologie était redevenue vivante . Luther ne parlait pas en latin dans le cadre d'une dispute prédigérée, morte ; il parlait à partir d'une expérience vivante, cruciale, de la peur de l'Enfer et de la recherche du salut à l'intérieur de son univers de civilisation . Arendt dit de même d'Heidegger, que par lui la philosophie était redevenue vivante . Notre situation est analogue à celle de la Renaissance . Une part importante de la pensée moderne est une dissertation idéologique visant à la domination, ou une scolastique morte, tant dans la « phénoménologie » que dans la « philosophie analytique » . De très puissantes recherches ont lieu, entre autres dans le cadre de la philosophie analytique, dans le cadre de l'histoire de la métaphysique post phénoménologique (André de Muralt, J.F Courtine, Alain de Libéra...) ou de l'analyse de la mécanique quantique (Bernard d'Espagnat, Michel Bitbol...), mais elles sont si techniques et fermées que leur impact culturel est très assourdi . De multiples aspects de l'idéologie racine sont incompatibles avec la vie philosophique spirituelle ou artistique de manière implacable . A la Renaissance, la lourdeur technique de la scolastique rendait de plus en plus difficile son lien à la vie spirituelle et au salut de l'âme . De nos jours on assiste encore à une série de négations fonctionnelles mortelles pour la vie de l'âme, pour la possibilité non d'une pensée abstraite de son milieu de vie, mais pour une pensée et un art incarnés, invoqués dans le monde :

Négation substantielle de la beauté comme différenciation aristocratique au sein de l'être, comme la rose parmi les ronces, au profit de l'arbitraire du jugement de goût, qui assure l'arbitraire de la domination de l'art officiel, puisqu'aucune contestation n'est alors plus possible : le beau est défini par la parole puissante du dominant . Une telle "beauté"n'est plus intermédiation entre les hommes, fondation d'une communauté, comme un monument traditionnel, mais simple affirmation publique de puissance . Affirmation publique de souveraineté sur les critères du beau, donc dispositif pur et simple de domination, offert à l'imitation mimétique . Une telle construction de l'art en fait une fonction d'enfermement, l'équivalent symbolique d'une arme . Négation de la particularité, du poids de la parole, du grand, du rare, du "haut" de l'ardent désir du haut tant désiré, de tout ce qui -nous- permet de vivre . La comptabilité quantitative de l'expression fait que la parole devient impuissante à dire . La mise en scène de la communication fait qu'elle est pesée non explicitement, mais en fonction de ses fins supposées, c'est à dire qu'elle perd toute crédibilité . Un maître de la parole n'est pas crédible, mais efficace, selon le schéma machiavélien . Ainsi le discours esthétique tend à se rapprocher du « management de communication d'évènement culturel », c'est à dire d'une figure de la vente . Mais un tel discours est impuissant à produire la jouissance esthétique, comme la pornographie est incapable de produire le plaisir érotique .

Négation de la souveraineté humaine, qui s'enracine dans la multiplicité des règles de référence, selon les peuples, les hommes, les mondes, les temps . Perte de la pluralité légitime des règles de référence et des mondes simultanés . La métaphysique de l'idéologie racine a pour conséquence l'application mécanique de la normalisation -ce que l'idéologie appelle la loi, sa loi-selon la totalité du temps et l'espace, au nom d'un universalisme vide . Négation conséquente d'une ritualité sacrée, que l'on veut interdire arbitrairement, comme la corrida ; négation d'une érotique, qui ne peut être pensée hors de cette diversité . De ce fait, le monde est enfermé dans la répétition mécanique de la règle, il devient une prison temporelle impuissante à produire l'ordre rythmique du temps qualitatif : notre monde devient celui de l'ennui absolu, résultat inévitable de l'application mécanique de la loi morale. Or la souveraineté est justement ce qui décide du cas d'exception, de ce qui est un cas d'exception, et de la règle qui s'y applique . Très clairement, le Système nie la souveraineté humaine, la dimension la plus haute de l'humanité . L'essence de l'homme, la liberté essentielle, ne peut plus être vécue en acte et en exercice : le monde de la réalité est un monde asservi .

Négation du sacré, comme mise à l'écart et état d'exception maximaux, écart légitime à la règle commune . Négation du temps sacré, du lieu sacré, de l'homme sacro-saint, de la hiérogamie . Toute mise à l'écart de la puissance d'assimilation du Système est condamnée comme "tabou" et "subjectivité", la perspective de l'idéologie racine revendiquant pour elle toute "objectivité" possible . La mise à l'écart des dispositifs de l'idéologie racine est purement et simplement interdite face à l'arraisonnement universel du Système . L'écologie moderne d'ailleurs, prétend réduire l'intensité de l'arraisonnement sans sélectionner, ce dont d'ailleurs elle n'a pas les moyens conceptuels . Or il s'agit d'admettre des domaines complètement à part, des autres mondes . Et des maîtres, des hommes de puissances capables de bouleverser les murs de la prison du Système, donc de dépasser complètement les bornes de la pensée "normale". Sans la volonté de reconnaître des maîtres, aucune direction durable ne peut être suivie .

