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02/12/2010

L'idée, ce cadavre qui créalise

 

par Alice Pittet

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Le cadavre de la représentation, la momie de la pensée, rampante et immobile, toujours donnée à elle-même comme la possibilité de sa propre fonction. Mais ce n’est pas un cadavre mortifère, il traverse la vie jusqu’à sa propre limite. C’est un cadavre qui créalise, un joyeux luron qui offre à la pensée ce qu’elle ne pouvait réaliser.

L’idée est bien le différentiel de la pensée, ce qui ne peut jaillir à la fois par elle, comme son noyau, et contre elle, comme une nouveauté concédée à la pensée. Ce qui fait jaillir une idée dans la pensée c’est précisément un signe, un dedans indéfectible, comme un dehors absolu, entre le cerveau, qui crée à partir du chaos des synapses, une Idée, et la moelle qui se charge d’actualiser cette Idée. Le signe, la moelle, la cervelle, la sainte trinité deleuzienne, ce qui permet proprement à l’Idée de jaillir et de s’actualiser. Tel est le problème de l’artiste, de l’écrivain, du philosophe, de tout créateur, comment actualiser cette Idée, « comment aborder la couleur ? », comment écrire un livre ?

A la figure morale du penseur, nous substituons la figure du créateur, du voleur, du tricheur car aucune création ne se fait sans violence, sans créance, sans créel. Le créel vole quelque chose au réel, il lui emprunte un signe, quelque chose qui force à penser, les trous ou les interstices qui donnent à penser. Ce que le créel emprunte au réel c’est certainement la turbulence qu’il met en marche : le signe qui dans le réel n’était que viscosité, immobilité devient vibratoire, tourbillonnaire, mise en mouvement du mouvement lui-même. La turbulence désigne l’état d’agitation et de désordre dans l’écoulement d’un fluide quand son inertie dépasse un certain seuil.  Ce seuil est caractérisé par un certain nombre sans dimension, le nombre de Reynolds tel que  Re= Ul/v, où U et l correspondent respectivement à la vitesse et à la longueur de l’écoulement, v étant la viscosité cinématique du fluide. Re correspond à la contribution relative de l’inertie du fluide par rapport à sa viscosité. Un écoulement passe d’un régime laminaire, filets très réguliers, à un régime turbulent si Re > 1, si l’inertie du fluide est supérieure à sa viscosité cinématique. La science n’a toujours pas réussi à élucider les apparitions de phénomènes de turbulence : la turbulence est instable, dissipative, due à de nombreux éléments en interactions et présentant un très grand nombre de degrés de liberté. Le signe fonctionne exactement comme la turbulence dans le créel : il est ce qui fulgure, la vitesse et la longueur d’un écoulement, qui rentre en conflit contre la viscosité de la pensée. L’Idée est le différentiel de la pensée : elle se produit à la fois à l’intérieure de la pensée mais doit jaillir contre tous ses dispositifs qui l’étouffent. C’est donc seulement par un duel, un choc que l’Idée peut naître, un choc assez puissant avec assez de vitesse pour contrer l’inertie et la viscosité de la pensée. Nous pourrions établir une nouvelle équation Idée= Ul/v, où U et l correspondent respectivement au degré de puissance de fulguration du signe et à sa vitesse, v étant la viscosité cinématique de la pensée.

La plus grande fonction du créel est de fournir des idées, un nouveau mode d’être face au réel, révéler l’inconnu propre à la pensée, le x/y qui n’est ni à venir, ni l’avenir mais le silence propre à l’impensé.

Qu'est ce qu'une idée? Ne plus savoir penser, sentir le minimum de pensée.

 

Alice Pitet

17:03 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pitet, créel | |  Facebook | |  Imprimer

11/02/2010

"L'urgence consiste à ralentir"

 



"Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l‟éponge pour effacer l’horizon tout entier? Qu‟avons-nous fait, de désenchaîner cette terre de son soleil? Vers où roule-t-elle à présent? Vers quoi nous porte son mouvement? Loin de tous les soleils? Ne sommes-nous pas précipités dans une chute continue? Et cela en arrière, de côté, en avant, vers tous les côtés? Est-il encore un haut et un bas? N‟errons-nous pas comme à travers un néant infini? Ne sentons-nous pas le souffle du vide? Ne fait-il pas plus froid? Ne fait-il pas nuit sans cesse et de plus en plus nuit? Ne faut-il pas allumer les lanternes dès le matin?"

Nietzsche, Le gai savoir, §125


« Le nom propre connote des signes »

Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, p.16


 



L’événement créaliste n’est pas arrivé. Il ne cesse pas d’arriver sous un nom qui prolifère et appelle les peuples à se corporer, tout en les renouvelant selon une voix qui n’appartient à personne, laquelle traverse les corps et les agence sous l’appel d’un discours indirect libre.

