Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/05/2011

NAISSANCE DU CRÉALISME

par Luis de Miranda

 

J’ai raconté ailleurs comme le néologisme de Créel fut forgé : à l'époque, j’aimais une jeune femme qui se disait « instantéiste », chasseuse d'Instants. J’appréciais nos écarts, j’ai toujours volontiers improvisé. Je me suis aussi toujours voulu « épiste », adepte du grand souffle, des grandes découvertes, des grandes édifications et civilisations, nostalgique peut-être de l’élan des épopées.

C’était en 2007, j'écrivais un roman, depuis paru sous le titre de Paridaiza, dont les personnages, esclaves d’un monde cybernétique et standardisé, se libéraient en comprenant le lien qui anime l’imagination, l’action et la vie. Ce lien est manifesté dans le roman sous forme de lieu : un cloître fertile au milieu du désert, par analogie avec le paridaiza de l’ancien persan, qui désignait un jardin divin et a donné notre paradis. Je l’ai nommé d’abord le « Réel-réel », même si quelque chose me gênait dans ce redoublement crissant. Un matin d’hiver, me souvenant avec Nietzsche et Deleuze qu’il est toujours préférable de favoriser les formules actives, le Réel-réel est devenu le « Créel ». Un Graal contemporain.

J’ai envoyé un message à la jeune femme que j’aimais : « instantéisme + épisme = créalisme ». Ce même jour est né le manifeste du créalisme, un concentré magique d’espoir et de colère, de joie et de défi, où sans doute les mots se bousculaient comme libérés trop vite. Depuis, j’ai clarifié dans mes écrits la densité brute du manifeste, qui a été traduit dans diverses langues.

Au même moment, ailleurs, parce que le créalisme est l’esprit de notre temps (après le postmodernisme, le modernisme ou le réalisme), d’autres avaient des intuitions proches. C’est ainsi que j’ai découvert, un an plus tard, qu’un anthropologue serbe septuagénaire, Momir Nikic, avait dans les années 1990 écrit un livre intitulé Krealizam, où il développait le même néologisme, avec des intuition proches.

Les aimants finissent toujours par se rapprocher. De la ferveur de plusieurs, de notre refus d’accepter la loi de l’impuissance face aux forces dominantes réalistes et asservies au lucre financier est né ce réseau. Faire face, avec art, à la cupidité ou l’esprit de compétition, porter haut les idéaux et la poésie incarnée, désirer ardemment et œuvrer pour une aurore esthétique, politique, commune : nous avons désormais tous conscience d’être les cocréateurs de notre destin ; nous avons la patience impatiente d’abattre les murs de la peur, de la mort, et de cent autres illusions qui paralysent le réaliste en nous. De la volonté d’unir mes forces aux vôtres autour de projets concrets, mais aussi d’un effort de connaissance transdisciplinaire est né en 2009 le Centre de Recherche pour l'émergence d'une existence libre (CRÉEL).

09:54 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

12/05/2011

DANSER PAR SOI-MÊME

 

Image 3.png

 

Nos corps ne dansent pas assez en toute liberté, fluides et déstructurés, loin des lieux obscurs où c'est permis, loin de la musique bam-bam qui fait passer la pilule, loin des chorégraphies qui automatisent et rendent gaga...

Or la danse est le contraire de l'ennui qui voudrait nous écraser, de la fonction pseudo-digne qui nous pré-occupe, c'est la traversée de ce regard d'autrui qui nous rigidifie et nous refoule, c'est oser plutôt que toujours doser...

Danser par soi-même, dans la rue, sans filet, entouré de corps complices mais autonomes, chacun parcouru par son style, traversé par le flux du Créel, existé par une intensité - franchir un cap, s'arracher à l'automate, s'ouvrir un instant à la Vie et ouvrir les regards étonnés à la possibilité, peu après, de penser par soi-même...
 

"L’apparence est pour moi la vie et l’action elle-même qui, dans son ironie de soi-même, va jusqu’à me faire sentir qu’il y a là apparence et feu-follet et danse des elfes et rien autre chose — que, parmi ces rêveurs, moi aussi, moi « qui cherche la connaissance », je danse le pas de tout le monde, que le connaisseur est un moyen pour prolonger la danse terrestre, et qu’en raison de cela il fait partie des maîtres de cérémonie de la vie, et que la sublime conséquence et le lien de toutes les connaissances est et sera peut-être le moyen suprême pour maintenir la généralité de la rêverie, l’entente de tous ces rêveurs entre eux et, par cela même, la durée du rêve."

Nietzsche, le Gai Savoir, §54

___________

16:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

02/05/2011

L'ART D'ÊTRE LIBRES SUR FRANCE CULTURE

Capture d’écran 2011-05-02 à 09.56.45.png

 Émission Place de la Toile du 2 mai 2011, interview de Luis de Miranda

 

09:58 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : créalisme, place de la toile, luis de miranda | |  Facebook | |  Imprimer

15/04/2011

L'Art d'être libres en Tunisie

L'ART D'ÊTRE LIBRES EN TUNISIE ET LE CRÉALISME from CRÉEL on Vimeo.