L'ensemble de ses négations mettent en question les fonctions vitales de tout homme noble : l'esthétique, la sagesse, la justice, et la puissance qui les relie . L'enjeu est la survie même de l'humanité supérieure, et la guerre métaphysique devient une évidente nécessité . C'est une conscience que certains hommes ont pu développer . De tels hommes peuvent avoir la détermination de fer de qui lutte pour sa vie même . Face à de tels enjeux, la coalition des savants et des artistes est possible . Quel est notre bouillon de culture?

La Hollande, par ses libres publications, a été le centre des publications nouvelles, y compris fictivement (par de fausses mentions imprimées), pendant presque toute l'époque moderne . L'imprimerie a réalisé la levée des freins institutionnels à l'innovation tant qu'elle a été une industrie morcelée, artisanale. L'idéologie officielle de l'Église et de l'Université a été laminée par des auteurs extérieurs, marginaux . Ce processus a duré du XVI au XVIIIèmes siècles . Puis la concentration éditoriale et les directeurs de collection liés à des institution ont permis un retour relatif au principe de clôture, net jusqu'aux années 90 du XXème siècle . Ce retour du principe de clôture n'est pas que négatif, car il permet l'élaboration spécialisée de problématiques hautement abstraites pour spécialistes, comme le montre l'histoire très riche de la logique formelle et de la philosophie analytique aux XIXème et XXème siècles . Mais ce puissant essor risque aussi de produire une scolastique hypersophistiquée mais sans prise sur la réalité et la civilisation, les scolastiques contemporains ayant redécouvert avec goût le XVème siècle ou Damascius . Il convient de voir que le World Wild Web change profondément la donne .

La révolte contre l'idéologie racine et la levée des freins institutionnels sont de nouveau pleinement réalisées, avec des conditions analogues . L'édition papier peut être le fait d'une petite structure, et surtout la diffusion par le net se fait sans frein, au grand dam des autorités, comme autrefois les publications hollandaises . La blogosphère est notre nouvelle Hollande . La pression des idées nouvelles va, de manière quasi inévitable, monter, s'organiser, réduire l'idéologie racine à l'état de vestiges . C'est une question vitale, individuelle, et collective, dans un champ extrêmement rude et concurrentiel . Le politiquement correct n'y a simplement aucune chance, comme un Diplodocus dans une couvée de loups . C'est exactement analogue à la situation du marxisme léninisme officiel à la fin de l'URSS, le progressisme rationaliste et républicain ne tient que par les hochets de plus en plus minables qu'il peut distribuer à des hommes de plus en plus vides et ternes, alors qu'il est aussi mort que le Dieu vu par Nietzsche, et indéfiniment plus corrompu et malodorant . Je ne peux douter que l'idéologie racine, qui montre des signes évidents d'étouffement et de vieilles se, ne vive ses dernières années . C'est devenu elle, l'infâme à écraser . Vae Victis !

Il serait absurde de croire que cette grande charognerie intellectuelle va déboucher sur la restauration d'idée anciennes . Des pensées nouvelles au contraire vont apparaître . Dans ce cadre nouveau de communication, la marchandise n'est plus le livre, ou l'écrit, mais l'auteur lui-même, ou plus exactement sa vie ; non sa vie, mais le Récit de sa vie . Plus même, c'est sa chair qui est le premier matériau . Ainsi la lutte doit s'appuyer sur deux piliers, et même trois, et même quatre . Une idéologie de fer, de combat, tel est le premier pilier ; elle est le bouclier qui permet de se protéger du souffle du dragon . Une créativité collective réelle, un tissage d'artistes, de poètes et de pensées, une créativité exigeante à l'extrême, non feinte, car l'art et la vérité sont le retour au contact avec la puissance, puissance clivée par la moraline ; et ressentir le souffle de cette puissance nous relie à elle plus qu'aucune parole . Un Récit qui est l'incarnation de la révolte, comme le Montparnasse d'Apollinaire, ou la fuite de Rimbaud . Ces trois premiers piliers ne peuvent vivre que dans un collectif s'auto-organisant avec euphorie et désir du grand midi . Une image qui est la vie même, le brasier réel où s'enracine la vie du Sage .

Sans vivre dans le feu, sans mourir, le phénix ne peut renaître, et nous ne verrons pas notre Renaissance.