L’événement a frappé, sans cause, soudain et imprévisible. Nous devenons l’événement, traversés par un flux collectif, une ligne de fuite préindividuelle, une rumeur diffuse et souple dont nous sommes une partie illocalisable.



Plutôt que nous définir, le nom nous infinit. Il tend vers un pullulement qui nous inscrit dans un plurivers de signes, dans un domaine d’expression qui nous happe et nous porte vers une dépersonnalisation nous permettant de nous glisser-entre, de peupler des zones d’énonciations et d’actes collectifs.



Une fourche a introduit une différance marquant l’ouverture, dans le présent, d’autres temps, au croisement du visible et de l’invisible, de l’énoncé et de l’innommable. Rythmiques oeuvrantes ne cessant de s’étendre vers des compositions de rapports et d’inter-actions. Radiqualité d’un fond préindividuel métastable nous mettant en tension vers la créalisation de nouvelles sublimités. De ces merveilles qui bandent l’arc de la singularité. Arme nourrie des innombrables flèches ramassées.

En fuyant nous trouvons des arcs fermes et souples comme le foudroiement du Z, lequel ne fait qu’amorcer la faim con-tenue dans l’ « ère du peut-être ».


L’appel que le passé adresse à l’avenir suivant un éclair dont la vitesse excède toute présentification ; sourde scansion, double détournement qui saute par-dessus le présent. Pressentiment d’un peuple à venir. Peuple qui nécessairement manque, inactuel, intempestif : corps d’ad-jonction.


Le nom ne prédestine rien, ne renferme rien de préétabli, il est à Faire. Il faut le fabriquer là où ses puissances virtuelles ne cessent de se propager à une vitesse infinie. Il faut prolonger le sillage multiple, infiniment, vers d’autres noms: un ralliement au murmure incessant., un trans-port qui nous rejette sans cesse en pleine mer


Nous plongeons dans la palette du Créel, et en ressortons avec les yeux arlequins.

Foudres de regards à faire frémir les médusés, et danser les désabusés.







Dans un texte récent, je me suis risqué à mettre en tension la notion de "Créel" avec celle de "Dieu".

Que de malentendus peuvent charrier cette délicate proposition…



« Ca y est ! » clamera la posture critique : dans le monde désenchanté, de la supposée fin des utopies exaltantes, des illusions romantiques, des rêveries psychédéliques, des conquêtes héroïques, des idéaux extatiques, on nous ressort naïvement la vieille Figure du Dieu transcendant, sensé nous élever vers un ailleurs un peu moins sombre que le plan triste et froid sur lequel errent les particules élémentaires en mal de vie, en mal d'envies, dés-affectées, an-esthésiées. « Vous êtes coincé » proférera le Grand Déconstructeur. Nous tirerions de notre chapeau un Autre destiné à nous aspirer vers sa sainte félicité.


Ce serait se méprendre sur l'excitant enjeu qu'il nous incombe de relever, sur le jeu qu'un certain esprit du temps nous demande de créaliser. Non point une énième bigoterie dont la pose criticiste possède le sacré secret.


Car en effet, une telle analogie n’oblitère pas que la table de jeu est située, résolument, que les cartes ne sont pas distribuées n'importe comment: les règles sont relativement strictes et plus ou moins explicites, les protagonistes sont assez identifiables. Le défi ressort de l'ici et du maintenant et non pas d'un Intemporel, éternel qu'il s'agirait de Reconnaître.


Tout au contraire, c’est bien à partir d'un diagnostic quant aux rapports de forces présents, auxquels nous sommes connectés que nous le voulions ou non, que des créations sont possibles. Nous ne pouvons être en dehors. Comme dit Gilles Deleuze, nous sommes branchés. Mais, nous avons la possibilité d’être à la fois conducteur et résistant: capitalisme et schizophrénie.


Créalisation: sonder le présent, s'en intoxiquer volontairement, s'en enivrer souvent, s'en dégoûter parfois... sentirs à partir desquels créer l'à-venir, les mondes possibles.



Comparer le Dieu leibnizien et le Créel consistait simplement à faire transparaître la multiplicité inhérente à ces termes. Multiplicité: ni Un, ni Multiple.

La nomination importe.

Ensuite, il s’agit d’accompagner cette dernière, d’en assumer l’épreuve, d’en déplier les virtualités.

Bien sûr, le danger est grand de se faire phagociter par le fantasme de l'Un.


Si cet "attention" est légitime, s'il faudra à tout moment faire "attention" à ce gouffre, l'écueil me semble bien moins important, aujourd'hui - proposition située - que l'attrait morbide pour l'hyper-fragmentation, laquelle masque de fait une hyper-massification et une débandade généralisée.


L’éclatement des sphères nourrit l’ennui lié à la Macrosphère unidimensionnalisante.

Nous ne voulons plus de cette lassitude lénifiante.


Le problème de l'éclatement des sphères collectives a été puissamment problématisé par Martin Heidegger : le fait que l'existence détachée et creuse se voit dominée par l'incapacité à être saisi et convaincu par quoi que ce soit. L'ennui est lié à l'activité dépossédée de toute tension commune : insoutenable légèreté ou la misère de l’absence de misère.

De sa phénoménologie de l'ennui, ressort un cri: "là ou il y a avait de l'existence active, le plus profond ennui doit advenir", comme une impossibilité de se pro-jeter.

Le lucide diagnostic a toutefois poussé le berger à embrasser le pire des brasiers : la grosse bêtise nazie. C’est à partir de ce là qu’il nous faut penser le poison et le remède de l’être-avec, sous l’égide d’un et plusieurs noms.




Il nous faut une politique qui, d‟une part, évite tout à la fois le retour réactif du Grand-Un, dont nous avons vu les limites, et la prolifération des bulles individuelles auto-destructrices, autistiques, d’autant plus polluées par le dehors qu’elles essayent, tant bien que mal, de s’en prémunir par toute sorte de prothèses.


Nous ne pouvons plus fantasmer l’étouffante micro-bulle individialiste, ni nous protéger dans l'hyperglobe du Dieu unique, du Cosmos unique, de la Nation, ou de l’idéal communicationnel, lorsque nous éclate au visage le fait que ces alternatives n’en sont plus.

Il y a un lien bien plus étroit qu’on ne le pense vulgairement entre l'hyperglobe câblé du Tout-communicatif, la sphère ethnico-religieuse et le retranchement sur la bulle individuelle .


Il nous faut résolument fabriquer d'autres modalités d'être-ensemble, de respirer, de con-spirer, pour nous défaire le mauvais sort de l'Individu-Masse: éclatement du multiple mortifère... sous l'égide de l'Un atrophié.



Ainsi, il ne suffira pas de faire sphère commune, gonflée par le pauvre objectif de se tenir chaud entre soi.

Il faudra que celle-ci soit ouverte sur les problèmes du monde fait-Un.


Nous pouvons ici faire appel aux thèses de Jacques Derrida : toute communauté, écrit-il dans Foi et savoir, est « commune auto-immunité », c’est-à-dire qu‟il n’y a pas de communauté sans destruction minimale des protections par lesquelles le soi, en voulant n‟être que soi, ne serait même plus un soi. Il faut cette destruction minimale pour que puisse passer le mince filet de l‟« incalculable », de l‟« im-possible », de l’« événement »


Comment entamer l‟immunisation de la vie contre ce qui nous empoisonne, sans la traduire en oeuvre de mort ? Tout comme les lignes de fuites peuvent se transformer en ligne de mort chez Deleuze, la sphère peut se transformer en sphère mortifère.



Le nom ouvre des dimensions qui ne se réduisent plus à la description de la Réalité. Des forces qui n’appartiennent à personne mais qui se créalisent entre nous, au milieu de nous, des affects ou des chatoiements, des affections mutuelles, des agencements machiniques dans lesquels nous baignons comme dans une atmosphère.



Penser l'atmosphère nous permet de nous ouvrir à un « faire attention » quant aux conditions matérielles de la respirabilité d'un milieu. Cette respirabilité n'est pas, au sens strict (même si l'on pense que tout est politique), exclusivement politique mais dépend de multiples activités connexes (alimentation "différente", poésie, musique, expérimentations collectives, ...) qui peuvent créer des couplages contre-nature entre eux. Ceux-ci nous inviteraient à faire un pas de côté par rapport à la « mobilisation infinie », à la surexposition délétère du Grand-Un.


Entre les « citoyens » existent désormais des rapports d’empoisonnement mutuel. Si bien qu’une toxicologie collective doit remplacer dans une certaine mesure la politique classique


Est-ce respirable? Les êtres font-ils puissance? Lesquels? Pourquoi d’autres se sentent-ils asphyxiés? Quels sont les éléments qui polluent la démocratie? N'est-ce pas la croyance en La Démocratie elle-même, en tant qu’essence? En présupposant l'accord entre garants de droits et de pouvoir d'achat, n'occulte-t-on pas les divergences entre des gens profondément hétérogènes? Ce que cette chape de plomb masque ne s'exprimera-t-il pas de toute façon, d'une manière ou d'une autre?


La politique qui vient, qui ne se réduirait pas à la lutte axiomatique, dans les axiomes mêmes du capitalisme, mais ferait remonter un hors-lieu dans le lieu présupposé de la politique. Ils pourraient faire émerger des dehors non pris au sérieux… de tous ces problèmes qu’On avait trop vite rangés sous la coupole ronde.

Ralentissons, à même la vitesse. L’urgence consiste à ralentir.



L’érotique nom propre « Créel » (oui impropre) peut et doit y contribuer. Non pas, on l’aura compris, comme une force univoque de mobilisation, mais comme quelque chose qui arrive et n’en finit pas d’arriver : établit des rives et le cours de ce qui prend, donne lieu, fait corps, ouvre le temps intempestif d’un espace d’exception. Conjuguant en ce sens la singularité d’un nous, l’individuation comme inachèvement tourbillonnaire et retour où, dans les boucles des spirales, se répète la différence en s’y altérant sans cesse : telle est la rive indéfinie de la singularité, comme ce qui reste toujours à venir… Inconsommable, de la ciselure à l’installation, en passant par des entrelacs.


Le nom peut alors se com-prendre comme « autant de combinaisons, et des chances uniques que telle combinaison ait été tirée. C’est un coup de dés nécessairement vainqueur, parce qu’il affirme suffisamment de hasard, au lieu de découper, de probabiliser ou de mutiler le hasard, au lieu de le découper, de probabiliser ou de mutiler le hasard » (Deleuze)


Nous sommes tous pris dans des machines de noms qui s’emparent de notre vie et la brassent vers des signes qui sont les seuls événements dignes d’être affirmés dans nos luttes et combats. De ces notions qui nous appellent et nous font gagner une surface où seuls comptent les effets et les affects.


Ce sont toujours pour des noms que nous entrons dans des processus de subjectivation créatifs. Ce sont des noms qui nous drainent dans une machine de guerre et ce, bien plus que les causes génétiques ou les conditions sociales que nous recevons de par notre naissance. Le nom est lui-même une machine qui brasse les corps et les fait converger vers des « notions communes » (cf. Spinoza).



Nicolas (Zur)strassen

09:46 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : créel, nom, zurstrassen, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

02/12/2009

L'archipel du Créel

 

 

« Je ne suis Je que dans la mesure où j’appartiens à un Nous.  Un je et un nous sont des processus d’individuation.

Cela étant, le je et le nous,  en tant que processus d’individuation, ont une histoire.

Il ne s’agit pas seulement d’une histoire au sens où chaque nous est une histoire différente,

mais au sens où les conditions de l’individuation du nous  au fil de l’histoire de l’humanité se transforment »

B. Stiegler

Aimer, s’aimer, nous aimer, p.16


« Plusieurs bandes de musiciens ou de chœurs jouant séparément leur partie et placés en sorte qu’ils ne s’entendent point,

qui peuvent néanmoins s’accorder parfaitement en suivant leurs notes, chacun les siennes,

de sorte que celui qui les écoute tous y trouve une harmonie merveilleuse

et bien plus surprenante que s’il y avait de la connexion entre eux. »

Leibniz

Lettre à Arnaud, 30 avril 1687


« L’univers est comme une pièce de musique »

Ravaisson

Testament philosophique et fragments, p. 80


« C’est seulement lorsque  l’extrême émancipation individuelle y communique

avec le sens du commun  que le monde commun est véritable et consistant. »

J.Rancière

Au bord du politique, p.94

 

 

NOUS ne sommes pas une simple addition d’atomes.


NOUS est un « nous» problématique, toujours en train de se faire, entre singularités vivantes.


NOUS est un FAItiche, une prothèse, un « en deçà du vrai et du faux » qui permet d’alimenter cette croyance en l’émergence de singularités vives, con-viviales.


Nous voyageons, co-errant, vers l’archipel des singuliers…


 

 

La perspective créaliste consiste en la cons-struction et la pro-duction d’un horizon pluriel, un voir d’une certaine manière (perspicere : pénétrer ou percer du regard) et non d’une manière certaine, c’est-à-dire positiviste.

Le créalisme lutte ainsi contre une certaine tentation positiviste faisant écran au créel.

Conception triste selon laquelle le monde serait déjà donné, socle plat et terne sur lequel se grefferait le sens : d’un côté ce qui serait « réel » et de l’autre ce qui s’ajouterait sur ce dernier, une créativité sémiotique comme simple supplément.

 

 

Entre le plan physique, au sens trivial (appelé Innerweltlich par le philosophe Merleau-Ponty), et le plan du sens (Welt), le lien n’est pas de continuité ou d’opposition entre de l’inférieur et du supérieur, mais bien de compénétration incessante, à un point tel qu’il serait spécieux de prétendre les séparer.

Tout comme il apparaît arbitraire, corrélativement, de trancher entre le moi (monde des significations individuelles, sensitives, fluantes, magiques) et le monde (« réel », plan immuable, froid, objectif et stable)

Les « entités » créalistes s’expriment de manière singulière en exprimant le monde entier, par l’expression de ce monde entier, indissociablement : l’une se nourrissant de l’autre, et inversement.

 

Mon(a)des créalistes, tourbillons de tourbillons


Leibniz créa un beau mot pour caractériser cette compénétration, cette com-préhension perpétuelle : il nomme les entités singulières exprimant le monde, ces univers en miniatures: « monades ».


Loin d’être distinguée du monde et des autres, chaque monade ne cesse de conspirer avec l’Autre (sans terme premier), de respirer, hantée et habitée qu’elle est d’emblée par les autres et par le monde, ouverte à l’altérité infiniment démultipliée des autres monades, du monde.

Et par là même, ouverte à son propre devenir infini, en tant qu’ouverture à soi et à l’altérité des autres monades, à l’altérité du monde comme monde commun; ce monde en devenir perpétuel qui lui donne l’impulsion  pour se développer toujours en deçà d’une identité acquise une fois pour toute.

Le monde pulse la monade, la monade pulse le monde, sans premier ni dernier terme.

La trame s’enroule et se déroule dans le milieu (qui n’est jamais une moyenne mais un « entre »).  Un « entre » fluant, ondulant, en mouvement intense.


Dans les « Nouveaux essais pour l’entendement humain », Leibniz décrit puissamment ces modifications perpétuelles, ces voltes qui affectent chaque monade en même temps qu’elles affectent l’univers : « tourbillons de tourbillons ».

Le créaliste est/devient un tourbillon de tourbillon.

L’identité tourbillonnaire n’est jamais identité de fait, mais identité toujours différée, infinie différenciation au monde,  mais aussi infinie différentiation (la différence se différanciant-cfr.G.Deleuze)  à soi de chaque monade.



Par ailleurs, les monades sont tout sauf des entités bien arrondies (cfr Sloterdijk après et par Tarde) adhérant à elles-mêmes une fois pour toutes.

Les monades leibniziennes sont des « individualités qui enveloppent l’infini » et cela « vient de l’influence de toutes les choses de l’univers les unes sur les autre » (« Nouveaux essais sur l’entendement humain », p.225), toujours déjà hors d’elles-mêmes dans un rapport entre-tenu avec l’Autre.


Leibniz parlait, afin de nommer ce rapport co-volutif, d’« harmonie préétablie » pour répondre à cette énigme d’une identité qui serait à la fois même et autre qu’elle-même, indissociablement son altérité propre et l’altérité de son dehors. Dehors n’étant que le dehors de son dedans.

 

Laquelle harmonie, contrairement à ce qu’ont avancé de nombreux commentateurs, ne renvoie pas un déterminisme originaire, « théologiciel », totalité organisée qui fermerait les possibles… bien au contraire.

Elle est bien plutôt ouverture d’un futur toujours à-venir, dans la ré-institution permanente, à l’infini, de manière créative.


Une harmonie préétablie entre créalistes ? Hypothèse dangereuse mais nécessaire. Dangereuse en ce qu’elle peut toujours être caricaturée, prise comme une thèse bloquant la fluance du Créel.


 

Comment penser alors ce paradoxe d’une « solitude » qui soit d’emblée « communication », une communication qui ne ferait pas bloc ou, autre face de la même pièce, consensus mou ? De quel ordre doit être appréhendée cette communication ?

Réponse leibnizienne, contre l’écueil positiviste : ce rapport n’est en tout cas pas du tout de l’ordre de ce qui peut entrer par des portes et des fenêtres comme une matière rigide, une chaîne palpable qui lierait les monades entre elles par une sorte de cordon inter-ombilical dans un liquide amniotique éthéré.


A ce sujet, Deleuze, avec leibniz dans « Le Pli », écrit ceci : « Résonance, comme un salon musical, qui traduirait en sons invisibles les mouvement visibles d’en bas: tendance de la matière à déborder l’espace, à se concilier avec le fluide. »


Les monades ne peuvent pas « pénétrer » les unes dans les autres, mais… ont pourtant une sorte d’ « accès indirect », que le philosophe Edmund Husserl appelait « apprésentation » : un accès rendu possible par la dimension originairement intentionnelle de la monade, une intentionnalité qui peut être plus ou moins explicite, plus ou moins réfléchie consciemment (mais souvent de l’ordre de l’inconscient). Les créalistes ne Savent pas qu’ils sont créalistes… (il faudra, sur ce point, revenir sur le mouvement être/devenir créaliste, mouvement qui annule le rapport - séparé - au créel, en se co-créant par et avec celui-ci. Autrement dit, le fait que ce mouvement émerge à la conscience conjure ce rapport comme conscience de)


Toute forme de connexion est ambivalente en effet. Une relation peut empêcher l’expression des singularités, mais aussi favoriser ces dernières. Nous demandons, cela dit, si  cette opposition est bien pertinente…


N’est-ce pas en nous « empêchant », en étant « tenu » dans une certaine mesure, que nous produisons quelque chose de nouveau ? Combien de fois dans l’existence ne nous rendons-nous pas compte en effet, rétrospectivement, que ce qui paraissait une entrave à notre « liberté » hypostasiée sur le moment s’est en fait révélé après-coup un facteur d’accroissement de puissance ? Comme si nous étions figés, fixés dans un Moi prétendument « libre », état mis en risque en filant avec les autres, contact tissé qui nous a permis de Devenir.

On ne devient pas seul, on devient-avec…( il faudra revenir sur cet « avec » et, notamment, urgemment, l’étendre aux non-humains, selon l’expression de B. Latour. Extension qui, de fait, a toujours agi. Le fait de penser cette co-volution permettra de nouer de nouvelles relations bien moins délétères avec ce que l’Humanisme a rejeté hors de sa Sphère autistique: créer des mouvements néganthropiques)


Problème abyssal, mais qui peut être contourné avec l’aide de Leibniz.

Cette aporie apparente repose sur l’opposition arbitraire entre solitude et être-ensemble. Or,  comme l’énonce Merleau-Ponty, comme un cri : « la solitude et la communication ne doivent pas être les deux termes d’une alternative, mais deux moments d’un seul phénomène ». (« Phénoménologie de la perception », p. 412). Un seul phénomène… deux moments. Si l’être-seul et l’être-avec doivent être distingués, sous peine de se voir fondus dans un moule unidimensionnel, ils ne peuvent plus s’opposer. Ils com-posent sans cesse…

Le Créel est cette forme d’accès indirect, qui connecte les énergies dans leur différence, mais qui ne sur-intégre  jamais les Matières dans une Forme (schéma hylémorphique à critiquer. Voir Georges Simondon).


 

Nous pouvons alors comprendre  la dite « Harmonie préétablie » de manière non-répressive. Cette expression peut alors vouloir dire que, du Cosmos, nous sommes indissociable, étant entendu que ce dernier n’est pas totalité mais infini (un être/devenir comme tunique, comme plis et déplis incessants), infinie ouverture des nouvelles réexpressions de soi comme nouvelles monades.

Cette ouverture à l’infini qui interdit ainsi de voir dans une monade le simple cas particulier d’un universel préexistant à son devenir mondain, monadique, toujours différant.

Nous nous devons d’inter-dire à la fois, pour le dire de manière trop sociologique, le holisme (un Tout contenant les parties) et l’individualisme (des Parties juxtaposées), abstractions qui s’alimentent l’un l’autre, d’ailleurs.

 

Une an-archie monadologique : architexture


Le Créel, à la fois partout et nulle part, nulle part saisissable comme tel, nulle part distinct, séparable de son expression singularisante à travers les monades… Encore moins réductible à une « qualité », cernable dans cette expression. « Il » est pourtant partout présent, présent comme une absence, comme est présent dans mon corps ce  plus fonctionnel qui fait que ma pensée est chacune de mes cellules, dans se laisser saisir comme composant, comme une partie, fût-elle directrice, de cette cellule.

Cela nous permettrait de sortir de la pseudopposition entre universalisme/individualisme et communautarisme.

La question devient : comment faire advenir du tout différent à partir d’un « tous différents », et comment faire en sorte que ceux-ci ne se contentent pas de coexister dans l’indifférence mais qu’entre ces « tous différents », continue d’exister un « vinculum substantiae » comme dit Leibniz, un lien qui ne soit pas une chaîne : libre cohésion…

Une an-archie bien réglée, en d’autres termes… ou "tenségrité".

Une quête du sens de soi qui serait simultanément une quête de sens commun qui nous sortirait de l’asphyxie qui distingue de manière dogmatique l’égalité (le commun, assimilé à la « gauche ») de la liberté (dite « individuelle », assimilée à la « droite ») : égaliberté. Comme le préconisait Hannah Arendt, il s’agit de se distinguer parmi les égaux. Une distinction qui ne soit pas la fragmentation des Egos.


Pratiquement, il nous faut résolument « briser le réel », cette chaîne morbide qui fait que les monades s’entre-empêchent, pour retrouver en lui et en-decà de lui le Visible, ce visible créaliste qui ouvre à l’invisible cohésion des différents, à leur entre-aide, à leur invisible « sympathie », à leur respiration, leur invisible conspiration.

Echo à distance entre ce qui n’est soi-« même » que « tourbillons de tourbillons », communication au sens fort entre volutes dans un même rubicon, et non rapports bien réglés dans une géométrie euclidienne.

Résonance qui nous incline, et en même temps nous oblige, à créaliser sinon le meilleur des mondes possibles un monde suffisamment créel pour interdire qu’y pénètre une barbarie nivelante de notre Commun.


Nous communiquons par cette « zone sauvage » (Merleau-Ponty) qui précèdes l’articulations en principes, valeurs, pratiques déterminées/déterminantes : de manière indirecte, latérale, transversale, analogique et non identitaire. Nous nous lions, nous sommes liés, par ces tumultes et autres cheminements labyrinthiques, Commun complexe qui refuse d’aligner toutes ces « parties » en ligne droite, comme une autoroute désincarnée. Echappant par là à notre pulsion de maîtrise, mais n’abandonnant pas l’agir-sur et -avec.


Ce « principe de continuité » (ou vinculum substantiae) énoncé par Leibniz s’exprime par toutes ces volutes et circonvolutions, et non comme une ennuyeuse succession de points alignés en droite ligne (segment cartésien comme addition de points).

La continuité ne prend forme que pour laisser cette forme ouverte, entr’ouverte sur de futurs développements, sur de nouvelles et libres reprises de son auto-mouvement.

Deleuze : « le labyrinthe du continu n’est pas une ligne (…) mais une étoffe ou une feuille de papier qui se divise en plis à l’infini »

Leibniz : « un étang de matière dans lequel il y a différents flots et ondes »


Infinie productivité, infinie inventivité, mais aussi cohésion énigmatique des inventions « sauvages », telles des fulgurations se poursuivant dans le tumulte co-errant des multiples quêtes en chantier.

De ces éclairs de clarté se nourrissant de rétentions et d’anticipations (pro-tensions) confuses, de contaminations et de résonances… recherches à l’infini : architexture an-archique, sans archè (= « fondement » en grec)


Munis de tels outils, nous pouvons essayer de penser et de créaliser une communauté des esprits/corps qui non seulement ne nie, ni même ne freine la « spontanéité » singulière de chacun mais qui, bien plus,  ne peut advenir que dans et par cette libre reprise auto-instituante, en même temps qu’elle ré-institue le commun comme multiplicité infinie des singuliers irréductibles.


Ni Grand-Tout, ni Super-Sujet, le Dieu leibnizien (ici mis en parallèle avec le Créel) n’est rien d’autre que cette excédance sur soi de chaque monade qui l’ouvre à chaque autre et au Chaosmos. Considérer que Dieu est mort ou pas ne change pas grand-chose à l’affaire. Le problème que nous pose notre aujourd’hui ne se formule plus en terme de religiosité ou non, mais bien en terme de Croyance en ce monde, en ce plurivers musical avec lequel nous devons composer, à l’infini.


La monade est différance. Ecart à soi l’ouvrant à l’altérité des autres, à l’altérité radicale du « divin » qui est aussi sa propre dimension comme monade : des individualités collectives, communautés singulières vivant et créant leur propre musique de manière autonome, car connectées : merveilleuse harmonie.

Comme chacune des pierres jetées dans une eau dormant fait à la surface de l’eau des cercles qui se coupent et ne se confondent point, ou encore comme les rayons de lumière se pénètrent sans se mêler.

 

L’autonomie singularisante ne constitue pas un obstacle au Commun créaliste mais deviendrait au contraire la condition même de l’ouverture énigmatique d’une monade aux autres et au monde, au chaosmos.


Consensuel ou con-sensuel ?


Il nous faut interroger les manières Inactuelles de poser ce problème, en prise avec notre actualité, pensées qui ne cèdent pas aux sirènes du consensus dont les appels demeurent aveugles et vains parce qu’elles visent encore à obtenir l’ « éducation » (ex-ducere= conduire hors de) de chacun à la hauteur des « exigences » de la « communauté » (au Droit, à la Moralité, voire au PIB etc.), à l’aune d’un « bien commun » toujours contestable. Et ce, sans poser à nouveaux frais- procès absolument dramatique- la question du désir, la philia, l’amour d’être-parmi.


La conséquence en est que la politique (la Polis) se réduit à édifier des points désincarnés et des passerelles extérieures entre les êtres  déjà identifiés avant tout rapport.

C’est bien ce qu’indique, de nos jours, le recours à la notion inepte d’ « intersubjectivité » (ou l’appel à l’unification des Je en un Nous consensuel) : la fin  est toujours celle que fait d’abord sienne chaque volonté individuelle, selon son intérêt (sic), qui ne relève souvent pas de l’inter-est.


Ici, la notion d’ « archipel » de E. Glissant peut être convoquée.  L’archipel servirait précisément à décrire une relation non extérieure aux termes qu’elle relie con-sensuellement.

Tout est rapport et séparation. Au lieu de masquer cela, il nous faut le rendre productif.

Si l’enjeu créaliste ne coïncide pas avec un « parti », celui-ci apprend à chacun à se produire, malgré son moi, comme collectif.

Cette idée d’archipel dénonce l’idée qu’on se fait de la culture et du commun comme consensus ou juxtaposition, et replace le jugement et l’exercice au centre d’une culture de l’enthousiasme et de la construction. Le Commun à construire sera bien plus puissant si nous ne l’appréhendons pas pauvrement comme « consensus » entre atomes séparés.


« Archipel » est un concept polémique (appuyé sur l’idée praxique de retisser du débat et du conflit à l’encontre de la réserve aristocratique et de la neutralisation des différences démocratistes : ces deux écueils qui nous empoissonnent) mouvementé et rythmique, organisateur d’un travail de jugement irréductible à la communication : il nous faut toujours palabrer, nous rencontrer, nous servir des capacités hétérogènes de chacun, des capabilités de chaque singularité en devenir, réorganiser des légitimations, etc.

Le monde est inter-relié, en archipel. Mais le fait même d’être relié au monde ne comporte en soi rien de singularisant : c’est la Façon dont le monde survient en un point de vue qui est singulière.

Le créalisme est mouvement et rythme parce qu’il est relation au sein de la contrariété (Ravaisson), relation de désir entre monades (Tarde), contradiction plus ou moins intense de l’hétérogène (Bergson), relation de puissance entre forces (Nietzsche).


Tenir le pari de l’égaliberté, fabriquer des grands écarts qui rapprochent les existants séparées, appelle la création d’une philosophie enthousiaste des archipels qui réponde à l’obligation de repenser la solidarité et les processus de responsabilisation au cœur du contemporain.

Un contemporain actif, au sens où il y va d’un exercice. Parce qu’on est jamais de soi contemporain (de). Il faut le devenir. Et en le devenant, on apprend à renoncer à l’être seulement.


Le Créel est un être-collectif comme multiplicité de devenirs et de préhensions qui sont, d’une certaine manière, tenues ensemble.

Ainsi, nous ratifierions la possibilité d’un héritage commun et ce, par des décisions permanentes. Chaqu’un (é)mus par ce corps collectif est dès lors animé de vies entières qui tissent des liens infinis avec des existences passées et présentes, tendus vers l’à-venir.


La question n’est dès lors plus de savoir qu’est-ce qui rend un point de vue plus « pertinent » qu’un autre, plus adéquat à la « totalité » qu’un autre, mais comment voyager dans cette totalité, comment passer d’un point de vue à un autre, comment déplacer les frontières et les limitations. Et comment relier les points de vue en archipel, afin de les inscrire dans une dynamique créaliste amplifiante,  mais non totalisante ?


Perspectivisme créaliste


Habiter cette problématique nous éloigne de la litanie, paradoxalement homogénéisante, du  « Cela dépend des points de vue »… Incantation sans cesse ressassée  comme un appel à la différence, mais se révélant de fait mécanisme d’indifférenciation : un tapis uniforme déroulant sa platitude par-dessus les divergences et dissensions.

C’est au contraire, pour reprendre les termes de Whitehead, « en l’absence de perspective, qu’on chute dans la banalité ».

Il nous faut interroger ce qui fait basculer ainsi le point de vue de la triste banalité vers le théâtre même de la variation et de la création.

Le créalisme sera la construction patiente de ce basculement.

La patience ne signifie pas seulement ici la disposition de celui qui sait attendre. Elle implique aussi une Attention, une application singulière qui, elle, ne peut jamais que choisir, discriminer certains aspects des choses au détriment d’autres

Leibniz insistait sur la dimension toujours déterminée, engagée de la patience.

Le changement de point de vue nous apprend cette patience, nous apprend que le monde des perspectives possibles a beau ne pas être « vrai » ou « réel », il n’en est pas moins contraignant. Mais peut-on déterminer plus précisément en quoi consistent ces contraintes qui sous-tendent la formation d’un point de vue et qui détachent, pour ainsi dire, le perspectivisme créaliste du relativisme ?


La perspective fonctionne selon le même régime que la décision : elle nous confronte à un monde en devenir créaliste, sans prétende pour autant qu’il soit « vrai» ou « exact ».

Toutefois la décision n’est pas volontariste, au sens où l’ordre dans lequel la perspective s’inscrit serait entièrement dominé, produit par un Sujet, centre absolu de convergence.

Elle est une création, mais à la recherche de ce qui la détermine, en attente et en patience de ce qui se développe à travers elle. Toute une pratique à inventer.


Au sens aussi où la place du sujet n’est pas ce point extérieur au tableau qu’assignent les lois de l’optique, mais  est toujours engagée dans le tableau.

Les monades créalistes sont plongées dans le monde, affectées par lui, et non placées dans une position de domination extérieure.

La multiplicité des points de vue est toujours ordonnée, ordinée : les différentes séries s’entre-répondent : « Le perspectivisme, comme vérité de la relativité (et non relativité du vrai) » (Deleuze, le pli, p. 30).


Gageons que ce perspectivisme joyeux peut être créalisé collectivement, de manière solidaire…

Et la "solidarité" des monades signifie tout autre chose que le concept contemporain, galvaudé, de "solidarité", lié à l'imaginaire organisé des groupes d'intérêts dans les sociétés modernes, où les caisses de sécurité sociale sont censées lier les citoyens par des pactes, apparemment peu solides, entre générations et entre situations économiques différentes.


Lenthousiasme de travailler en commun à un projet « imaginaire créateur de réel » est la force réellement créatrice de « solidarité » entre les monades.

 

Nicolas Zurstrassen


 

 

 

 

 

 

 

16:42 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : zurstrassen, créalisme, créel | |  Facebook | |  Imprimer