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15/04/2010

Créattentat créaliste au Louvre

 

Littéraire

Ordiné

Ubiquitaire

Voluptueux

Risqué

Eloquent

 

 

Lui : Le cartel des cartels nous encadre la vie à sa manière. L’étiquette nous enquiquine. Elle statufie nos élans d’un burin mécanique.

 

Elle : L’adoration, le pathétique, les festin dostoïevskiens, de pauvres et de riches, passent du côté pathogène, pervertis car rapetissés puis agrandis dans leur seule composante anodine… Et si je voulais devenir art ? Samedi dernier, je posais devant de tentaculaires sculptures classiques, vertesmoulues par les eaux environnantes. Le photographe m’a alors demandé d’être grave. Ce qui se passa, gardant intacte mais bouillonnant les gestes jadis échaudés. Sous des dehors faussement solennels, la gravité nous initie aujourd’hui au projet d’une turbulence pour demain.

 

Lui : Le photographe te proposa de déterminer ta propre rigidité en écho espiègle à la statue. Un ferme créaxe est au plus près du flux vital.

 

Elle : Mardi, il visita le Grand Musée. Entrés en automates, harassés d’avance par les stigmates de la culture de masse, nous voyons l’inertie des chefs d’œuvre, leur surabondante entropie, le gel de ces corps qui appellent pourtant à la douleur et à la danse, figés dans leur belle et séduisante ironie. Les sculpteurs happèrent et vécurent de concert avec leurs créatures leur dramaturgie essentielle. Leur génie fut de la leur ravir, pour la restituer au bord du néant. Ce bord ne doit pas être confondu avec ce qui le rend possible et peut-être le sublime, par une ruse burlesque, je parle du vide et de l’ennui. Et pourtant, les visages les plus disgracieux, tourmentés, les Voltaires drolatiques, les laiderons d’antan, les cuisses de nos impétueux dieux païens, recouvertes par un doux glaçage marbré, ainsi pétrifiés, acquièrent leur beauté dans cette ascension vers l’éternité. Mais les ratiocinations murmurées par les visiteurs inquiètent la vaillance des dieux antiques, suspendant à nos nez le risque pris par Actéon… (Leurs noms étiquetés sous du plexiglas témoignent de l’inadéquation, désuète et charmante au demeurant, de notre temps à la beauté classique.) Tels les premiers hommes, nous, corps et esprits mêlés, renommons les œuvres. De même que de chair, diversement distribuée entre le modèle, le marbre et le sculpteur, furent crées ces œuvres, de même l’éthéré de la geste créaliste au Louvre reprend leur aura, sans nous séparer du corps ! Je pense que, par effets de miroirs décuplés, nous allons inspirer cette antique et sublime statuaire défunte. La mortification de millions de visiteurs vivants, réduits à l’ « irrésurrection », peut devenir une bonne blague.

Si le réel établi est insoutenable aux plus lucides d’entre nous, c’est parce qu’il est pétrifié par le regard ou mort ou mortel sous lequel le fixe une pensée qui n’a jamais su se dévergonder pour lui.

 

Lui : L’art contemporain migre progressivement de l’oeuvre vers le cartel. Tout est dans le titre et la formule. Nous poussons ce mouvement à sa limite en produisant l’étiquette et sa pose pirate comme oeuvre collective. Dévergonder le spectateur, c’est-à-dire lui enlever sa honte pour le rendre à nouveau à l’innocence d’agir.

 

 

Texte composé par Diane Mesguish et Luis de Miranda. Les phrases en italiques sont tirées des deux livres de Marcel Moreau intitulés : « les Arts viscéraux » et « le Bord de mort »

 

 

CRÉATTENTAT CRÉALISTE DANS UN GRAND MUSÉE PARISIEN

 

Nous allons discrètement changer les cartels d'une dizaine d'oeuvres dans un musée très touristique. L'opération durera quelques secondes car ces étiquettes et le verre qui les protège sont amovibles et la salle choisie relativement discrète. L'objectif est artistique et philosophique. Provoquer chez le visiteur un sursaut de la perception dans un lieu où l'excès d'objets artistiques étouffe l'acte esthétique.

 

Voici les 10 formules que nous allons placer (cocréées en créunion au saloon créaliste) sur les nouvelles étiquettes (une formule par étiquette, plusieurs étiquettes possibles par formule si nous sommes plus de dix) :

 

PERSON WATCHING A STATUE. APRIL 2010.

 

THIS STATUE THINKS YOU ARE A VOYEUR.

 

SOLDES. BUY THIS STATUE. -50%.

 

THE JOCONDE IS BEHIND YOU.

 

IF YOU WANT TO UNDERSTAND THIS LABEL, READ THE STATUE.

 

TONIGHT THIS MUSEUM WILL VISIT YOU.

 

CREATE YOUR OWN STATUE.

 

STOP SEEING THE WORLD THROUGH LABELS.

 

CARESS THIS STATUE.

 

YOU ARE BLIND.

 

 

Chaque cartel sera signé Les Créalistes.

 

 

09:07 Publié dans philosophie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : louvre, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer