18.01.2012
Luis de Miranda parle de la mutation créaliste
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15.01.2012
Séminaire créaliste 2012
l'être et le neon" seminaire de Luis de Miranda part2 from Souvenirs from Earth on Vimeo.
chaque mercredi au Café des Fous à St Germain, 20h: Entrée libre!
L'Etre et le Néon, Luis de Miranda from Souvenirs from Earth on Vimeo.
L'Etre et le Néon, Séminaire Créaliste de Luis de Miranda.
Tous les mercredis, 20h au Café des Fous, 6, rue de Montfaucon, Paris 6eme.
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08.01.2012
Pour un moratoire sur les prix littéraires - LE MONDE
Tribune publiée par LE MONDE (version papier du quotidien + site) le 23 novembre 2011.
__________
À l'approche de Noël, dans des librairies gangrénées malgré elles par l'esprit de lucre, on nous sert la haine sous forme de livres tièdes. En tant qu'auteur d'une douzaine d'ouvrages et directeur éditorial d'une maison d'édition indépendante, je dois vous parler de l'agonie du livre et notamment du roman contemporain, ainsi que de ses assassins présumés : une poignée d'éditeurs parisiens conservateurs, avec la complicité des jurés moribonds des prix littéraires dominants et des critiques littéraires les plus installés, souvent écrivains eux-mêmes. Tout ce beau monde se tient par la barbichette des intérêts croisés. Une histoire de meurtre de la poésie véritable aux multiples coups de poignards, qui pourrait s'intituler Mort sur le Nihil.

Les prix littéraires tuent. Ils sont le résultat de transactions économiques occultes, orchestrées par un oligopole d'éditeurs dont les règles ne tiendraient pas deux secondes devant un tribunal européen. Concurrence déloyale vis-à-vis des petits éditeurs écartés d'office de la compétition, dumping artificiel du marché, ententes illicites entre quelques "grandes" maisons, conflits d'intérêts des jurés... Tout cela a été décrit et démasqué maintes fois. Et pourtant la "fête" continue. Et les français semblent dupes, puisqu'ils achètent. Mais leur donne-t-on le choix ?
Les prix littéraires tuent car, chaque année, ces manigances élèvent artificiellement au rang de best-seller une littérature parfois frelatée, sans dimension épique, sans réelle ambition stylistique, créative ou sociétale. Je ne compte plus les lecteurs qui m'avouent, entre la honte et la colère, avoir été déçus par l'achat d'un livre portant la mention Prix Goncourt, Renaudot ou autre. Puisque le budget littéraire moyen du Français ne dépasse guère un ou deux livres contemporains par an, nous comprenons en partie pourquoi les éditeurs indépendants vivent aujourd'hui une crise sans précédent : les prix littéraires sont en partie responsables du pourrissement du marché, en décevant trop souvent la candeur du lecteur. Que répondent les grandes maisons ? Qu'il y a de toute façon trop de petits éditeurs qui produisent trop de livres.
Comment sont choisis les livres qui intègrent les listes des prix ? Celles-ci sont elles-mêmes faussées. Sur le millier de romans qui paraissent chaque année, les jurés n'en lisent que quelques uns, une dizaine à tout prendre. C'est comme si les correcteurs d'un concours national se contentaient de lire 1% des copies pour y choisir l'élite de demain. Pire, imaginez qu'au lycée on laisse de côté 99% des élèves, sans même considérer leur travail. On ne donnerait des notes et l'opportunité de poursuivre des études qu'à ceux qui fréquenteraient les bonnes écoles et seraient issus des bons réseaux.

Les autres auteurs ? Qu'ils meurent et cessent de se prendre pour des poètes ! Qu'ils se contentent de vendre 300 exemplaires de leur roman, la réelle moyenne nationale, soit comme par hasard 1% des ventes moyennes d'un prix Goncourt. Exagéré ? Non : chaque année des auteurs confirmés se voient refuser la publication de leur nouveaux manuscrits au prétexte qu'ils ne sont pas bankables. La notion d'oeuvre, c'est-à-dire de l'auteur étrange, difficile, exigeant, élitaire, qui a besoin du soutien d'un éditeur sur la durée, est à peu près caduque. La plupart des gros éditeurs ne laissent plus aux auteurs qu'une seule chance : si leur livre ne se vend pas et s'il n'a pas l'heur de toucher une presse littéraire souvent snob ou sectaire, la comptabilité analytique passera l'ambition de l'écrivain au broyeur du refus automatique. On ne compte plus les auteurs SDF de l'édition, ballotés, pour les plus chanceux, d'enseigne en enseigne.
Chaque année aussi, au moment des résultats des prix littéraires, des voix s'élèvent pour dénoncer l'engeance parisienne des grandes maisons. En vain – mais aujourd'hui l'heure est plus que jamais grave, elle est funèbre : dans une édition en panique, lors même que les librairies semblent plus ou moins désertées, la rumeur dit que beaucoup d'éditeurs indépendants ne passeront pas l'hiver, tandis que le cartel des grandes maisons doublera grâce aux sapins son chiffre d'affaires annuel, en comptant notamment sur le trafic des prix littéraires. Ces maisons ne seraient pas longtemps florissantes sans cette concurrence illégale. Un exemple ? Il y a plus de 1000 maisons d'édition publiant des romans en France. Or depuis 2000, en onze ans, Gallimard et ses filiales a obtenu le prix Goncourt 7 fois – soit un taux de réussite de 64% et une somme estimée à 30 millions d'euros de chiffre d'affaires pour ces seuls 7 ouvrages, une part de marché dont aucun monopoliste du CAC 40 n'oserait rêver. Quand bien même les Goncourt de Gallimard seraient tous des chefs-d'oeuvre, il y aurait là quelque chose de pourri au royaume du papier.
On me trouvera naïf. Il est temps que les éditeurs et les jurés se souviennent de la raison pour laquelle ils ont aimé lire, lorsqu'ils étaient "naïfs" : souvent, ce fut en découvrant des Rimbaud, des Nietzsche et autres auteurs à peine lus de leur vivant, parfois publiés pour la première fois à compte d'auteur, souvent morts dans des conditions misérables. Romantisme ? Alors soyons réalistes : tuons les marginaux, étouffons les authentiques, castrons les petits, la plupart de ces auteurs assez fous pour écrire encore "avec leurs tripes". Je songe par exemple à Fernando Pessoa, reconnu, maintenant que son cadavre est plus que froid, comme "l'un des plus grands poètes du XXe siècle", mais dont on méprisait les manuscrits lorsqu'il était vivant, ce qui l'obligeait à écrire ses poèmes derrière ses factures de comptable :
Un jour, dans un restaurant hors de l'espace et du temps,
On me servit l'amour sous la forme de tripes froides...
Messieurs, Mesdames les grands éditeurs, Chers membres-des-jurys-des-prix-ayant-pignon-sur-rue, vos seigneuries les "critiques" littéraires, je vous propose, le temps de relancer l'économie du livre, un moratoire sur les prix littéraires. Ou alors que les romans bénéficiant d'un prix soient tirés au sort. Le hasard ferait mieux les choses. Nous aurions alors un système un peu plus respectable, le seul apparemment qui puisse être fiable dans ce milieu, faute de compter sur l'honnêteté intellectuelle de l'édition parisienne dominante, souvent incestueuse, poussiéreuse, mesquine, pathétique, même si des êtres de qualité s'y battent – y compris dans les petits bureaux des grandes maisons – pour de plus grandes idées. Et nous profiterions du temps ainsi dégagé par la pause des tractations oligopolistiques pour relire le Château de Kafka, une belle métaphore de l'auteur perdu face au Leviathan éditorial.
Pendant ce temps, tandis que les grands groupes multinationaux rachètent les librairies à tour de bras et interdisent aux libraires de lire sur leur lieu de travail, de manière à ce qu'ils ne puissent plus conseiller que des best-sellers, trop d'éditeurs de tout poil, mimétiques, favorisent une littérature du minimum vital : sujet-verbe-complément. Mais le sujet est assujetti au marché des consommables – vite lu, vite oublié. Mais le Verbe n'est plus ni au commencement, ni à la fin – adieu l'incantation, so long la poésie. Mais le livre dominant n'est plus que rarement le complément des âmes.
Des exceptions ? Oui, il y en a. Mais les fleurs sauvages de la littérature contemporaine, cherchez-les plutôt, si vous êtes tenaces, sur... Internet, car elles ne poussent en rayon que quelques jours, avant de partir au pilon. C'est qu'il faut faire, sur les tables, la place aux prix.
Luis de Miranda
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07.12.2011
L'origine des suicides économiques
par Luis de Miranda (27 août 2011)

Au centre du capitalisme contemporain, mode de régulation dominant de nos sociétés, il y a la capitalisation, c’est-à-dire un système de placement financier – que Marx nommait « fictif » – dont les revenus doivent eux-mêmes engendrer à plus ou moins long terme, sans production effective, d’autres revenus. Selon les économistes Jonathan Nitzan et Shimshon Bichler, il ne faut pourtant pas considérer la capitalisation comme un simple principe économique, mais comme un « mode de pouvoir »[1]. Les gains financiers n’ont pas une origine matérielle, qu’elle soit comptée en marchandises ou en temps de travail : « Ils sont la représentation symbolique d’une lutte – un conflit entre groupes dominants, agissant de manière à formater et à restructurer le cours de la reproduction sociale. Dans cette lutte, ce qui est accumulé n’est pas la productivité, mais la capacité à subjuguer la créativité pour la subordonner au pouvoir. » Ces auteurs nomment les groupes qui dominent l’organisation globale de l’espace social des « créordres ».
Le créordre capitaliste, comme tout ordre, est agit par une direction et une épuration. On sait depuis Marx que la direction du capital est la plus-value. Il me semble que son mode épurateur porte aujourd’hui un nom : la comptabilité analytique. Pour comprendre ce qu’elle représente, prenons un exemple dramatique. En France, l’Office national des forêts employait, en 1986, 15 000 personnes[2]. À l’heure où ces lignes s’écrivent, cette administration ne compte plus 9 500 salariés. Entre le 20 juin et le 20 juillet 2011, sur une période d’un mois, quatre gardes forestiers se sont suicidés. Depuis la mise en place de la Révision générale des politiques publiques en 2007, on dénombre une vingtaine de suicides. Ce climat social délétère, que l’on retrouve aussi dans le secteur privé, est l’effet de l’introduction, depuis une vingtaine d’années, de la comptabilité analytique dans la gestion des entreprises. C’est un instrument de mesure qui subdivise une organisation en parties pour en étudier la productivité en termes de coûts de revient. L’unité d’analyse sur laquelle les organisations occidentales estiment avoir le plus de marge de manœuvre pour réduire leurs coûts est l’heure de main d’œuvre. On demande aux employés, moins nombreux, de travailler davantage, sur le modèle de l’heure-machine. La grille d’analyse rudimentaire appliquée par les experts comptables élimine toute finesse et nuance : certaines tâches sont jugées non rentables ou trop lentes lorsqu’elles sont considérées séparément. Mais si l’on avait un regard d’ensemble, informé de la culture et des modes d’agir de telle ou telle organisation, l’on verrait que l’amour d’un métier est moins le résultat des processus mécaniques que d’un attachement à ce que le sujet y juge beau et gratifiant. Certainement, on devient garde forestier parce qu’on aime contempler la forêt, en ressentir la musique. Si l’on doit travailler à des cadences abrutissantes, et si dans la gestion même des arbres règne la bêtise, si l’utilité des moments de convivialité est niée, si l’esprit de compétition est introduit entre différents services de la même organisation, l’humain finit par être dégoûté. La comptabilité analytique a aussi fait des ravages dans l’édition française depuis les années 1990, éliminant les auteurs qui ne se vendent pas au profit d’une littérature formatée. Là encore, on oublie qu’un humain travaille mieux s’il est tout simplement fier de certaines de ses productions.
Si les experts comptables et ceux qui les instrumentent étaient plus compétents, ils verraient qu’il y a une fonction économique de l’acte qualitatif, qu’il soit de s’arrêter pour contempler les arbres ou de publier un auteur difficile et exigeant. C’est ainsi que le Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel a appelé en 2009 a un boycott de la comptabilité analytique : « Puisque ce ne sont pas les femmes et les hommes de l’Office national des forêts qui font la valeur ajoutée mais l’économique, puisque les directions ne savent même pas ce que nous faisons, puisque les cases se réduisent comme peau de chagrin pour se concentrer uniquement sur du productif et du marchand au point de nous culpabiliser, puisqu’à nos problèmes on ne répond que par la menace, puisque cette comptabilité ne leur sert qu’à justifier leurs propres postes et à supprimer les nôtres, puisque quels que soient les résultats, bon ou mauvais, on nous supprime des postes, nous invitons l’ensemble du personnel à poursuivre le boycott de la comptabilité analytique. »[3]
Pour renverser la terminologie sartrienne, ce que tend à néantiser l’en-soi capitaliste, c’est le pour-soi de chaque employé.
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CREALIST CREATTACK AT THE LOUVRE - Créattentat créaliste
Créattentat au Louvre, le 19 avril 2010.
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04.12.2011
MANIFESTE DU CRÉALISME
Huit points pour un Infini debout, par Luis de Miranda, 14 décembre 2007.

1. Au coeur du réel agit une création continue, matérielle et spirituelle. "Le monde est/doit être ma création" est l'éthique différentielle des sujets singuliers. Vérité dont l'événement inter-relationnel ne cesse de surgir çà et là au fil de l'Histoire. Vérité souvent oubliée face aux humiliations décourageantes du "monde comme il va" et des "humains comme ils sont". Le créalisme n'est pas un anthropocentrisme qui séparerait artificiellement une nature-objet d'un humain-maître et possesseur. Il y a des complicités et des affinités actives entre le chaosmos et celui qui se rend digne de l'écouter et de l'oeuvrer.
2. Le capitalisme altère le monde et pousse les humains à vouloir altérer leur corps et leur âme selon des standards anxiogènes. Ce qu'il s'agit de viser (tant d'autres l'ont mieux clamé avant moi), c'est à une altérité différentielle en acte, une éthique amoureuse, politique, érotique, esthétique, cosmique, professionnelle faite d'ascèse aventureuse et de tentative héroïque de ne pas monnayer ses extases. La stance contre le nihilisme hypnagogique passe par cette exigence apparemment mégalomaniaque de déconditionnement en devenir, une politique po(i)étique qui tente de redonner à l'imagination désirante, à l'idéation volontaire et généreuse, à l'effort d'invention et de soutien de structures nouvelles leurs lettres de noblesse en matière d'existence.
3. Bien entendu, à l'échelle in-dividuelle, les résultats ne sont pas souvent spectaculaires. Le créalisme est une autodiscipline parfois ascétique dans un monde où les complicités durables sont rares (l'envie compétitive a colonisé toutes les sphères, y compris là où la tradition l'attend le moins), les obstacles froids fréquents (idiotie et indifférence) et les puits de mélancolie omniprésents. Mais le créalisme est aussi une extase sensible et mentale, une source et une manifestation de joie.
4. Le créalisme pose le primat de la créativité au coeur de l'être, et loin d'être agencé aux seules disciplines artistiques, il concerne la dynamique d'extension des territoires vivants, une praxis éprouvable et collective de la singularité. Sous cette acception, le Créel est un bourgeonnement imprévisible, un tissu vif d'interrelations à vocation non-déterministe, tandis que le Réel est son compost, son encadrement automatisé.
5. Pour ceux qui croient en "Dieu", le créalisme revient à supposer qu'Il n'est pas figé une fois pour toutes. Son identité change sans cesse à mesure de sa co-création par ses créatures. L'univers est une partition musicale en constante (re)composition, au fil de laquelle les improvisations sont toujours possibles. Nous sommes tous plus ou moins divins selon les moments de notre vie, tantôt dormeurs avides, tantôt acteurs et senseurs du Créel. L'accès au dialogue lucide avec les forces aimant(é)es du monde est plus aisé lorsque le sujet tient une certaine ascèse antimimétique et maîtrise ses pulsions de consommation et de régression, au prix d'un effort de renoncement aux (dé)plaisirs pavloviens. Pas facile, car le totalitarisme de la consommation et de la fange sans cesse nous mobilise en excitant nos neurones fatigués de ses messages en apparence contradictoires (fausse liberté de choix entre l'hygiénisme et le caboucadin). Chaque jour, le système capitaliste dépense des sommes énormes pour nous débiliser. Mais heureusement, même les débiles sont mentaux...
6. Contre les castrations des sinistres contempteurs d'envol, contre la colonisation de l'intime par les impératifs publicitaires duplicitaires, les créalistes ont toujours été de relatifs sacrificateurs de confort standard (un certain luxe leur est pourtant essentiel). Ils ont été des filtres de l'être, des haut-parleurs, des raffineurs de chaos. Suivons leur exemple, ou supportons encore et toujours les conséquences schizonévrotiques d'un monde rendu stagnant par notre abandon ou notre collaboration avec la misère marchande, la morose émulation simulatrice, la soumission à l'argent que nous confondons, comme l'écrivait Marx, avec autrui. Agir ou subir la honte quotidienne que tentent de nous infliger les soldats (autant de femmes que d'hommes) de la société de classes. Se faire so(u)rcier des formes, des intensités et des coïncidences, plutôt que d'accepter la banalité des codes d'une époque saturée de culs-de-sac.
7. Une situation de bouillonnement amoureux, des synchronicités, un désir de justice allant au-delà des revendications salariales, une belle joute sans hypocrisies entre adversaires nobles. Tout sauf la pusillanimité des élans atrophiés, l'abrutissement des stimuli et l'idiotie affamée, larmoyante, ricanante, fataliste. L'Histoire est triste ? Deleuze disait : "L'histoire désigne seulement l’ensemble des conditions si récentes soient-elles, dont on se détourne pour 'devenir', c’est-à-dire pour créer quelque chose de nouveau."
8. Le créalisme est une politique du Réel en tant que co-création en devenir, où le sujet cohérent-actif occupe une place co-centrale avec l'harmonium cosmique, où l'imagination, la passion, la volonté, l'art, le désir, l'amour redéfinissent sans cesse, au présent et en acte, les conditions de possibilité d'une vie désaliénée, d'une existence libre.
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L'ÊTRE ET LE NÉON, séminaire créaliste de Luis de Miranda au Café des Fous
À partir du 11 janvier 2012

U N S É M I N A I R E
C R É A L I S T E D E
L U I S D E M I R A N D A
*
Le néon est une créature protéiforme.
Il aura 100 ans en 2012. Inventé par un Français,
il a colonisé la nuit, le monde – et les esprits…
*
Luis de Miranda
avec
L’association CRÉEL
Centre de Recherche
pour l’Emergence
d’une Existence Libre
présente
en partenariat avec le Café des Fous
et Souvenirs From Earth Art Channel
*
L ’ Ê T R E E T L E N É O N
*Apprenons / Pensons / Débattons
L’être et le néon, le séminaire de Luis de Miranda. Chaque mercredi, l’enquête philosophique, historique et romanesque avancera : « Pendant quelques mois, le caractère faussement anodin du néon m’a hanté, jusqu’à prendre le dessus sur des pensées en apparence plus sérieuses parce que plus solennelles. Aujourd’hui, une nouvelle aventure peut commencer, sous la forme d’une enquête luminescente. Je vais relire lentement L’être et le néant de Sartre, cette somme de 700 pages qui contient toute une époque, Presque un roman déguisé en traité, et dont la première phrase contient en germe notre schize postmoderne : La pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l’existant à la série des apparitions qui le manifestent. Simultanément, nous allons nous interroger sur cette apparition des apparitions qu’est le néon, cette invention française qui a colonisé le néant de la nuit, si visible qu’elle nous est devenu invisible, comme un halo qui se retournerait sur lui-même pour dévoiler une énigme, ou la disparition de toutes les énigmes.
Que nous apprend le néon sur nous-mêmes ? Depuis Nietzche et la phénoménologie, en passant par l’existentialisme, la philosophie nous enjoint à nous déprendre de « l’illusion des arrière-mondes », et pourtant, nous restons d’incorrigibles animistes, des métaphysiciens des rues, des âmes assoiffées d’être et de souffles divins. Derrière les rouages des machines, nous tentons d’attraper l’ombre de la danse des électrons. Il me semble tout à coup que rien n’est plus laid et plus beau qu’un néon. Sans doute n’y a-t-il pas de hasard et les fantômes nous suggèrent des poèmes : depuis trois ans, je vis à quelques mètres de la tombe de Boris Vian, modeste sépulture dans le cimetière de Ville d’Avray. Or, je le redécouvre, dans L’écume des jours, un certain Jean-Sol Partre aurait écrit un traité intitulé La Lettre et le Néon, ‘étude critique célèbre sur les enseignes lumineuses’… »
*Jouons / Tournons
L’être et le néon, le documentaire : chaque mercredi, un caméraman et un preneur de son capteront les meilleurs moments de la soirée, vos performances les plus excentriques, pour les intégrer dans un documentaire dont vous pouvez devenir les acteurs créalistes. Votre propre caméra est la bienvenue.
*Imaginons / Montrons
L’être et le néon, les photos : envoyez vos photos liées au thème du séminaire et chaque semaine elles seront projetées dans la galerie artistique du café des fous.
*Composons / Chantons
L’être et le néon, les chansons : écrivez une chanson sur le thème du séminaire ; un piano, dans la galerie de la cave, vous permettra de l’interpréter. Guitares bienvenues.
*Écrivons / Déclamons
L’être et le néon, les textes : écrivez un court texte sur le thème et envoyez-le à Luis de Miranda. Chaque semaine, un auteur pourra lire le texte retenu à la foule.
*Communions / Buvons / Dînons
Le Café des Fous, sorti de l’imagination de Patrick Mazery, est le dernier lieu magique de Saint Germain des Près, à deux pas du Flore et des Deux Magots. À la fois bar, restaurant, et cave artistique, on y boit, on y mange, on y danse, on y pense sans se ruiner. Plus on est de fous, plus on se rit de la crise.
Où ? Quand ? Comment ?
Café des Fous
Tous les mercredis, de 20h à 22h30
A PARTIR DU 11 JANVIER 2012
6, rue de Montfaucon dans le 6e arrondissement, à dix mètres du métro Mabillon.
Le lieu nous est exclusivement réservé chaque mercredi soir.
Entrée gratuite. Participation libre au projet par donations.
Contact : crealiste@gmail.com / 06 22 40 17 62
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24.11.2011
Pop-up et pixels
Lu sur le site de LA GAITÉ LYRIQUE

"En rebond avec l’actualité de la programmation et les envies du moment, la sélection HomeMade est une read-list toute droite sortie des étagères de notre lumineux Centre de Ressources. L’exposition “Pop-Up et Pixels” consacrée à Philippe UG jusqu’au 27 nov. a fortement inspiré nos choix."
Dans cet essai, Luis de Miranda, se demande comment les technologies numériques, rendant le monde de plus en plus digitalisé et non pas numérique, apportent des nouveaux points de vue sur notre environnement physique et mental, bouleversant nos certitudes et renforçant parfois nos croyances irrationnelles. De nos interactions avec la machine, c’est un monde-œuvre dans lequel nous avons tous notre touche de couleur à apporter qui se révèle, un écosystème de consciences qui se laisse apercevoir, un univers dans lequel la matière est un mouvement et la pensée une immobilité momentanée.
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23.11.2011
(N)Everland
par Sami Biasoni
Couple de quadragénaires suisses loue chambre équipée idéalement située sur les bords de Seine. Vue imprenable, décoration 70’s, espace fonctionnel. Service en chambre. Mensualité : 12 000 €. Tarif peu négociable.
Élément de Land Art urbain, le module-œuvre « Hôtel Everland » créé en 2002 par le duo d’artistes L/B (Sabina Lang, Daniel Baumann) propose une expérience hybride au confluent du tourisme hôtelier de luxe et de la performance artistique contemporaine. D’abord positionnée sur pilotis au-dessus du lac de Neuchâtel, puis sur la terrasse supérieure de la Galerie für Zeitgenössische Kunst de Leipzig, l’installation a trôné dès 2007 au vu de tous sur le toit du Palais de Tokyo, à Paris.
Bâti à échelle humaine, Everland a pour vocation d’héberger en son sein un ou plusieurs visiteurs-résidents le temps d’une nuit. Moyennant le prix d’une chambre dans un hôtel haut de gamme, les rares et heureux élus ont le privilège de jouir des commodités d’un espace épuré aux lignes rétro-futuristes assumées. Les larges et nombreuses ouvertures vitrées non obstruables dont la pièce est dotée invitent le résident à observer et à être observé, protégé dans une relative intimité par l’isolement situationnel du lieu.