23:08 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tunisie, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

05/04/2011

Harmoniser les couleurs

Capture d’écran 2011-04-05 à 12.23.07.png

 Kandinsky, Étude de couleurs, 1913.

 

" Les Grecs voyaient la nature d’une autre façon que nous, car il faut admettre que leur oeil était aveugle au bleu et au vert et qu’ils voyaient, au lieu du bleu, un brun plus profond, au lieu du vert un jaune (ils désignaient donc, par le même mot, la couleur d’une chevelure sombre, celle du bluet et celle des mers méridionales, et encore, par le même mot, la couleur des plantes vertes et de la peau humaine, du miel et des résines jaunes : en sorte que leurs plus grands peintres, ainsi qu’il a été démontré, n’ont pu reproduire le monde qui les entourait que par le noir, le blanc, le rouge et le jaune). — Comme la nature a dû leur paraître différente et plus près de l’homme, puisque à leurs yeux les couleurs de l’homme prédominaient aussi dans la nature et que celle-ci nageait en quelque sorte dans l’éther colorié de l’humanité ! (Le bleu et le vert dépouillent la nature de son humanité plus que toute autre couleur.) C’est par ce défaut que s’est développée la facilité enfantine, particulière aux Grecs, de considérer les phénomènes de la nature comme des dieux et des demi-dieux, c’est-à-dire de les voir sous forme humaine. — Mais que ceci serve de symbole à une autre supposition. Tout penseur peint son monde à lui et les choses qui l’entourent avec moins de couleurs qu’il n’en existe, et il est aveugle à certaines couleurs. Ce n’est pas là uniquement un défaut. Grâce à ce rapprochement et à cette simplification, il prête aux choses des harmonies de couleurs qui ont un grand charme et qui peuvent produire un enrichissement de la nature. Peut-être est-ce par cette voie seulement que l’humanité a appris à jouir du spectacle de la vie : grâce au fait que l’existence lui fut d’abord présentée avec un ou deux tons, et, par conséquent, d’une façon plus harmonieuse : elle s’habitua, en quelque sorte, à ces tons simples, avant de passer à des nuances plus variées. Et maintenant encore, certains individus s’efforcent de sortir d’une cécité partielle pour parvenir à une vie plus riche et une plus grande différenciation ; à quoi non seulement ils trouvent des jouissances nouvelles, mais encore sont forcés d’en abandonner et d’en perdre quelques anciennes. "

Nietzsche, Aurore, 426, trad. H. Albert, 1901.

 


12:25 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |  Imprimer

02/03/2011

Cogito du 21e siècle : Je ne suis pas l'argent, donc je suis.

 

Capture d’écran 2011-03-02 à 08.39.23.png

 

 

Descartes a fondé son cogito sur le doute méthodique à l'égard de la réalité. Je pense, donc je suis, peut se dire ainsi :

Je ne suis pas la réalité, donc je suis.

C'est là une idée maîtresse du créalisme.

 

Aujourd'hui, la logique du lucre continue de coloniser tous les espaces de l'existence. Ainsi, à notre époque, la réalité, c'est l'argent. Se soumettre à la réalité des choses, c'est se soumettre à l'argent. C'est pourquoi une autre manière de formuler et de ranimer le cogito, dans notre siècle, est :

Je ne suis pas l'argent, donc je suis.

 

Quelque chose dans l'identité de beaucoup d'humains reste irréductible à la loi de l'argent. Ce quelque chose est essentiel. Il s'exprime dans la résistance contre les abus du profit financier, et il lutte contre la tentation qu'a l'individu de renoncer, de se dire "après moi le déluge". La société civile du siècle qui commence semble partout raviver cette sentence de Solon, le père fondateur de la démocratie : « Je décrète comme criminel tout citoyen se désintéressant du débat Public. »

 

Luis de Miranda

 

08:40 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : démocratie, argent, responsabilité | |  Facebook | |  Imprimer

22/02/2011

Les compositeurs de dimensions multiples

 

 

Je crois qu'il est beaucoup de cabris du verbe parmi nous, d'équilibristes du fil court, d'écarteleurs des logiques morbides, de danseurs des forêts, de nobles ascètes de l'honneur, de vaillants poètes de la jaillance, bref les musiciens se sont retrouvés et entretiennent l'harmonie, l'entente et les sursauts d'ivresse. Mais ce qui fait défaut, c'est davantage la planification des actes, l'architecture des envolées, la construction de réels dans la durée, le souffle des bâtisseurs d'espace social, la composition, l'orchestration. Les ménestrels persistent, mais il s'agit aussi d'échafauder des stratégies vitales collectives, architecturer des cathédrales communes, oeuvrer la charpente d'un édifice total et symphonique. Bref, cela bondit divinement, cela jongle, mais cela compose surtout de la musique de variétés, cela ne s'élabore jamais au-delà de quelques pages, minutes, oraisons. Diogène cherchait un homme. Nous cherchons, en Europe, des compositeurs de dimensions multiples. Là est la difficile éthique sonique, ascèse de l'ouïr, élaboration de la panharmonie, là est le plus grand défi pour la magie de l'agir.

