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28/06/2011

Sortir du réalisme, devenir créaliste, par Guillaume Blivet

 

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« Le cerveau humain aime une idée étrange autant que le corps apprécie une protéine étrange, et y résiste avec la même énergie. » W.I Beveridge (scientifique)

A l’heure où j’écris cet article, mon logiciel de traitement de texte ne reconnaît pas le mot « créalisme ». Alors j’imagine que tout comme ce logiciel, beaucoup de personnes ne connaissent pas le créalisme alors même que certains sont créalistes ou en train de le devenir.

« Chacun considère les limites de sa propre vision comme étant les limites du monde. » Arthur Schopenhauer (philosophe)

Dans « créalisme », il y a à la fois la notion de « création » et la notion de « réalisme ». En ce sens, le « c-réalisme » dépeint une réalité en création dont nous sommes les acteurs. Or, la réalité est quelque chose d’inhérent à nous-mêmes. Nous sommes seuls à vivre notre réalité. Chacun a sa réalité et chacun vit dans sa propre réalité. Même si nous pouvons faire partager notre réalité aux autres et tenter de leur montrer comment nous la voyons afin qu’ils changent leur point de vue sur celle-ci, il n’en restera pas moins qu’une réalité propre à chacun.

« Je ne pense pas qu’il y ait d’émotion qui égale celle de l’inventeur lorsqu’il voit une création de son esprit devenir réalité. » Nikolas Telsa (inventeur du courant alternatif)

Si nous avons quelque chose à créer dans notre vie, c’est, en tout premier lieu, celle-ci. Nous sommes les seuls créateurs de notre vie et c’est à nous qu’il appartient de la créer. Cette création participera à notre vision de la réalité et donc créera une nouvelle réalité. Être créaliste tend à dépasser une vision conventionnelle et passive de la réalité telle que nos cultures la conçoivent (trop) souvent, afin d’activer un espace de liberté créatrice en nous.

Pourquoi changer notre culture « réaliste » au profit d’une culture « créaliste » ? Nous avons en effet un héritage philosophique prônant une forme de réalisme depuis Platon. Plusieurs courants philosophiques, artistiques, littéraires ou politiques ont tenté de dépasser cette notion de réalisme : réalisme fantastique, réalisme magique, surréalisme, idéalisme, etc. Néanmoins, toutes ces conceptions ne cherchent qu’à saisir et à appréhender la réalité de la matière et de l’esprit (en opposition ou non). A trop vouloir comprendre la réalité à travers des conceptions parfois très précises et pointues, l’expérience créatrice de la réalité en devient occultée. D’où la nécessité du créalisme.

« Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité. » Antoine de Saint-Exupéry (écrivain et aviateur)

Nous allons à la recherche de notre propre rêve et il ne sert à rien d’aller courir des rêves provenant d’ailleurs que nous-mêmes. Les médias et les institutions tendent à nous faire croire que nos désirs doivent se construire de telle ou telle manière, qu’une vie normale doit être vécue de telle ou telle manière, que l’amour se ressent avec tel ou tel type de personne et se vit de telle ou telle manière… Mais ces concepts sont des rêves provenant d’autres sources que nous-mêmes. Nous avons la possibilité de les copier avec le risque de nous éloigner de nos propres désirs. Mais nous avons aussi la possibilité de vivre nos désirs en écoutant profondément ce qui vibre en nous. Ainsi nous créons une réalité plus proche de notre désir profond et donc plus propice à nous satisfaire et à nous épanouir.

Lorsque nous allons voir un film au cinéma, tout se passe comme-ci nous faisions l’expérience d’un rêve autre que ceux émanant de nous-mêmes. Ce rêve peut nous aider à mieux comprendre notre réalité, mais il peut aussi nous écarter de notre propre réalité jusqu’à nous faire oublier ce que nous sommes. Lorsque nous rêvons, tout se passe comme si nous faisions l’expérience de cette réalité vibrante en nous ; nous faisons notre propre cinéma. C’est ce cinéma là que nous n’écoutons pas suffisamment en général. Combien de films, de livres, d’histoires vous rappelez-vous ? De quels rêves vous rappelez-vous ? Êtes-vous en train de vivre vos propres rêves ou bien tentez-vous de vivre les rêves d’autrui ? Vivre ces propres rêves en s’attachant à créer cette nouvelle réalité est une attitude vraiment créaliste.