Si ce dernier est accessible à la visite en journée, ce n’est qu’à la tombée de la nuit qu’il révèle pleinement sa nature d’œuvre d’art. Une œuvre performative que ses hôtes d’un soir contribuent à co-créer par leur seule présence. A la manière de l’éternel Neverland de J.M. Barrie, dont la matérialité ne s'actualise qu’autour de Peter Pan, Everland n’existe qu’au-travers du processus passif d’interaction qui le lie à ses occupants.
Poussant l’analogie plus loin, les concepteurs du lieu en ont banni tout référent temporel. Comme Neverland, Everland est un espace hors du temps humain, simplement rythmé par les pulsations nocturnes de la ville enveloppante. Un appel au jeu, à l’autarcie parcimonieuse et au retour sur soi. Et si étaient ainsi posées les conditions d’une ataraxie postmoderne ?
Dans le contexte de désenchantement et de mercantilisation globalisés de nos sociétés occidentales, de telles expériences de prise de recul par rapport au monde ne sont que trop souvent l’apanage de rares privilégiés. Bien que d’aucuns n’y voient que la traduction concrète et inéluctable du couplage démocratie/libéralisme, le créalisme réfute un tel fatalisme et milite pour un accès sans condition de chacun à sa propre transcendance. L’art convenablement diffusé et accessible est un moyen d’y parvenir.
Pour que chacun puisse prendre un jour le chemin de son « pays des rêves ».
19:04 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : neverland, créalisme, art, palais de tokyo |
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Quand les salariés se gèrent eux-mêmes...
Luigi Zanon créa au début des années 1980 une usine de production de matières céramiques dans l'ouest de l'Argentine. D'abord portée par les relations politiques de son fondateur, l'entreprise est ensuite passée sous le contrôle d'organisations criminelles puis d'un syndicat des travailleurs. Devant la multiplication des conflits internes comme externes et les difficultés de production qui en découlaient, Luigi Zanon décida de fermer provisoirement son usine en 2000.
Inquiets de la vente de l'usine, de la sécurité de leurs emplois et de la crise économique qui s'était abattue sur l'Argentine en 2001, les ouvriers décidèrent d'occuper puis de réouvrir l'ensemble de la structure de production. L'entreprise, dorénavant nommé FaSinPat (Fàbrica Sin Patròn, usine sans patron), profita de la relance économique et redevint rentable dès l'année 2002. L'ancien propriétaire intenta en 2005 une action en justice pour récupérer ce qu'il considérait être son bien en accompagnant cette pression de pratiques plus douteuses comme le recours à des milices armées et des menaces de mort envoyées aux ouvriers (en mars 2005, une employée fut enlevée et torturée).
Malgré cela, les travailleurs ont su trouver une nouvelle manière de s'organiser et de produire, sans une autorité de supervision à tendance paternaliste. Aujourd'hui, les 450 personnes prennent les décisions en assemblées (par secteurs de production) et élisent des coordinateurs qu'ils peuvent à tout moment révoquer. Une fois par mois, la production est arrêtée est ils collaborent tous à l'élaboration d'un code du "travailler ensemble" qui encadre le règlement intérieur, les normes de production, le fonctionnement interne, etc. Les salaires partent d'une base identique et évoluent avec l'ancienneté. Plutôt qu'un salaire, on devrait d'ailleurs plutôt parler de dividendes car ils sont propriétaires de l'usine et se versent en fait chaque mois une "anticipation sur l'excédent". Les postes ne sont pas fixés et les responsabilités suivent une logique de rotation régulière dont l'organisation est toujours démocratique.
Les employés de FaSinPat ont ainsi réinventé une manière de produire autour de valeurs démocratiques en remettant l'ensemble de l'organisation à plat. Questionnant le fonctionnement de l'entreprise classique, ils ont proposé une forme infiniment plus moderne qui place le travailleur, non pas dans la reproduction continue d'une tâche dénuée de sens, mais dans un processus de création permanente d'une action collective orientée vers la production de biens pour la communauté.