Voilà le milieu de vie de l'association créaliste, et voilà pourquoi nous représentons un avenir encore obscur, mais indubitable.

Viva la muerte!


Vincent Chapin

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15/04/2010

Créattentat créaliste au Louvre

 

Littéraire

Ordiné

Ubiquitaire

Voluptueux

Risqué

Eloquent

 

 

Lui : Le cartel des cartels nous encadre la vie à sa manière. L’étiquette nous enquiquine. Elle statufie nos élans d’un burin mécanique.

 

Elle : L’adoration, le pathétique, les festin dostoïevskiens, de pauvres et de riches, passent du côté pathogène, pervertis car rapetissés puis agrandis dans leur seule composante anodine… Et si je voulais devenir art ? Samedi dernier, je posais devant de tentaculaires sculptures classiques, vertesmoulues par les eaux environnantes. Le photographe m’a alors demandé d’être grave. Ce qui se passa, gardant intacte mais bouillonnant les gestes jadis échaudés. Sous des dehors faussement solennels, la gravité nous initie aujourd’hui au projet d’une turbulence pour demain.

 

Lui : Le photographe te proposa de déterminer ta propre rigidité en écho espiègle à la statue. Un ferme créaxe est au plus près du flux vital.

 

Elle : Mardi, il visita le Grand Musée. Entrés en automates, harassés d’avance par les stigmates de la culture de masse, nous voyons l’inertie des chefs d’œuvre, leur surabondante entropie, le gel de ces corps qui appellent pourtant à la douleur et à la danse, figés dans leur belle et séduisante ironie. Les sculpteurs happèrent et vécurent de concert avec leurs créatures leur dramaturgie essentielle. Leur génie fut de la leur ravir, pour la restituer au bord du néant. Ce bord ne doit pas être confondu avec ce qui le rend possible et peut-être le sublime, par une ruse burlesque, je parle du vide et de l’ennui. Et pourtant, les visages les plus disgracieux, tourmentés, les Voltaires drolatiques, les laiderons d’antan, les cuisses de nos impétueux dieux païens, recouvertes par un doux glaçage marbré, ainsi pétrifiés, acquièrent leur beauté dans cette ascension vers l’éternité. Mais les ratiocinations murmurées par les visiteurs inquiètent la vaillance des dieux antiques, suspendant à nos nez le risque pris par Actéon… (Leurs noms étiquetés sous du plexiglas témoignent de l’inadéquation, désuète et charmante au demeurant, de notre temps à la beauté classique.) Tels les premiers hommes, nous, corps et esprits mêlés, renommons les œuvres. De même que de chair, diversement distribuée entre le modèle, le marbre et le sculpteur, furent crées ces œuvres, de même l’éthéré de la geste créaliste au Louvre reprend leur aura, sans nous séparer du corps ! Je pense que, par effets de miroirs décuplés, nous allons inspirer cette antique et sublime statuaire défunte. La mortification de millions de visiteurs vivants, réduits à l’ « irrésurrection », peut devenir une bonne blague.

Si le réel établi est insoutenable aux plus lucides d’entre nous, c’est parce qu’il est pétrifié par le regard ou mort ou mortel sous lequel le fixe une pensée qui n’a jamais su se dévergonder pour lui.

 

Lui : L’art contemporain migre progressivement de l’oeuvre vers le cartel. Tout est dans le titre et la formule. Nous poussons ce mouvement à sa limite en produisant l’étiquette et sa pose pirate comme oeuvre collective. Dévergonder le spectateur, c’est-à-dire lui enlever sa honte pour le rendre à nouveau à l’innocence d’agir.

 

 

Texte composé par Diane Mesguish et Luis de Miranda. Les phrases en italiques sont tirées des deux livres de Marcel Moreau intitulés : « les Arts viscéraux » et « le Bord de mort »

 

 

CRÉATTENTAT CRÉALISTE DANS UN GRAND MUSÉE PARISIEN

 

Nous allons discrètement changer les cartels d'une dizaine d'oeuvres dans un musée très touristique. L'opération durera quelques secondes car ces étiquettes et le verre qui les protège sont amovibles et la salle choisie relativement discrète. L'objectif est artistique et philosophique. Provoquer chez le visiteur un sursaut de la perception dans un lieu où l'excès d'objets artistiques étouffe l'acte esthétique.

 

Voici les 10 formules que nous allons placer (cocréées en créunion au saloon créaliste) sur les nouvelles étiquettes (une formule par étiquette, plusieurs étiquettes possibles par formule si nous sommes plus de dix) :

 

PERSON WATCHING A STATUE. APRIL 2010.

 

THIS STATUE THINKS YOU ARE A VOYEUR.

