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27/03/2010

En attendant un auteur collectif

(Paul Gauguin)

A Luis de Miranda, dont je tresse les mots.

Les mots n'ont rien de subjectif . En tant que signes, ils sont dans l'espace de la feuille ou de l'écran comme des objets dans l'espace des choses . Il peuvent être composés, recomposés, dans l'indéfini commentaire entrelacé des mondes . Le sens d'un passage se lie aux alentours, et ainsi le sens est tressé comme le texte . Les variantes d'écriture ne signent pas une différence d'origine, mais un ton, selon une notion proche de la musique .

Les morceaux peuvent être ou non réécrits . L'auteur est une fiction issue de l'espace des mots . Il n'est d'autre auteur que l'Auteur . Qui est l'auteur, l'inventeur de la langue, de l'écriture, des mots, de la grammaire qui les lie, le dernier à les poser? L'auteur est une puissance ordonnée, collective, comme la création d'un nouveau monde .

Ces questions importent les questions juridiques de l'appropriation du monde dans l'espace de la page . L'ordre juridique du monde est impuissant contre le Verbe, puisque le Verbe est une condition de l'expression de l'ordre juridique, donc de sa puissance . Le Verbe règne sur l'ordre juridique, et l'inversion moderne de la domination est une usurpation . Le sens sera considéré comme le complice de ce qu’il dénonce, pour avoir entrevu sans agir les absurdes mécaniques . La mutinerie est un droit, comme la résistance à l'oppression . La piraterie spirituelle est redevenue possible, et nous sommes ici comme Descartes était en Hollande, à l'abri des inquisitions . Le Verbe n'est pas à notre service, nous sommes, en tant que poète-et la beauté est dans l'œil de celui qui regarde-service du Verbe, pain et vin des mondes .

"Déjà se profilent à l’oraison des champs striés par nos sauts et nos incartades. Apprêtons-nous à ce qu’un monde autre explose d’un coup hors du tableau des visites réglementaires. Les atones seront enterrés vivants. Les villes seront chassées en dehors des géographies.. Nous partons en des terres étrangères, toutes frontières franchies. Et rien ne nous importe que de mourir à ce monde pour incarner le nouveau, par fulgurances ancrées, comme on harponne un monstre. N’allez plus à l’école de la réalité. Créalisons ou mourons. "

L'ordre du Verbe est invoqué pour dévoiler à nouveau sa puissance, sa lumière, son incarnation ici et maintenant . Le Verbe est beauté, et position d'un ordre . L'ordre est justice et beauté selon la puissance qui le fonde, l'immense désir, la nostalgie des mondes . Ou mourons !

Sur la page, le poète, nu dans le monde des choses, est roi, et pratique l'art royal . Mais sa royauté n'est pas liée à sa personne, mais à l'intensité de son effacement, selon les paroles de Jakob Böhme :

"Si tu peux une heure durant faire silence de tout ton vouloir et de toute ta pensée, alors tu entendras les paroles inexprimables de Dieu"

Car qu'est ce qu'un poème, sinon une figure de la guerre, la guerre dans le Ciel ? Cette guerre est celle du combat de Jakob-notre père- avec l'Ange . Guerre des ténèbres, dans la poussière, guerre des douleurs- guerre d'une exigence issue des fondations de l'humanité, de la cruauté intime de l'homme-"la voix du sang de ton frère crie du sol vers moi" : "je ne te laisserai pas que tu ne m'aies béni"...guerre de ce fils de démon boiteux qu'est l'homme,

"Les Anges virent que les filles des hommes étaient belles et ils prirent pour femmes celles de leur choix"

Guerre des grincements de dents pour exprimer l'inexprimable . "Nous nous conformons à de vieilles époques, et rien encore n’aurait été inventé de l’autre côté de la limite du réel ?"

Et invocation, magie des mondes soulevés par le Verbe comme la tempête invaincue, tempête dans mon coeur comme tempête sur les rues, la nuit .

Oh que d'aurores sublimes j'ai rêvées ! Et nous les ferons advenir dans le monde. Ou mourons.

Vive la mort!

 

Vincent Chapin

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25/03/2010

BOUDDHA & NAPOLÉON : interview

BOUDDHA & NAPOLÉON : INTERVIEW from CRÉEL / MAX MILO PROD. on Vimeo.

 

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24/03/2010

DESCARTES & RASPOUTINE : interview croisée historique

DESCARTES & RASPOUTINE : INTERVIEW from CRÉEL / MAX MILO PROD. on Vimeo.

 

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08/03/2010

Comprendre le créalisme en 10 minutes

Itw de Luis de Miranda sur France Culture

 

Adèle Van Reeth :

Nous restons dans le domaine de ce que l’on nomme l’irrationnel, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas du domaine de l’ordre des nombres, du calcul, mais qui conduit vers le désordre autant que vers le désir, la folie des grandeurs et surtout le besoin de créer à partir du réel. Cet univers c’est le créalisme. C'est-à-dire que l’homme aspire autant à l’ordre qu’au désordre, au contrôle qu’à la démesure, et qui, à partir de ce constat, encourage à adopter une démarche de création vis-à-vis du réel. Ce drôle de concept qu’est le créalisme a été inventé par Luis de Miranda ( philosophe et romancier dont le dernier livre « l’art de rester libres au temps des automates » est sorti aux éditions Max Milo). Bonjour Luis de Miranda.


Luis de Miranda :

Bonjour…


AVR : Alors, le titre de votre essai « l’art de rester libres au temps des automates » résume à lui seul la démarche qui est la vôtre et qui peut se résumer en une question : comment être ou devenir libre dans une société qui semble de plus en plus guidée et régit par les ordinateurs, les robots, toutes ces instances qui calculent et qui ordonnent ?


LDM : C’est ça. Ça part d’une tentative de redéfinir la liberté à une époque où paradoxalement on à l’impression de n’avoir jamais été aussi libres à travers tous les choix, puisqu’on peut même dire que le post-modernisme c’est la découverte par les masses de la faculté de choisir. Et à coté, on ne peut nier que se développe depuis une cinquantaine d’années, ce que j’ai appelé le numérisme, c'est-à-dire une hyper-ordination de notre espace social avec le développement des computeurs. Je préfère les appeler comme ça pour la bonne raison que le mot « ordinateur » a été introduit par IBM-France en 1955 à partir d’un mot qui appartient à l’église catholique et qui signifiait le pouvoir de l’évêque d’ordonner son territoire, de nommer ses prêtres et donc finalement, c’est ce que je dis dans le livre : les ordinateurs, c’est nous. Jamais une machine n’a construit un ordre.


AVR : Voilà. Vous dites que la vraie réponse à la question « qui suis-je ? » c’est : je suis, vous êtes,nous sommes, des ordinateurs créalistes.


LDM : C’est ça, donc une dialectique finalement. C'est-à-dire une dialectique entre notre capacité de créer des ordres qui nous définit presque en tant qu’être humain, (créer des-ordres) et une aspiration nécessaire à la vie, à l’écart, à ce que Deleuze appelait la rupture. C’est donc cet équilibre entre l’ordination et l’appel d’air de la vie qui nous constitue.


AVR : Et donc, c’est le but de ce courant que vous avez créé qui s’appelle le créalisme que d’insister sur cette partie plus libre de notre être, en opposition à la partie de ce que vous appelez le Numeros et qui consiste elle en la quête d’ordre. Est-ce que c’est comme çà qu’il faut le comprendre ?


LDM : En fait, c’est un double rappel. C’est effectivement de se rappeler de notre part d’Eros, c'est-à-dire une vigilance vis-à-vis des codes, des codages, mais c’est aussi se rappeler que le codage nous appartient et que nous créons sans cesse le réel à partir de cette inspiration vitale et de la nécessité de créer des structures, puisque l’homme ne peut vivre sans structures. Et là on rejoint le thème du basculement dans la folie.


AVR : Est-ce que ça veut dire que la relation de l’homme à l’ordinateur et à cette volonté de contrôle et d’ordre est dangereuse en elle-même ou cela veut-il dire qu’il est important de considérer cette dimension de l’homme mais ne pas le faire à l’exclusion de cette dimension de liberté. Ce que vous essayez de faire, c’est de maintenir un équilibre entre les deux finalement?


LDM : C’est ça. La liberté, je ne la définis pas comme une fuite mais comme justement cette capacité de créer des ordres tout en respectant la nécessité du lien à la vie. Cette espèce, justement, de nécessité du désordre et donc d’être dans cet équilibre, dans cette ligne de fêlure, entre ces deux tendances.


AVR : Alors, concrètement qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que c’est que ce créalisme et cet appel à la création dans la vie ? Est-ce que vous parlez de création artistique ou est-ce que c’est une posture, une attitude face à la vie qui consiste à considérer la vie comme étant un champ de création qu’il s’agirait de ressaisir et de réinventer ?


LDM : Le créalisme est à la fois un état d’esprit et un moment historique. Un état d’esprit qui se produit chaque fois qu’en nous le déclic de comprendre que ce n’est pas parce que quelque chose a été ainsi hier que cela sera ainsi demain. Et un moment historique en tant que paradigme qui vient après le post-modernisme, donc après la fin des grands récits, après ce moment où l’on a eu l’impression d’un nivellement horizontal de toutes les valeurs. Et donc le créalisme repose sur cette lucidité actuelle qui consiste à voir que le monde est notre création et que la terre doit être notre œuvre d’art.Cela n’est pas une révélation. Cela fait longtemps que cette intuition court dans l’histoire. Les grecs appelaient la relation de l’homme avec son environnement, une relation créative du réel : « le poème du monde ». En tout cas, c’est une prise de conscience qui aujourd’hui est collective et c’est le retour de ce beau mot français qu’est la « capacitation ».


AVR : C'est-à-dire ?


LDM : C'est-à-dire ce que les Anglais appellent l’ « Empowerment », cette capacité de l’humain à créer le réel à partir de sa décision et d’une position qui est d’abord imaginative et d’abord spirituelle.


(Retranscrit par le site NDH à partir de l'émission de france culture du 11/01/2010, "Les nouveaux chemins de la connaisance")

09:17 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crélisme, france culture, luis de miranda | |  Facebook | |  Imprimer