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25/03/2010

BOUDDHA & NAPOLÉON : interview

BOUDDHA & NAPOLÉON : INTERVIEW from CRÉEL / MAX MILO PROD. on Vimeo.

 

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24/03/2010

DESCARTES & RASPOUTINE : interview croisée historique

DESCARTES & RASPOUTINE : INTERVIEW from CRÉEL / MAX MILO PROD. on Vimeo.

 

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08/03/2010

Comprendre le créalisme en 10 minutes

Itw de Luis de Miranda sur France Culture

 

Adèle Van Reeth :

Nous restons dans le domaine de ce que l’on nomme l’irrationnel, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas du domaine de l’ordre des nombres, du calcul, mais qui conduit vers le désordre autant que vers le désir, la folie des grandeurs et surtout le besoin de créer à partir du réel. Cet univers c’est le créalisme. C'est-à-dire que l’homme aspire autant à l’ordre qu’au désordre, au contrôle qu’à la démesure, et qui, à partir de ce constat, encourage à adopter une démarche de création vis-à-vis du réel. Ce drôle de concept qu’est le créalisme a été inventé par Luis de Miranda ( philosophe et romancier dont le dernier livre « l’art de rester libres au temps des automates » est sorti aux éditions Max Milo). Bonjour Luis de Miranda.


Luis de Miranda :

Bonjour…


AVR : Alors, le titre de votre essai « l’art de rester libres au temps des automates » résume à lui seul la démarche qui est la vôtre et qui peut se résumer en une question : comment être ou devenir libre dans une société qui semble de plus en plus guidée et régit par les ordinateurs, les robots, toutes ces instances qui calculent et qui ordonnent ?


LDM : C’est ça. Ça part d’une tentative de redéfinir la liberté à une époque où paradoxalement on à l’impression de n’avoir jamais été aussi libres à travers tous les choix, puisqu’on peut même dire que le post-modernisme c’est la découverte par les masses de la faculté de choisir. Et à coté, on ne peut nier que se développe depuis une cinquantaine d’années, ce que j’ai appelé le numérisme, c'est-à-dire une hyper-ordination de notre espace social avec le développement des computeurs. Je préfère les appeler comme ça pour la bonne raison que le mot « ordinateur » a été introduit par IBM-France en 1955 à partir d’un mot qui appartient à l’église catholique et qui signifiait le pouvoir de l’évêque d’ordonner son territoire, de nommer ses prêtres et donc finalement, c’est ce que je dis dans le livre : les ordinateurs, c’est nous. Jamais une machine n’a construit un ordre.


AVR : Voilà. Vous dites que la vraie réponse à la question « qui suis-je ? » c’est : je suis, vous êtes,nous sommes, des ordinateurs créalistes.


LDM : C’est ça, donc une dialectique finalement. C'est-à-dire une dialectique entre notre capacité de créer des ordres qui nous définit presque en tant qu’être humain, (créer des-ordres) et une aspiration nécessaire à la vie, à l’écart, à ce que Deleuze appelait la rupture. C’est donc cet équilibre entre l’ordination et l’appel d’air de la vie qui nous constitue.


AVR : Et donc, c’est le but de ce courant que vous avez créé qui s’appelle le créalisme que d’insister sur cette partie plus libre de notre être, en opposition à la partie de ce que vous appelez le Numeros et qui consiste elle en la quête d’ordre. Est-ce que c’est comme çà qu’il faut le comprendre ?


LDM : En fait, c’est un double rappel. C’est effectivement de se rappeler de notre part d’Eros, c'est-à-dire une vigilance vis-à-vis des codes, des codages, mais c’est aussi se rappeler que le codage nous appartient et que nous créons sans cesse le réel à partir de cette inspiration vitale et de la nécessité de créer des structures, puisque l’homme ne peut vivre sans structures. Et là on rejoint le thème du basculement dans la folie.


AVR : Est-ce que ça veut dire que la relation de l’homme à l’ordinateur et à cette volonté de contrôle et d’ordre est dangereuse en elle-même ou cela veut-il dire qu’il est important de considérer cette dimension de l’homme mais ne pas le faire à l’exclusion de cette dimension de liberté. Ce que vous essayez de faire, c’est de maintenir un équilibre entre les deux finalement?


LDM : C’est ça. La liberté, je ne la définis pas comme une fuite mais comme justement cette capacité de créer des ordres tout en respectant la nécessité du lien à la vie. Cette espèce, justement, de nécessité du désordre et donc d’être dans cet équilibre, dans cette ligne de fêlure, entre ces deux tendances.


AVR : Alors, concrètement qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que c’est que ce créalisme et cet appel à la création dans la vie ? Est-ce que vous parlez de création artistique ou est-ce que c’est une posture, une attitude face à la vie qui consiste à considérer la vie comme étant un champ de création qu’il s’agirait de ressaisir et de réinventer ?


LDM : Le créalisme est à la fois un état d’esprit et un moment historique. Un état d’esprit qui se produit chaque fois qu’en nous le déclic de comprendre que ce n’est pas parce que quelque chose a été ainsi hier que cela sera ainsi demain. Et un moment historique en tant que paradigme qui vient après le post-modernisme, donc après la fin des grands récits, après ce moment où l’on a eu l’impression d’un nivellement horizontal de toutes les valeurs. Et donc le créalisme repose sur cette lucidité actuelle qui consiste à voir que le monde est notre création et que la terre doit être notre œuvre d’art.Cela n’est pas une révélation. Cela fait longtemps que cette intuition court dans l’histoire. Les grecs appelaient la relation de l’homme avec son environnement, une relation créative du réel : « le poème du monde ». En tout cas, c’est une prise de conscience qui aujourd’hui est collective et c’est le retour de ce beau mot français qu’est la « capacitation ».


AVR : C'est-à-dire ?


LDM : C'est-à-dire ce que les Anglais appellent l’ « Empowerment », cette capacité de l’humain à créer le réel à partir de sa décision et d’une position qui est d’abord imaginative et d’abord spirituelle.


(Retranscrit par le site NDH à partir de l'émission de france culture du 11/01/2010, "Les nouveaux chemins de la connaisance")

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26/02/2010

Le rêve est le gardien de la relation

  

« Un jour viendra où l’homme ne cessera

de veiller et de dormir à la fois. »

Novalis

 

 

 

 

1 - La problématique onirique

 

En physique mécanique, on désigne des possibilités prédéfinies de mouvement d’un corps par le terme de degrés de liberté. Il existe en cinématique six axes de liberté réversibles. Trois sont des translations : d’avant en arrière (x), de la droite vers la gauche (y), de haut en bas (z). Trois sont des rotations : basculer d’avant en arrière (tangage), basculer de droite à gauche (roulis), pivoter comme les aiguilles d’une montre (lacet). La technologie contemporaine s’appuie sur le postulat qu’un robot, un automate, doit être capable de tous ces mouvements. Ainsi, le mot de liberté, dans le discours spécifique des sciences physiques, désigne une possibilité de mouvement ne nécessitant pas ce qu’un autre discours, psychologique, appelle la conscience de ce mouvement et encore moins la volonté ou l’intention.

Freud écrit en 1923[1] : « Notre moi se comporte dans la vie de façon essentiellement passive et selon l’expression de G. Groddeck, nous sommes ‘vécus’ par des forces inconnues, et impossibles à maîtriser ». Il ajoute : « L’importance fonctionnelle du moi se manifeste en ceci que, normalement, il lui revient de commander les accès à la motilité. Il ressemble ainsi, dans sa relation avec le ça, au cavalier qui doit réfréner la force supérieure du cheval, avec cette différence que le cavalier s’y emploie avec ses propres forces et le moi, lui, avec des forces d’emprunt. Cette comparaison nous conduit plus loin. De même que le cavalier, s’il ne veut pas se séparer de son cheval, n’a souvent rien d’autre à faire qu’à le conduire où il veut aller, de même le moi a coutume de transformer en action la volonté du ça, comme si c’était sa volonté propre. »

Lorsqu’un individu rêve, il semble transporté par son action comme par un cheval imaginaire possédant en apparence tous les degrés de liberté. Les formes et les événements oniriques ne cessent de créer entre eux des liens « délirants », c’est-à-dire sortant du sillon de l’expérience commune, celle du « on », pour user d’une acception heideggérienne. Au réveil, on dira : « J’ai fait un rêve », comme on dirait : « J’ai piloté mon cheval », avec un peu de fierté narcissique, pas mal d’étonnement mais toujours une impression post-extatique.

Car tandis que l’on peut, « dans la vraie vie », monter à cheval comme un fantôme, sans être vraiment là, automate dépassionné et distrait de notre emploi du temps, ne doit-on pas poser comme postulat que rêver est toujours une expérience extatique accompagnée de vives sensations ?

Nous proposons de considérer comme point de départ, partant de l’impression résiduelle que laisse une nuit de rêve, que le rêver est un modèle paradoxal de ce que serait pour un individu « exister», c’est-à-dire être intensivement présent, cette présence étant une aïsthêsis, une pleine étreinte sensitive du monde. Modèle paradoxal, car cette intensité du vécu onirique correspond à un état de repos kinesthésique apparent et relevé par les neurologues. Que la plus grande sensation de vivre émerge d’un apparent degré zéro de la kinesthésie ne manquera pas de nous étonner.

Deux visions s’opposent dans ce paradoxe. Dans le langage courant, cela revient à distinguer les « doux rêves infertiles » et l’action pragmatique. Dans le langage philosophique, on pensera à la position de Descartes, dont le cogito comme point de rencontre entre le réel et l’ego émerge de la négation du monde comme rêve. En face, on trouve la position de Heidegger, poursuivie par l’analyse dite existentiale de Binswanger : le rêve comme poïétique, comme entendre imagé d’un appel à être qui nous tire de la « perte dans le on » indifférencié de la veille : « Il est certain que l’appel n’est pas et n’est jamais prévu, ni préparé, ni intentionnellement effectué par nous-mêmes. ‘Ça’ appelle, contre toute attente et même contre toute volonté. D’un autre côté, il ne fait pas de doute que l’appel ne vient pas d’un autre qui est au monde avec moi. L’appel provient de moi tout en me tombant dessus. »[2] En d’autres termes, est-ce que ce Ça qui appelle dans le rêve n’est qu’une affaire privée, liée à l’histoire de l’ego, comme l’entend Freud, ou bien y a-t-il un logos commun du rêve, la manifestation d’une vérité commune dans le rêve (l’Être de Heidegger ou l’inconscient collectif de Jung) ?

Rêver, c’est dans les deux cas être porté par une « puissance étrangère »[3] qui nous donne la forte sensation d’exister. Puissance de la sensation d’exister donc, mais étrangeté à la fois, délire en apparence inextricable, voire délire sur l’inextricable. Ce délire existentiel, c’est ce que l’on pourrait appeler la dynamique hétérosexuelle du rêver (ou si ce mot paraissait trop fort, hétérosensuelle) : rêver c’est, en sortant du sillon de la norme (dé-lirer), produire des liens voluptueux entre éléments hétérogènes que la veille du on n’ose pas opérer en général, par exemple relier un cendrier et un pied, un chat et un robinet, un théâtre et une erreur. En termes deleuziens, le rêve est une machine à liens inouïs, « machine désirante » qui semble viser le lien voluptueux de tout avec tout, propre à « l’homme qui est touché par la vie profonde de toutes les formes ou de tous les genres, qui est chargé des étoiles et des animaux même, et qui ne cesse de brancher une machine-organe sur une machine-énergie, un arbre dans son corps, un sein dans la bouche, le soleil dans le cul : éternel préposé aux machines de l’univers. »[4]

 

 

2 - Les hypothèses neurologiques

 

Cette fois-ci, la question devient : les liens délirants qu’établit le rêve ont-ils une logique cachée (Freud) ou bien relèvent-il d’une fonction a minima du cerveau, qui serait de tenter de créer du sens à partir de l’inextricable sans y arriver (Hobson[5]) ? Selon Hobson, le cerveau serait l’organe du démêlage des influx hétérogènes, une sorte de machine à ordonner l’inextricable, sans que l’intervention de l’attention soit nécessaire. Le ça ne serait plus une pulsion hétérosexuelle, un désir de lien délirant effréné, mais une machine antidélirante.

Cette alternative remet en lumière la question qui a gouverné toute la recherche scientifique sur le rêve depuis le XIXe siècle, celle de sa fonction. Pendant longtemps, y compris avec Freud, c’est le point de vue adaptationniste qui a triomphé, selon laquelle « toutes les choses qui ont une forme ont une fonction » (Thompson[6]). Or d’après certains cognitivistes, beaucoup de structures et d’habitus persistent sans avoir de fonction (Flanagan[7]).

À côté de la théorie freudienne du rêve comme gardien du sommeil, on rencontre souvent l’hypothèse fonctionnaliste selon laquelle les rêves sont des solutions apportées à des problèmes courants, notamment des problèmes émotionnels (Barrett, 1993; Greenberg, Katz, Schwartz, & Pearlman, 1992). Ressuscitant de vieilles croyances grecques, certains ont même proposé que le rêve ait pour fonction de détecter des signaux internes subtils liés aux organes, et de symboliser des signes annonciateurs de maladie physique (Fiss, 1993[8]). Or ces hypothèses adaptatives sont critiquées par certains cognitivistes, dont Domhoff[9], pour qui rêver est une forme de penser différente de la pensée rationnelle classique, récente en termes d’évolution. Domhoff cite les expériences de David Foulkes sur les rêves d’enfants, qui mettraient en évidence, à l’encontre de la théorie freudienne, que la gratification hallucinatoire de désirs simples y est rare. Domhoff critique également l’hypothèse antifreudienne de Hobson : le rêve ne serait pas qu’une tentative automatique de synthèse liée au sommeil paradoxal (REM en anglais). Certains patients ayant subit des lésions dans les régions du cerveau associées généralement au rêve paradoxal font toujours le récit de rêves intenses. Domhoff conclut que le lien entre le sommeil paradoxal et le rêve est « au mieux prématuré » et appelle à une table rase sur les hypothèses neurologiques sur le rêve.

 

 

3 – L’hypothèse phénoménologique

 

Cet mise en garde cognitiviste contre la localisation cérébrale du rêve ravive la distinction phénonénologique de Foucault entre l’image et l’imagination dans sa préface au texte de Binswanger Rêve et Existence[10]. Foucault reproche à Freud d’avoir psychologisé le rêve, en lui ôtant le privilège d’une forme spécifique d’expérience : « Freud n’est pas arrivé à dépasser un postulat solidement établi par la psychologie du XIXe siècle : que le rêve n’est qu’une rhapsodie d’images. Si le rêve n’était que cela, il serait épuisé par une analyse psychologique, que cette analyse se fasse dans le style mécanique d’une psycho-physiologie, ou dans le style d’une recherche significative. Mais le rêve est sans doute bien autre chose qu’une rhapsodie d’images pour la simple raison qu’il est une expérience imaginaire ; et s’il ne se laisse pas épuiser par une analyse psychologique, c’est parce qu’il relève aussi d’une théorie de la connaissance. »

Tandis que la veille supposerait une opposition au monde due à la réceptivité des sens et la fiction des objets-étants, l’âme rêvant redécouvrirait « l’entrelacement universel ». Il y a une « transcendance » du rêve qui dévoile la sortie de l’existence solitaire vers un monde commun, non constitué d’oppositions sujet-objet, mais d’une valse où tout manifeste un sujet-monde, un sujet multiple, ce que Binswanger appelle « L’Individu »[11] inatteignable : « Le sujet du rêve, ajoute Foucault (retrouvant une prémisse freudienne sans son réductionnisme à l’ego), n’est pas tant le personnage qui dit « je », mais c’est en réalité le rêve tout entier, avec l’ensemble de son contenu onirique (…). Le sujet du rêve ou la première personne onirique, c’est le rêve lui-même, c’est le rêve tout entier. Dans le rêve, tout dit « je », même les objets et les bêtes, même l’espace vide, même les choses lointaines et étranges, qui en peuplent la fantasmagorie. Le rêve, c’est l’existence se creusant en espace désert, se brisant en chaos, éclatant en vacarme (…). Le rêve, c’est le monde avant son premier éclatement quand il est encore l’existence elle-même et qu’il n’est pas déjà l’univers de l’objectivité. »

Dès lors, ne considérer que l’objet image dénaturerait l’expérience onirique. L’imagination est un mouvement, un flux qui ne produit des images que sous la forme d’un « comme si » : « L’image constitue une ruse de la conscience pour ne plus imaginer ; elle est l’instant du découragement dans le dur labeur de l’imagination (…) L’image est une prise de vue sur l’imagination du rêve, une manière pour la conscience vigile de récupérer ses moments oniriques (…) Le compromis n’est pas entre le refoulé et la censure, entre les pulsions instinctives et le matériel perceptif ; il est entre le mouvement authentique de l’imaginaire et son adultération dans l’image. Si le sens du rêve est toujours au-delà des images que la veille recueille, ce n’est pas parce qu’elles recouvrent des puissances cachées, c’est parce que la veille ne peut aller que médiatement jusqu’à lui et qu’entre l’image vigile et l’imagination onirique il y a autant de distance qu’entre une quasi-présence dans un monde constitué et une présence originaire à un monde se constituant. »

 

 

4 – La perspective sociale

 

Ce n’est donc certes pas l’interprétation du « rébus »[12] onirique qui nous intéressera, toujours multiple et relevant d’une subjectivité créatrice plutôt que d’une clé des songes. Mais ce ne sont pas non plus seulement les perspectives fonctionnalistes cognitivistes, ni seulement le caractère singulier purement phénoménologique de l’état de conscience onirique. Nous remarquerons aussi que le rêver singulier est, comme fait social, au rebus, qu’il se cache dans l’obscurité de la nuit individuelle pour se déployer. Pourquoi dans le rêver, « le lien hétérogène » est-il « conservé dans le trésor de l’esprit, dans la nuit de l’esprit » ?[13] Y a-t-il une raison pour que le rêver se cache ?

Considérer le rêver comme phénomène social, c’est entrer dans le champ d’une économie du délire. On sait que la majeure fonction de la vie en société est la réglementation des sorties du sillon, autre nom de la Loi. Dans cette régulation intervient ce que Freud appelle le principe de plaisir, qui empêche une hétérosexualisation totale de l’être-au-monde, perçue comme un chaos dissolvant suscitant une panique ambiguë (jouissance) : « Un état de satisfaction qui serait laissé à lui-même, hors conflit, aboutirait à mourir de plaisir (Tod vor Freude). »[14] Le délire rêvant serait alors interné dans le sommeil dit paradoxal comme une menace de mort. Cela n’est pas sans rappeler l’internement de la « folie » : « L’internement distingue avant tout dans la folie les dangers de mort qu’elle comporte : c’est la mort qui opère le partage, non la raison ni la nature, tout le reste n’est encore que le grand fourmillement individuel des fautes et des défauts. »[15]

L’inextricable comporte toujours une menace, celle de s’y perdre, celle d’y perdre son ancrage social. Le rêver singulier, en tant que machine extatique et existentielle à produire des liens voluptueux inouïs, semble contrarier la tendance homosexuelle de toute société, qui veut que l’identique aille à l’identique, que la même classe sociale s’accouple entre elle, que la Loi se répande.

Le rêve est un rébus mis au rebus. Pourtant, aujourd’hui, il attise toutes les convoitises du discours du capitaliste comme il a pu auparavant légitimer le pouvoir des sorciers. Notre rêveur contemporain se situe-t-il à un moment de l’histoire humaine où la saturation croissante de l’économie, la saturation des espaces de vie et d’imaginaire, la nécessité de trouver sa place dans un espace ultraconcurrentiel et ultrapeuplé, le développement des influx d’information, crée une inextricabilité globale et une sensation de fin de l’ouvert ? Que devient le rêve si la veille ne semble plus faire de place à l’ouvert, au grand espace possible, à l’Inconnu découvrable ?

La saturation des influx de l’état de veille semble intimer à l’individu de bricoler sans cesse de nouvelles ficelles, ficelles du métier générant de la plus-value (Marx), ficelles de vie générant du plus-de-jouir (Lacan). Notre impératif de survie en système capitaliste est chevauché par l’impératif du nouveau (« innovez ! »). Cela crée une tension particulière dans l’économie du délire. L’impératif de l’innovation propre aux systèmes saturés ne peut fonctionner qu’en ouvrant de plus en plus les vannes de l’hétérosexualité créatrice, au risque de réveiller la peur du chaos anarchiste et de dissoudre la Loi. Nous assistons alors dans le monde gouverné par le discours du capitaliste (Lacan) à un flux entrant et sortant d’associations, de formes, d’expériences ayant vocation à être le primum mobile novateur d’une standardisation marchande.

C’est à ce titre que ce délire particulier et sans danger qu’est le rêver nocturne ne peut manquer d’intéresser le discours capitaliste qui domine actuellement notre état social de veille. Faisons un peu de politique-fiction : à entendre par exemple les discours publicitaires, on comprend comment le rêve pourrait dans les décennies à venir glisser de son statut actuel d’emballage (emballement) privilégié de la marchandise (« J’en ai rêvé, Sony la fait », « Club Med, n’en rêvez plus, partez ! ») au statut de marchandise absolue. L’objet suprême du fantasme de nouveauter-sans-chaoter serait, du point de vue de la recherche de la plus-value, dont nous avons analysé avec Lacan comment elle était indexée au plus-de-jouir[16], de pouvoir vendre à chacun ses rêves nocturnes.

Faire consommer à chacun son délire propre, dans l’espace sans danger du sommeil, telle pourrait être en toute logique la fin ultime du commerce. Il suffit pour cela que les neurosciences, qui bénéficient aujourd’hui des plus grands budgets de recherche internationaux, parviennent à capter sur un support consultable les images oniriques. Science-fiction pour l’instant, mais horizon théorique de la société du spectacle et développement possible de l’industrie cinématographique en crise.

Dans le discours du capitaliste, l’inextricable doit être emballé pour être vendu. D’où, comme le revendiquait Freud, le caractère « révolutionnaire » plutôt que désenchantant de l’interprétation des rêves. Encore faut-il laisser au sujet le soin de donner un sens à son délire. Le combat de l’inextricable, qu’il soit scientifique ou artistique, n’est-il pas un projet singulier, un combat du sujet chercheur de sens contre la Loi ?

Si c’est le cas, il y a bien urgence à devenir l’allié lucide de son Ça avant que le discours de la plus-value ne le transforme en marchandise totale. L’impératif freudien, wo es war soll ich werden, reprend dès lors une connotation libertaire. Si je ne suis pas rétif à délirer par moi-même (comme on dit penser par soi-même), si je n’ai pas peur de laisser advenir la puissance étrangère pour la machiner dans le sens de mon désir hétérosexuel, sans la néantiser, alors le capitalisme ne pourra me vendre ce dont je tire déjà volupté sans angoisse, à savoir d’un exister multiple, créateur de liens sensuels et psychiques qui loin de précipiter la mort accroissent la sensation de vie et font décroître la névrose du même.

 

 

5 – L’hypothèse neurophilosophique du grenier de subjectivation

 

En tant qu’accroissement de la sensation d’exister, du pluralisme des formes de vie, le rêver serait un modèle contre la névrose sociale et le somnambulisme du consommateur soucieux : « Plutôt que profond, le rêve est multiple. Le moindre a cinquante sources, et ses liens, on n’en voit pas la fin, on ne peut en recueillir qu’un certain nombre. Le rêve est là, pour avoir réagi à quantité de choses, à quantité d’excitations, de coups, de contrariétés. Une sorte de grenier est derrière lui, de grenier d’impulsions amassées, d’impulsions-retard.  »[17]

Cette thèse du rêve résistance n’est pas qu’un délire du discours artiste puisqu’elle est, par exemple, défendue par le neurophysiologiste Michel Jouvet, découvreur du sommeil paradoxal, et par la neurophilosophie non-réductionniste : « Le rêve pourrait bien être un mécanisme de protection, un mode du fonctionnement cérébral qui nous permet peut-être, en arbitrant entre l’inné et l’acquis, de résister à toute forme de totalitarisme… »[18]

L’inextricable n’est pas un en-soi mais un point de vue subjectif sur un nœud du réel. Démêler l’écheveau c’est non seulement transformer le monde en affrontant la répétition mortifère, mais aussi délier les no man’s land pour relier en inventant de l’expérience commune, par déconstruction-construction (Green[19]). Cela oblige à inventer la loi de déliaison en même temps qu’on avance dans le noir. Or n’est-ce pas ce que fait précisément le rêve ?

Comme Freud l’a pointé, le rêve élabore son matériau à partir de ces impulsions infinitésimales obscures que l’urgence de la veille nous fait ignorer (qui rappellent les petites impressions de Leibniz). L’affrontement de l’inextricable qu’opère le rêver, avec sa particularité de fonctionner selon l’esprit d’escalier, comme un rattrapage (un visuel de rattrapage plutôt qu’un oral), ce retard dont parle Michaux, ne résonne-t-il pas comme un impératif, celui d’accorder davantage d’attention à l’infinitésimal devant les impasses diurnes, aux petites perceptions, à cette nuit de l’esprit qui de jour nous fait si peur, nous angoisse par ses possibilités abyssales (Green parle de blessure narcissique infligée à qui veut lever le voile de l’illusion), mais dont la théâtralisation nocturne insistante, quotidienne, nous dit qu’elles sont d’importance, d’une importance biologique. Le délire face à l’inextricable n’est pas nécessairement une faillite du monde commun.

Rêver semble vital à l’équilibre psychique : la privation, par électrochocs ou par la pharmacologie, de la phase de sommeil paradoxal dans laquelle les neurosciences ont localisé le temps du rêver, entraîne chez l’humain une insistance du délire sous d’autres formes : rêves éveillés, comportement hallucinatoire à tendance psychotique.

Mais ne serait-ce pas tomber dans un fantasme romantique que de ne considérer que les bienfaits du délire ? N’y a-t-il pas un écueil solipsiste de la sortie du sillon, comme le note Binswanger[20] en référence à Héraclite, pour qui : « Pour les éveillés, le monde est un est commun, mais chacun de ceux qui dorment s’en détourne vers son monde propre »[21] (fragment 89) ? Si l’on se fie aux expériences de William Dement décrites par Claude Debru : « On ne saurait oublier non plus, dans le contexte des fonctions du sommeil, que la privation du sommeil paradoxal chez l’homme est une arme efficace contre la dépression. »[22]

 

 

6 – De la clinique au collectif

 

Cette remarque apparemment anodine, qui semble lier le rêver à la dépression, son contraire, nous permet de revenir au commencement de notre problématique et de dégager une caractéristique du rêver connexe au sentiment d’exister extatique que procure l’expérience onirique. La distinction entre rêver et être éveillé, c’est aussi la révélation chez celui qui se réveille de l’appauvrissement de son extase autocentrée au contact du monde du « on », c’est aussi le renoncement matinal au délire voluptueux pour revenir à la perception névrotique de survivance au sein du monde homogène et un. À ce titre, pour ne pas sombrer dans un éloge romantique unilatéral du rêver, il faut poser que sa richesse peut aussi être source de déception, à la comparer avec la réalité. Pression onirique et dépression sociale semblent intimement liées comme deux extrêmes : d’un côté les sorties multiples et érotiques du sillon, de l’autre côté le traînement névrotique dans le sillon infertile du « ainsi va le monde ».

Double statut du rêve nocturne enfermé : il nous délivre de la monotonie du réel en étant un espace de délire régénérateur ; il renforce cette monotonie en étant une régression sans risque vers un état de pleine existence déçu au réveil. Pourra-t-on échapper à cette aporie sans faire appel à une survalorisation de l’éveil au sens héraclitéen de rapport au logos, à la Vérité, comme le fait Binswanger en suivant Heidegger ?[23]

Première piste non-ontologique : le collectif. Plutôt que comme une extase solipstiste, le rêve peut apparaître comme une invitation à délirer ensemble, en ce qu’il met en scène des individus autres que nous même et pourtant jumeaux (exprimant chacun, si l’on suit Freud, un élément ou un affect du sujet). Si l’innovation solitaire et recluse, l’hétérosexualisation créative, peut mener à la folie et au risque de mort par décrochement du monde commun, un délire à plusieurs peut au contraire devenir un projet de société, c’est-à-dire machiner une mutation du réel. D’où l’importance de ce que Deleuze et Guattari appellent la meute, l’agencement multicorporel d’une novation qui ne soit pas agencée par le discours capitaliste : « Un des caractères essentiels du rêve de multiplicité est que chaque élément ne cesse pas de varier et de modifier sa distance par rapport aux autres. »[24]

Il n’y a pas nécessairement à fonder des groupes pour rêver ensemble, mais à reconnaître que le rêve est peut-être déjà une manifestation de la meute. L’inconscient, c’est l’agencement hétérogène. « Nous disons que l’agencement est fondamentalement libidinal et inconscient. C’est lui, l’inconscient. Pour le moment, nous y voyons des éléments (ou multiplicités) de plusieurs sortes : des machines humaines, sociales et techniques, molaires organisées ; des machines moléculaires, avec leurs particules de devenir-inhumain… »[25]

Or du point de vue de l’agencement, de la meute, la mort n’existe pas, comme l’a montré Spinoza : « Il y a toujours des rapports qui se composent, et il n’y a rien d’autre que des rapports qui se composent suivant des lois éternelles. »[26] Du point de vue collectif, la production de devenir-intense par formation de liens délirants et démêlage de l’inextricable n’est pas à localiser seulement dans le rêver nocturne, mais agi partout où le désir fait corps.

À ce stade, ce qui est en jeu dans notre questionnement sur le rêve, c’est la possibilité (ou pas) d’un délire commun à plusieurs individus qui soit transformateur du réel, d’un glissement de la survie banale vers l’exister intense, à plusieurs, hors de l’hystérie d’une Vérité Au-delà. Peut-on envisager que l’économie du délire ne soit plus indexée sur la plus-value et le plus de jouir mais sur une communauté voluptueuse ?

 

 

6 – Le rêve comme gardien de l’être-en-relation

 

In fine, notre problématique s’est donc précisée : le rêve peut-il être un modèle de sortie des deux expressions inextricables du sujet, l’ego et la Vérité ?

Or quel est l’élément commun essentiel à l’ego et à la Vérité ? Un point axial, ou plutôt un centre structurel : l’identité pour l’ego, l’Être divinisé pour la vérité. Trouvera-t-on un tel centre structurel dans le rêve. Contrairement à l’inextricable, le rêve se caractérise par une narration, avec, pour reprendre l’analyse simple d’Aristote, un début, un milieu et une fin. Le centre structurel du rêve serait l’attracteur étrange, le point d’hypertension où toute l’histoire s’enroulerait, le fil à tirer pour démêler l’écheveau.

Mais il est possible aussi que tout point événementiel dans le rêve fasse centre, comme semble l’indiquer l’analyse lorsqu’elle redonne avec Freud au rêveur la responsabilité de l’interprétation. Dès lors, la déconstruction-reconstruction de l’inextricable devient un acte de création, celui d’un nouvel espace existentiel habitable à plusieurs.

Le sujet du rêve, n’est-ce pas cette existence commune ? Dans la conclusion de notre travail sur la relation entre plus-de-jouir et plus-value, nous proposions l’hypothèse d’un a priori social en ces termes : Si la conscience est d’abord intentionnalité, présentation avant d’être représentation, c’est qu’elle est d’abord commune ; si les intentions de perception et d’interprétation varient d’un individu à l’autre, le mécanisme de l’intentionnalité, cette structure relationnelle entre la conscience et le monde, est notre mode d’être commun. Il existe pour l’homme un plan d’apparitions qui soutient le langage autant que les valeurs, et qui est, pour citer Lévinas, « la relation sociale comme expérience par excellence ».[27] Derrière nos représentations pointe un être qui ne peut être que relation, un faisceau de présentations animant des polarités.

Le manque que Lacan enracine dans le sujet n’est peut-être que le manque individualisé vis-à-vis de la relation communautaire, du fait que cette relation est niée par le moment capitaliste de notre histoire. Le langage lui-même n’est perçu comme aliénant qu’en tant qu’il ne véhicule plus le don relationnel mais le seul esprit de transaction (l’inconscient devant alors prendre en charge le souci de la relation, d’où son imaginaire sexué, qui n’est qu’une métaphore du relationnel).

Aujourd’hui, la « Main invisible » du Capital semble tremblante. La société comme simple somme d’individus égoïstes est un impossible qui fonctionne mal (névroses, dépressions, psychoses, états borderline…). C’est tout le mérite de Lacan d’avoir fait un pas hors du freudisme pour pointer que les dysfonctionnements du mode d’être atomique de l’individu ne sont pas dépendants de schèmes familiaux, mais de structures sociales. Ne pourrait-on faire un pas de plus pour reconnaître la primauté radicale de la société comme tout, structure des structures qui, pour qu’il y ait discours, doit fonctionner à la fois comme condition de possibilité a priori de l’être individuel, mais également comme réalité sensible première, monde commun existentiel.

L’être-en-relation est à la fois le présupposé logique de la conscience humaine et le socle de notre présence immanente au monde. C’est peut-être ce présupposé que le rêve nous « appelle » à réinvestir.

 

Luis de Miranda 

 



[1] S. Freud, Le moi et le ça, in Essais de psychanalyse, Payot, 1981, pp 235 à 237 et 271-272.

[2] M. Heidegger, Être et Temps, Gallimard, 1986, pp. 331-332.

[3] M. Heidegger, Ibid.

[4] G. Deleuze et F. Guattari, L’Anti-Œdipe, Minuit, 1972/1973, p. 10.

[5] J. A. Hobson, Le cerveau rêvant, Gallimard, 1992.

[6] N. Thompson, N. Evolutionary psychology can ill afford adaptionist and mentalist credulity. Behavioral and Brain Sciences, 23, 2000, pp. 1013-1014.

[7] O. Flanagan, Dreaming is not an adaptation. Behavioral and Brain Sciences, 23, 2000, pp. 936-939.

[8] H. Fiss, The "royal road" to the unconscious revisited: A signal detection model of dream function, 1993. In A. Moffitt, M. Kramer, & R. Hoffmann (Eds.), The Functions of Dreaming (pp. 381-418). Albany: State University of New York Press.

[9] G. W. Domhoff The Scientific Study of Dreams: Neural Networks, Cognitive Development, and Content Analysis, Washington, DC., American Psychological Association, Cloth, 2003.

[10] M. Foucault, 1954, in Dits et écrits, 2001, Gallimard.

[11] L. Binzwanger, Introduction à l’analyse existentielle, Le rêve et l’existence, Minuit, 1971, pp. 220-225.

[12] S. Freud, L’Interprétation des rêves, P.U.F., 1967, pp. 241-242.

[13] G.W.F. Hegel, Philosophie de l’esprit de 1805 (Iéna), P.U.F., 1982, p. 10.

[14] M. David-Ménard, Deleuze et la psychanalyse, P.U.F. , 2005, p. 162.

[15] M. Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Gallimard, 1972, p. 488.

[16] L. de Miranda, Peut-on jouir du capitalisme ? Lacan avec Heidegger et Marx, Mémoire de M1, Paris-I Sorbonne, 2003.

[17] H. Michaux, Façons d’endormi, façons d’éveillé, Gallimard, 1969, pp. 111-112.

[18] C. Debru, Neurophilosophie du rêve, Hermann, 2006, p. 412.

[19] A. Green, La déliaison, Les Belles Lettres, 1992.

[20] L. Binswanger, Délire, Million, 1993.

[21] Héraclite, Fragments, Fata Morgana, 1991.

[22] C. Debru, Ibid., p. 304.

[23] L. Binzwanger, Introduction à l’analyse existentielle, Le rêve et l’existence, Minuit, 1971, pp. 220-225.

[24] G. Deleuze et F. Guattari, Mille plateaux, Minuit, 1980, p. 43.

[25] G. Deleuze et F. Guattari, Ibid., p. 50.

[26] G. Deleuze, Spinoza, philosophie pratique, Minuit, 1981, p. 52.

[27] E. Levinas, Totalité et Infini, Essai sur l’extériorité, La Haye, Martinus Nijhoff, 1984.

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25/02/2010

Notre cœur nous surpasse

 

 

 

Spinoza suggérait que nous sommes loin de savoir ce que peut un corps, la joie dont un corps est capable. Il semble que l’humanité n’ait pas encore exploré toute l’étendue de son âme, et qu’elle est alourdie par la plainte ou la complainte. Nous sommes encore élégiaques. Nous pensons le bonheur au lieu de le vivre. Nous ne sommes plus fidèles à la Terre, dirait Nietzsche, et c’est pour cela que les fruits de l’heureux nous échappent en tombant à côté de nos mains peu reconnaissantes.

Nous avons une pensée du manque encore et donc de l’élégie. Et peut-être n’en sortirons nous jamais. Peut-être serons-nous toujours des escaliers, point mobiles allant de port en port à la recherche du havre absolu et (déjà) regretté. La vie nous donnerait peut-être le temps d’étendre notre âme, mais l’envie est là qui vieille à l’élastique et contracte l’âme en volontés d’avoir.

Deuxième élégie de Duino (Rilke) : "Ah nous aussi puissions-nous découvrir de l’humain ainsi pur, mince, retenu, une bande de terre à nous, fertile entre fleuve et rocher. Car notre cœur encore nous surpasse toujours, comme eux." L’espoir est permis donc. Car notre cœur nous surpasse, comme celui des dieux. Et notre cœur nous pousse à devenir un sujet, un héros, un so(u)rcier, un axe vivant. Pour devenir tel, trois coordonnées sont à tenir ferme :

Hypostasier notre vouloir-faire-exister-ce-qui-n’existe-pas dans une répétition consciente et sentie.

Se maintenir intempestif en refusant la temporalité normative des coupures.

Pratiquer le créalisme de manière réflexive, c’est-à-dire ne jamais céder au fatalisme de croire que le réel est figé. Le monde est ma création.

 

La révolution dans la durée, le devenir autre, la transmutation humaine, la libération des sillons du labour : peut-on concevoir sujet plus solennel et gai, rageur et triomphant ? Une dialectique dont les étincelles produisent le monde. Peut-on concevoir meilleur sujet de passion ?

Il y a tout un discours de la révolution qui est une manifestation de paresse, un snobisme de détresse, une timidité obscène, d’accord. Mais la répétition de la volonté de différence, même sous la forme minimale de la critique mondaine, et une forme de veille. Nécessaire, probablement. Insuffisante sûrement. Il est des mots d’ordres par lesquels on s’endort, des enthousiasmes qui trop enivrent, tandis que le devenir autre est toujours une aventure.


Luis de Miranda

(extrait de Une vie nouvelle est-elle possible ?)

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23/02/2010

PIB: Pauvreté Intérieure Bourgeoise, par Gilles Vervisch

la_foule_1998.jpgNouvelle du jour : la consommation a baissé en janvier par rapport au mois de décembre : -27%. C'est très inquiétant, il paraît. Mais certains se rassurent en précisant que cette baisse générale est surtout due à la chute des ventes automobiles (-16,7%), liée à la réduction du montant de la prime à la casse. Ouf !

C'est inquiétant pour tous ceux qui ont pris comme principe filtrant du créel la croissance économique, et croient devoir faire de cette seule partie de la vie sociale le critère absolu du bonheur individuel et collectif. Ainsi, l'INSEE mesure régulièrement la "confiance ou le moral des ménages". Sont-ils heureux ? Déjà, la notion de "ménage" définit le cadre de la famille nucléaire comme la forme évidente et obligée de la vie sociale : les parents, les enfants, le chien, la maison et le crédit qui va avec. Ensuite, il faut savoir de quoi on parle. Confiance en quoi ? Dans la capacité à satisfaire ses désirs ? À les créaliser pour transformer le monde ? Non. Il s'agit en fait de l'opinion plus ou moins positive ou négative que l'on peut avoir sur sa situation financière. La confiance des ménages est mesurée par le niveau de vie que l'on pense avoir, l'opportunité d'acheter (Achetez ce que vous voulez, mais achetez !); il s'agit aussi de la capacité qu'on pense avoir à épargner ou des perspectives de chômage.

Or, il y a plusieurs mondes : ce qui veut dire que le bonheur de chacun n'a pas nécessairement à se mesurer ou à s'évaluer à travers le prisme de l'unité de mesure qui intéresse ceux qui veulent simplement accumuler de l'argent. Il serait bon de se demander : qu'est-ce que je ferais si j'étais vraiment libre ? C'est-à-dire si j'avais le choix de ne pas régler la valeur et le bonheur de ma vie sur les valeurs du prisme réaliste bourgeois qui voudrait lui donner une forme essentiellement économique et financière.

Pour le monde capitaliste,

- la confiance ou le moral des ménages se mesure exclusivement au rapport que chacun pense entretenir avec l'argent. Ne peut-on pas avoir confiance en d'autres choses ? La capacité de création de nouvelles formes d'organisation ? La confiance dans ses propres facultés de produire une oeuvre, dans la parole de l'autre, etc.

- le niveau de vie est synonyme du nombre de marchandises qu'on a pu ou que l'on pourrait acheter ; la mesure dans laquelle on a pu s'entourer de tous les biens de consommation fabriqués et vendus par la société de consommation : la maison, le 4x4, les voyages, les spectacles, bref, le niveau de vie n'est rien d'autre que l'argent dont on dispose. Est-ce bien ça, un "niveau de vie" ? N'est-ce pas autre chose, si l'on accepte la définition créaliste de la vie comme capacité à créer des formes ? Il n'y a aucun niveau de vie, ou il est plutôt réduit à zéro pour tout le monde, lorsqu'il consiste simplement à accumuler toujours les mêmes objets, sans jamais redéfinir ce qu'on peut espérer. Niveau de vie = niveau économique. Et le niveau culturel ? Avoir ou pas de l'imagination, de la volonté ? N'est-ce pas ma capacité à résister qui peut plus justement me permettre d'évaluer mon niveau de vie ? Dans quel mesure suis-je en vie ? Est-ce que je bouge encore ?

- le seul pouvoir dont dispose l'individu est le pouvoir d'achat. S'agit-il d'un pouvoir ? Ce serait plutôt la capacité à se soumettre à ce modèle du monde capitaliste. Dans ce monde particulier qui voudrait se donner l'image du seul monde possible (ce qu'on appelle alors le réel), l'individu ne peut exister que comme consommateur, et c'est sans doute la raison pour laquelle on ne mesure son bonheur qu'à son rapport à l'argent et son pouvoir à sa capacité d'acheter (des produits manufacturés). Pour moi, je ne vois pas en quoi l'achat est un pouvoir...

- la richesse n'est rien que le nombre d'objets manufacturés et des services qu'on a produits. On parle alors de produire des richesses, de redistribuer les richesses. Mais là-encore, c'est une vision et une définition du terme réduite à son sens économique. Tout le monde aura compris que la richesse peut se définir de biens d'autres manières. En quoi fabriquer plus de marchandises est-il une richesse ?

Finissons en disant ce qu'on avait à dire : on mesure le bonheur, la richesse et le pouvoir des individus du monde capitaliste (qui se donne le nom de réel) au seul domaine de la production/consommation. Or on peut très bien consommer parce qu'on n'a pas le choix : celui qui achète une voiture n'a pas de pouvoir, il se soumet à la société de l'âge automobile qui a éloigné les cités dortoirs des lieux de travail. Et puis, c'est bien souvent parce qu'on est déprimé, désespéré et vide que l'on consomme. Celui ou celle qui est malheureux, appauvri, asséché de l'intérieur, cherchera sans doute à s'oublier dans un bain de foule du samedi après-midi, une séance d'achats compulsifs, qui doit compenser un manque de tout. Je ne sais pas quoi faire de moi, alors, j'achète, avant de découvrir que je ne saurais pas même quoi faire de tous ces objets que j'ai achetés.

Pouvoir, croissance, richesse, confiance, moral. Toutes ces catégories que l'on pourrait effectivement considérer comme constitutives du bonheur de l'individu et de la société sont entièrement vampirisées, dans leur sens et leur but, par le discours capitaliste, qui donne à chacun la certitude qu'il ne peut pas lui-même les définir autrement. Ici comme ailleurs, il serait donc bon de se demander : que ferais-je si j'étais vraiment libre ? C'est-à-dire, comment devrais-je penser, avec justesse, ma richesse, mon pouvoir, ma confiance et mon bonheur ?

La richesse économique, le pouvoir d'achat, le PIB par habitant... autant d'unités de mesure données au regard de chacun pour l'empêcher de voir la vérité.

- Mais quelle vérité ?

- Que tu es un esclave !


Gilles Vervisch

22:50 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |  Imprimer

10/02/2010

THE CREALIST MANIFESTO

Eight points towards an Infinite on your feet
(translated by Mary C., original text written in French by Luis de Miranda)



1. At the heart of reality a continuous, material and spiritual creation is acting. The world is/has to be my creation is the differential ethics of singular subjects. Truth, which inter-relational event keeps springing up here and there, along the path of History. Truth we often forget because of the disheartening humiliations of the world as it is and of the human beings as they are. Crealism is no anthropocentrism, which would artificially separate a nature-object from a human-master and owner. There are some active complicities and affinities in the chaosmos and the one who elevates himself to the dignity of listening to it and working at it.

2. Capitalism alters the world and drives human beings to alter wilfully their bodies and souls in accordance to anxiety inducing standards. What is to be aimed at (so many people proclaimed it better before me) is a differential and acting otherness, a loving, political, erotic, aesthetic, cosmic, professional ethics made of adventurous asceticism and of a heroic attempt not to bargain one’s ecstasies. The stanza against the hypnagogic nihilism implies this apparently megalomaniac requirement of processing deconditioning, a poetic poïesis and policy trying to give back its good name to the desiring imagination, to the wilful and generous ideation, to the effort of invention and of supporting new structures in terms of existence.

3.  Of course, on the in-dividual scale, results are not often spectacular. Crealism is a self and at times ascetic discipline in a world where lasting complicities are rare (the competitive urge has colonised each and every circle, including those where tradition would least expect it), where the cold impediments are frequent (stupidity and indifference) and where the founts of melancholy are omnipresent. But crealism is also a sensible and mental ecstasy, a source and a manifestation of joy.

4. Crealism establishes the primacy of creation at the heart of the being and far from destining itself to the artistic subjects only, it concerns the dynamical extension of living territories, a collective praxis of singularity, which can be tried. In that sense, Creality is an unpredictable blooming, a quicksilver-like fabric of interrelations meant to be non deterministic, whereas Reality is its compost, its framed automation.   

5. For the ones who believe in « God », crealism assumes « He » is not fixed once and for all. His identity keeps evolving together with his co-creation by his creatures. The universe is a musical score in constant re-composition, among the course of which, improvisation is always possible. We are all more or less divine depending on the moments of our life, at times eager sleepers, at times Creality actors and sense-givers. The access to the lucid dialogue with the loving and magnetic forces of the world is easier when the subject follows some kind of non mimetic asceticism and masters his consumption and regression drives at the price of a constant renouncement to the Pavlovian (dis)pleasures. Not that easy a thing because the totalitarianism of muck and consumption is constantly enrolling us, exciting our neurons with apparently contradictory messages driving them tired (fake freedom of choice between hygienic and yukky). Every day, the capitalist system spend huge amounts of money on lobotomising us, but fortunately, should a person be retarded, there would always be something mental about that person. 

6. Against the castrations of the scornful and sinister wing-breakers, against the deceiving advertising demands intruding on our privacy, crealists have always been giving up somehow on standard comfort (some kind of luxury is however essential to them). They have been filtering the being, voicing out loud chaos and refining it. Let’s follow their example, or let’s bear again and again the schizo-neurotic consequences of a world we made stagnant because of our abandoning it, because of our collaboration to the marketing misery, because of the dull and faking emulation, because of our submission to money we mix up, as Marx said, with others. Acting or enduring the daily shame that soldiers (both men and women) of the class society are trying to impose on us. Becoming wizards and diviners of forms, intensities and coincidences, rather than accepting the humdrum codes of an era glutted with dead ends.

7.  A situation of bubbling infatuation, synchronicities, a longing for justice beyond pay claims, a beautiful joust between noble adversaries exempt from hypocrisies. Everything but the pusillanimity of wasted impulses, the moronic stimuli and the craving and maudlin and sniggering and fatalistic stupidity. Is History sad ? Deleuze said: “History refers only to the amount of conditions, as recent as they might be, from which we drive ourselves away to “become”, that is to say to create something new”.

8. Crealism is a policy of Reality as co-creation in process, in which the coherent and active subject holds a co-central place together with the cosmic harmonium, in which imagination, passion, will, art, desire, love are unceasingly redefining, now and in deeds, the conditions of a possible life free from alienation, of a free existence.

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05/02/2010

Chant créaliste

 

 

(cliquez ici pour trouver la version originale du Manifeste)

 

Au coeur du réel agit une création matérielle, continue, spirituelle

"Le monde est/doit être ma création" est notre éthique différentielle

Aux yeux singuliers la vérité inter-relationnelle

Ne cesse de surgir au fil de l'Histoire universelle

Vérité souvent oubliée face aux humiliations

Du "monde comme il va" et des "humains comme ils sont"

Le créalisme n'est pas un anthropocentrisme

Pas de vie-objet ni de maître de la Nature

Il y a des complicités dans notre activisme pur

Entre le chaosmos et notre digne tas d’os

Vérité souvent oubliée face aux humiliations

Du "monde comme il va" et des "humains comme ils sont"

 


Le capitalisme altère le monde

Et pousse les humains à se croire immondes

À vouloir altérer leur corps en gène

Et leur âme selon des standards anxiogènes

Nous visons l’altérité différentielle en acte

Une éthique amoureuse, un pacte

Politique érotique, esthétique, cosmique, professionnelle

L’ascèse aventureuse originelle

La tentative héroïque de ne pas monnayer ses extases

Non, nous ne passons pas par une phase

Nous ne sommes pas dans le délire

Nous sommes l’avenir

La stance contre le nihilisme hypnagogique

Passe par cette exigence apocalyptique

De déconditionnement en devenir

Une politique po(i)étique fille de l’ire

Qui tente de redonner à l'imagination désirante

À l'idéation volontaire, généreuse, puissante

À l'effort d'invention et de soutien de structures nouvelles

Leurs lettres de noblesse en matière d'existence charnelle

Une tentative héroïque de ne pas monnayer ses extases

Non, nous ne passons pas par une phase

Nous ne sommes pas dans le délire

Nous sommes l’avenir

 



Bien entendu, à l'échelle in-dividuelle

Les résultats ne sont pas souvent spectaculaires

Le créalisme est une autodiscipline, une veille

Dans un monde sans air

Où les complicités durables sont rares

L'envie compétitive a colonisé toutes les sphères

Nous sommes les sentinelles du nouvel art

Evitant les obstacles froids, l’idiotie, l’indifférence

Les puits de mélancolie et les mers d’absence

Les réalistes et leurs idées rances

Le créalisme est une extase sensible et mentale

Une source de joie qui leur sera fatale

 


Le créalisme ose le primat de la créativité

Au coeur de l'être et de l’espace

Et loin d'être agencé aux disciplines patentées

Il concerne la dynamique de fusion des territoires de glace

Une praxis éprouvable et collective de la singularité

Un voyage où les sens ont retrouvé leur acuité

Le Créel est un bourgeonnement imprévisible

Un tissu vif d'interrelations invisibles

Le Réel est notre compost, notre aliment,

Sur les automates nous nous faisons les dents

 

Pour ceux qui croient en "Dieu"

Le créalisme revient à supposer

Qu'Il n'est pas figé

Comme un petit vieux

Son identité change sans cesse

À mesure de nos créations d’ivresse

L'univers est une partition artisanale

En constante (re)composition musicale

Au fil de laquelle les improvisations

Tissent la toile de nos actions

Nous sommes tous plus ou moins divins

Selon les moments de notre destin

Tantôt dormeurs avides de sommeil

Tantôt acteurs et senseurs du Créel

L'accès au dialogue lucide avec les forces aimant(é)es

Est plus aisé lorsque le sujet passionné

Tient une ascèse antimimétique

Et maîtrise ses pulsions capitalistiques

De consommation et de régression

Au prix d'un effort de renonciation

Aux (dé)plaisirs pavloviens

Aux robinets du Rien

Pas facile, car le totalitarisme de la fange

Sans cesse de l’intérieur nous mange

Mobilise nos neurones fatigués

Par ses messages de fausse liberté

Entre l'hygiénisme et le caboucadin

Notre détresse n’a d’égale que notre faim

Le système dépense pour nous débiliser

Il commande et tout devient ruse

La grande méduse nous use

Mais heureusement, accrochés à nos radeaux

Nous savons que même les débiles sont mentaux

 



Contre les castrations des contempteurs d'envol

Contre la colonisation de l'intime par les viols

Du crâne par les impératifs publicitaires

Et les promesses duplicitaires

Les créalistes ont toujours été de relatifs sacrificateurs

Du confort standard autant que de la peur

Ils ont été des filtres de l'être,

De hauts parleurs, des raffineurs du paraître,

Dans un monde rendu stagnant

Par notre abandon du présent

Et notre collaboration avec le cloaque marchand

Avec la morose émulation simulatrice

Avec la soumission à l'argent factice

Que nous confondons avec autrui

Avec le désir, avec la vie

 

Agir ou subir la honte quotidienne

Que tentent de nous infliger les soldats de la haine

De la non-société de classes

Aux changeantes impasses

Se faire so(u)rcier des formes

Des intensités et des coïncidences

Plutôt que d'accepter la norme

Et les codes timorés de l’indécence

Ne plus se fier qu’au sens des sens

Même accablés par le silence

Ne plus se fier qu’au sens des sens

Même accablés par l’abstinence

Ne plus se fier qu’au sens des sens

Même accablés par l’innocence

 


Une situation de bouillonnement amoureux

Des synchronicités, un désir heureux

De justice allant au-delà des revendications du vice

Une belle joute sans hypocrisies entre adversaires complices

Tout sauf la pusillanimité des élans atrophiés

L'abrutissement des stimuli et l'idiotie affamée

Larmoyante, ricanante, automatisée

L'Histoire est triste ? Elle suscite le repentir ?

L'histoire désigne les conditions dont on se détourne pour devenir

C’est-à-dire pour rallumer le flambeau

En créant quelque chose de nouveau

 

Le créalisme est une politique du Réel

Un voyage sur les ailes

De la co-création en devenir

Où le sujet cohérent-actif de notre désir

Occupe une place co-centrale avec l'harmonium cosmique

Où l'imagination, l’amour, la volonté, l'art, l’éthique

Redéfinissent sans cesse, au présent et en acte

Les conditions de possibilité

D'une vie désaliénée

 

 

Nous vous proposons un pacte

Nous vous offrons cette danse

Pour une libre existence

 

 

 

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