 

SOLDES. BUY THIS STATUE. -50%.

 

THE JOCONDE IS BEHIND YOU.

 

IF YOU WANT TO UNDERSTAND THIS LABEL, READ THE STATUE.

 

TONIGHT THIS MUSEUM WILL VISIT YOU.

 

CREATE YOUR OWN STATUE.

 

STOP SEEING THE WORLD THROUGH LABELS.

 

CARESS THIS STATUE.

 

YOU ARE BLIND.

 

 

Chaque cartel sera signé Les Créalistes.

 

 

09:07 Publié dans philosophie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : louvre, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

27/03/2010

En attendant un auteur collectif

(Paul Gauguin)

A Luis de Miranda, dont je tresse les mots.

Les mots n'ont rien de subjectif . En tant que signes, ils sont dans l'espace de la feuille ou de l'écran comme des objets dans l'espace des choses . Il peuvent être composés, recomposés, dans l'indéfini commentaire entrelacé des mondes . Le sens d'un passage se lie aux alentours, et ainsi le sens est tressé comme le texte . Les variantes d'écriture ne signent pas une différence d'origine, mais un ton, selon une notion proche de la musique .

Les morceaux peuvent être ou non réécrits . L'auteur est une fiction issue de l'espace des mots . Il n'est d'autre auteur que l'Auteur . Qui est l'auteur, l'inventeur de la langue, de l'écriture, des mots, de la grammaire qui les lie, le dernier à les poser? L'auteur est une puissance ordonnée, collective, comme la création d'un nouveau monde .

Ces questions importent les questions juridiques de l'appropriation du monde dans l'espace de la page . L'ordre juridique du monde est impuissant contre le Verbe, puisque le Verbe est une condition de l'expression de l'ordre juridique, donc de sa puissance . Le Verbe règne sur l'ordre juridique, et l'inversion moderne de la domination est une usurpation . Le sens sera considéré comme le complice de ce qu’il dénonce, pour avoir entrevu sans agir les absurdes mécaniques . La mutinerie est un droit, comme la résistance à l'oppression . La piraterie spirituelle est redevenue possible, et nous sommes ici comme Descartes était en Hollande, à l'abri des inquisitions . Le Verbe n'est pas à notre service, nous sommes, en tant que poète-et la beauté est dans l'œil de celui qui regarde-service du Verbe, pain et vin des mondes .

"Déjà se profilent à l’oraison des champs striés par nos sauts et nos incartades. Apprêtons-nous à ce qu’un monde autre explose d’un coup hors du tableau des visites réglementaires. Les atones seront enterrés vivants. Les villes seront chassées en dehors des géographies.. Nous partons en des terres étrangères, toutes frontières franchies. Et rien ne nous importe que de mourir à ce monde pour incarner le nouveau, par fulgurances ancrées, comme on harponne un monstre. N’allez plus à l’école de la réalité. Créalisons ou mourons. "

L'ordre du Verbe est invoqué pour dévoiler à nouveau sa puissance, sa lumière, son incarnation ici et maintenant . Le Verbe est beauté, et position d'un ordre . L'ordre est justice et beauté selon la puissance qui le fonde, l'immense désir, la nostalgie des mondes . Ou mourons !

Sur la page, le poète, nu dans le monde des choses, est roi, et pratique l'art royal . Mais sa royauté n'est pas liée à sa personne, mais à l'intensité de son effacement, selon les paroles de Jakob Böhme :

"Si tu peux une heure durant faire silence de tout ton vouloir et de toute ta pensée, alors tu entendras les paroles inexprimables de Dieu"

Car qu'est ce qu'un poème, sinon une figure de la guerre, la guerre dans le Ciel ? Cette guerre est celle du combat de Jakob-notre père- avec l'Ange . Guerre des ténèbres, dans la poussière, guerre des douleurs- guerre d'une exigence issue des fondations de l'humanité, de la cruauté intime de l'homme-"la voix du sang de ton frère crie du sol vers moi" : "je ne te laisserai pas que tu ne m'aies béni"...guerre de ce fils de démon boiteux qu'est l'homme,

"Les Anges virent que les filles des hommes étaient belles et ils prirent pour femmes celles de leur choix"

Guerre des grincements de dents pour exprimer l'inexprimable . "Nous nous conformons à de vieilles époques, et rien encore n’aurait été inventé de l’autre côté de la limite du réel ?"

Et invocation, magie des mondes soulevés par le Verbe comme la tempête invaincue, tempête dans mon coeur comme tempête sur les rues, la nuit .

Oh que d'aurores sublimes j'ai rêvées ! Et nous les ferons advenir dans le monde. Ou mourons.

Vive la mort!

 

Vincent Chapin

10:29 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |  Imprimer