« Il faut faire de la vie un rêve et faire d'un rêve une réalité. » Pierre Curie (physicien)

Comment la réalité se crée à partir de nos rêves ? Nos rêves sont l’essence de la réalité. Lorsque notre conscience de la réalité se modifie à des moments particuliers tels que les rêves, nous la voyons tout à fait autrement. En effet, nous n’avons plus aucuns stimuli pour la rattacher à quoi que ce soit. Notre cerveau n’a plus besoin d’interpréter ce que nos yeux voient, ce que nos oreilles entendent, ce que nos mains touchent, etc. Il a juste à être l’écoute des profondeurs de notre être et il peut alors déclencher un voyage nous éclairant justement sur nous-mêmes.

« Chaque période est dominée par une mode, sans que la plupart des gens soient capables de découvrir les tyrans qui l'imposent. » Albert Einstein (physicien)

De ce fait, notre environnement nous parle de la réalité à travers différentes voix : la société, les cultures, les médias, les institutions, les entreprises, les courants de pensées, etc. De ce fait, la réalité dont nous entendons parler n’est pas la réalité, mais des visions du monde et de la réalité imposées par certains acteurs de la société. Ces voix nous font rêver la réalité. Certaines de ses voix convergent et certaines s’imposent plus que d’autres. La société de consommation est un rêve devenu réel pour certains.

« Les hommes jugent les choses suivant la disposition de leur cerveau ». Jean-Pierre Changeux (neurobiologiste)

Une illustration claire du paradigme réaliste et consumériste est la célèbre (et juste) affirmation du PDG de TF1, Patrick Le Lay : « […] soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit [...]. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible […]. » De ce point de vue, les réalistes se revendent entre eux du temps de cerveau humain disponible. Cela est logique, puisque la structure de notre cerveau le rend perméable aux messages publicitaires. Cette tendance réaliste rend notre cerveau indisponible à lui-même pour l’amener dans une réalité de consommation irrationnelle.

Le consumérisme qui fait partie de notre postmodernité (sic) témoigne également d’un comportement réaliste. Pourquoi ? Parce que notre société de consommation fonctionne sur le principe de plaisir et de récompense. Nous consommons et notre cerveau nous charge en dopamine pour nous récompenser ; nous éprouvons du plaisir et notre désir se tourne vers l’objet de consommation, le totem. Voilà la faille qu’exploitent les réalistes. La méthode employée est le marketing et son fonctionnement est aujourd’hui confirmé par les neurosciences. Les travaux scientifiques nous apprennent que notre cerveau détermine nos comportements et nos pensées d'une façon inconsciente en grande partie. C’est pourquoi le marketing moderne, encore appelé neuromarketing, exploite nos circuits cérébraux liés au plaisir, à la récompense et à la prise de décision afin de les détourner d’eux-mêmes et de les tourner vers des objets de consommation. Les objets de consommation assureraient-ils leur survie via les désirs inconscients humains ?

« Le libre arbitre, c’est de faire volontiers ce que je dois faire. » Carl G. Jung (psychiatre)

Le consommateur, le réaliste, croit devoir sa survie et son bonheur dans l’expérience du plaisir à court terme mobilisé par l’acquisition et le gaspillage. Son amour du totem le détourne de son amour pour lui-même et de son amour pour les autres. Si ce mécanisme fonctionne c’est parce qu’il leurre nos comportements inscrits dans nos gènes suite à des millions d’années de survie en milieu hostile. Pour reprendre possession de nous-mêmes, place à l’Homo crealis ! Le créaliste recherche la jouissance durable, les plaisirs et les désirs sur le long terme, le partage et la poursuite de valeurs immatérielles génératrices de satisfaction spirituelle, indépendante des objets de consommation. Son amour pour lui-même l’amène à l’amour pour les autres. De cette façon, la réalité se crée à partir de l’acteur et non plus à partir de l’objet. Pour devenir créaliste, le réaliste se doit de reprendre ses droits et reconnaître ses désirs.

« Bientôt nous devrons regarder à l’intérieur de nous-mêmes et décider ce que nous désirons devenir. » Edward O. Wilson (biologiste)

Bientôt nous rêverons, bientôt nous penserons, bientôt nous réaliserons, bientôt nous créerons.

Bienvenue en Créalie, ce pays qui est en vous.

Si un Centre de Recherche pour une Existence Libre (CREEL) a vu le jour, c’est qu’il répond certainement à un besoin que chaque citoyen peut ressentir au plus profond de son être.

Le créalisme est avant tout une manière d’exister, un état d’être. Ses champs d’applications sont donc multiples.

Ensemble, nous construisons un rêve collectif et ce rêve sera d’autant plus beau si chacun s’attache à vivre le sien.

 

Guillaume Blivet

17:27 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : guillaume blivet, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer