Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/02/2011

Echo, Pan et Narcisse : habiter la cité forêt

 

  

Capture d’écran 2011-02-14 à 09.46.37.png

 

 

Après Héraclite et Hegel, Deleuze a réintroduit le devenir dans la pensée, geste qui en lui-même doit être pensé. Le devenir, c’est pour Deleuze « le réel à l’état pur ». C’est ce que nous nommons le créel (d’autres jadis, en forêt de Brocéliande, le nommaient le Graal) : le flux créatif multiversel qui vibre entre les pôles de nos ordinations, l’immanence qui produit tous les possibles et les impossibles. Sans cesse des phénomènes de pur devenir nous prennent : en nous la vie résiste à la cristallisation et l’existence libre veut divertir les standards de la répétition.

 

À condition de prendre une métaphore géo-graphique, nous pourrions dire que le devenir humain sain tend vers un équilibre entre devenir-forêt et devenir-ville. L’ancestrale peur de la désagrégation et de la faiblesse mortifère auraient poussé homo sapiens a prendre pour modèle la pierre, le dur, le minéral, et à refouler le fluide, le friable, le végétal. Cette dichotomie aurait engendré nos villes et poussé les forêts à la périphérie des affaires humaines. Tôt ou tard, ce monolithisme arrive à son épuisement. L’homme-forêt hante l’homme-ville. Les Grecs avaient un mythe essentiel pour dire l'importance métaphorique de la forêt : la nymphe Écho, la vibration, le son, tombe d'abord amoureuse de Narcisse, mais celui-ci la rejette, happé par sa propre réflexion. C'est ensuite Pan, le Grand Pan dionysiaque, qui jette son dévolu sur Écho. C'est la manière grecque de nous dire que la voie d'équilibre est echo-logique, que la Nature est une panphonie, que l'harmonie, au sens musical et politique du terme, est l'horizon habitable, et que pour y parvenir il s'agit aussi de tuer Narcisse.

 

Dans Zabriskie Point, le film d’Antonioni, la liberté s’érige contre creux qui sont dans le « Reality Trip », dans le cercle infernal de leur crainte d’imaginer. Le réel qui nous entoure tend à devenir ce désert mortifère produit par la minéralisation de la panique, la police des habitudes, la soumission aux codes communs. Aujourd’hui, la plupart est ville, quadrillé d’habitudes, en partie muséifié, rigidifié et parcouru par des flux prévisibles, cristallisés, numérisés. Nous craignons, dans un monde standardisé, la forêt en nous, les ruptures vitales que nous associons à la pulsion de mort. 

 

Devenir forêt, c’est ouvrir nos sens à la sève des sons. Faire reculer le minéral en le dissolvant en atomes assez petits pour devenir nutritifs. La sève, la poussée, les racines, le bois, la mousse, les feuilles, la cohabitation des contraires, les sens, la poésie, les monstres, les déités, sont des échos du devenir forêt.

 

Le créalisme est une échonomie de la réalité. Si le devenir-ville est en partie nécessaire, faisons qu'il ne soit pas vil.

 

Luis de Miranda

 

09:47 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : créalisme, echonomie, echo, pan | |  Facebook | |  Imprimer