 

Luis de Miranda

11:55 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | |  Imprimer

17/02/2011

Naissance du Surpoète

par Chloé Cloze

 

 

« Que ceux qui pensent, sans l’avouer, que la poésie est un travail de broderie pour eunuques écoutent les rumeurs de leur cerveau, le tambour de leur désir, les aspirations de leur ennui, qu’ils cessent de refouler leur révolte vis-à-vis des croassements de la laideur
ou du confort morbide. Qui a tué le poète ? »

Luis de Miranda, Qui a tué le poète ?, chap. 1.

aventure.jpg



Le poète, d’après le sens commun, ce serait quelqu'un qui n'aurait pas les pieds sur terre, qui aurait la tête dans les nuages. Un peu de bon sens suffit pourtant à montrer qu’un poète est précisément tout le contraire, c'est-à-dire quelqu'un dont les pieds sont plutôt bien posées sur le sol, un être qui a le sens de l’encre, le sens des racines, et qui comme tout le monde, peut-être plus que tout le monde, a la tête sur les épaules.


Mais, les aspirants à la présence étant minoritaires, il n'est pas étonnant que les poètes soient perçus par les abonnés absents comme des rêveurs , pour ne pas dire comme des êtres un peu à côté de la plaque. « Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n’être pas fou. » dit Pascal.


Le poème est porté par celui qui se sait porté par la seule terre possible : la terre réelle. Accepter d'être porté c'est aussi accepter d’être ravi, envahi, enchanté par l’ordre de l’Ordinaire. Lorsque l'on dit du poète qu'il n'a pas les pieds sur terre ou qu'il a la tête dans les nuages, on confond en fait deux choses : l’éveil avec son contraire, c’est-à-dire la plongée dans le sommeil. Sont confondus éveil et rêve ; vision (« je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant », écrit Rimbaud) et hallucination (fantasme, divagation, fantaisie...) ; absorption (recueillement, émerveillement, étonnement, inspiration, célébration, chant, etc.) et fuite ; immersion et noyade.


En réalité, le poète veille plus qu’il ne dort, voit plus qu’il ne rêve. D’apparence peut-être semblable les deux phénomènes ont pourtant un contenu et une portée radicalement différente. Rêverie et éveil plutôt que rêve et sommeil, dirait peut-être Gaston Bachelard. Le mot a-letheia, habituellement traduit par vérité et réalité, signifie littéralement sortie de l’oubli , du sommeil, c’est-à-dire éveil, dévoilement (Heidegger). Le poème réveille, dévoile, met à nu. Car le poème que porte le poète ne peut manquer de l'emporter, d'anéantir tout ce qui n'est pas le poème. C'est à travers les mots, air modulé en sons, le rythme et les images, que le poète se laisse toucher par la réalité du monde.
Habiter en poète est un exercice d'équilibre, où l’on est tout autant habitant qu’habité. Plutôt qu’une fuite ou une évasion la poésie est plutôt l’art de poser un peu plus les pieds sur terre, autrement dit un exercice d’atterrissage. Autrement dit : rien de mieux que l’humus pour s’élever en humanité.

Le poète est hanté par l’anté-prédicatif. Et c’est à même la langue qu’il conjure cette hantise.  Pour laisser transparaitre des lueurs de cette « intuition originaire » comme dit Husserl, pour donner à entendre, à voir l’apparessence, le poète n’hésite pas à se faire Surpoète, à sacrifier ses doublures, ses doublons, à remplacer les fictions mortes par des surfictions.


« Qui a tué le poète ? ». Lui-même.


Sur l’autel mouvant du Créel le Surpoète sacrifie « ses ailes de géants », il sacrifie le poète : ses désirs, ses réalités, ses conceptions, ses points de vues, ses perspectives, sa nostalgie des hauteurs... Il ne cherche plus à décoller mais à atterrir, à toucher terre, poser pied.


L’exil premier n’est pas la chute du paradis céleste mais l’arrachement au terreau créaliste. C’est ce premier exil qui nous fait fantasmer le second. Qui nous fait plaquer du second sur l’unique, qui nous fait plonger dans le second sans un, qui nous pousse à faire diversion, à multiplier les vers dans le fruit inter-dit.


Le poète se tue pour ne pas doubler le Créel, pour ne pas (se) trahir. Et pourtant, s’il sait qu’il y a continuité entre lui et le créel, qu’il est créel, il sait aussi qu’il n’en est qu’une goutte, une vague, un mouvement, un double ... Et que l’expérience du double fait partie du jeu. Un peu comme si le Créel jouait avec lui-même, multipliait, à l’image d’un kaléidoscope, les versions et les points de vues sur lui-même.


« Le temps de la plus haute valeur est venu, c’est le temps des Surpoètes. »


Au double d’avoir la sagesse de se doubler, de se dépasser, de se laisser dépasser par le créel. Afin que le copiste (surpoétique) ne devienne pas pâle copie (poétique). Un printemps sans poètes.

 

 

16:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Ÿ