Yoann Bazin
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D'un commun accord
par l'Accorderie :
Née en 2002 au Québec, l’Accorderie est un concept solidaire qui vise à lutter contre la pauvreté et l’exclusion et à favoriser la mixité sociale.
Il repose sur un principe simple et original : proposer aux habitants d’un même quartier de se regrouper pour échanger entre eux des services, sur la base de leurs savoir-faire et ce sans aucune contrepartie financière.
Concrètement, un Accordeur qui effectue, par exemple, une heure de dépannage informatique se voit attribuer un crédit de temps qu’il peut ensuite utiliser comme bon lui semble pour obtenir l’un des services proposés par d’autres Accordeurs de son quartier.
Cette nouvelle forme de solidarité, qui favorise la mixité sociale sur un territoire donné mais répond aussi aux besoins de personnes en situation de pauvreté ou d’isolement, a connu immédiatement un grand succès au Québec, donnant naissance au Réseau Accorderie du Québec en 2006 et à trois nouvelles Accorderies.
Aujourd’hui, le Réseau québécois compte près de 2 000 adhérents et propose plus de 700 services : de l’aide pour déménager ou faire des courses, en passant par des cours de peinture, de danse ou des travaux de couture…Tous les talents et les bonnes volontés sont invités à s’engager !
En 2011, les Accorderies investissent le territoire français. En effet, Le Réseau Accorderie du Québec et la Fondation Macif ont conclu un partenariat pour le développement d’un réseau d’Accorderies en France. La convention entre les deux partenaires a prévu la transmission à la Fondation Macif de la propriété intellectuelle du concept et des outils de gestion pour le territoire français. Ainsi, la Fondation Macif devient le garant de la philosophie initiale du projet et des valeurs qui lui sont associées.
L’implantation progressive de ce concept commence par le démarrage de deux Accorderies, à Paris (19ème arrondissement) et à Chambéry (Savoie).
Dans un contexte socio-économique difficile où la tentation du repli sur soi est forte, l’Accorderie s’est imposée par son fonctionnement humaniste et sa capacité à recréer du lien social et de la convivialité.
Ces valeurs de solidarité sont fondamentales pour la Fondation Macif qui développe, soutient et accompagne des programmes relevant de l’innovation sociale en France et à l’international.
Chaque Accordeur met à la disposition des autres ses compétences et savoir-faire sous la forme d’offres de services. Des conseils pour cuisiner, la restauration de meubles, l’apprentissage de sports, etc…
Chaque offre apparaît sur la page web de L’Accorderie locale où la personne est devenue membre et dans un annuaire papier pour les Accordeurs qui n’ont pas accès à Internet. Dans l’espace membre et l’annuaire, les Accordeurs ont accès aux coordonnées des personnes qui offrent les services. Ils peuvent donc entrer en contact directement avec celles-ci pour s’entendre sur le service désiré et le moment de l’échange.
Chaque échange de services est comptabilisé dans une banque de temps, selon le principe « une heure de service rendu vaut une heure de service reçu », quels que soient le service rendu et les compétences exigées.
Tous les services sont mis sur un même pied d’égalité.
Dans la banque de temps, chaque Accordeur dispose d’un compte temps où sont inscrites les heures données et reçues. La comptabilité se fait à partir de chèques temps. Lorsqu’une personne devient Accordeur, 15 heures sont déposées dans son compte, ce qui lui permet d’échanger des services immédiatement.
LES PRINCIPES DE BASE
1) Une heure de service rendu vaut une heure de service reçu
Le principe de fonctionnement de base d’une Accorderie est qu’une heure de service rendu vaut une heure de service reçu, quels que soient la nature, la complexité ou l’effort reliés au service échangé. De l’aide pour faire le ménage vaut autant que du dépannage informatique, de la correction de textes, de la couture ou des conseils en décoration. L’échange de services repose sur un rapport égalitaire.
2) L’échange repose sur le temps et non l’argent
La monnaie d’échange d’une Accorderie, c’est le temps et non l’euro. Le seul moment où l’argent entre en ligne de compte, c’est pour rembourser les dépenses liées à un service rendu. Par exemple, c’est l’Accordeur qui demande de l’aide pour peindre son logement qui doit fournir la peinture.
3) Équilibre dans les échanges
L’adhésion à une Accorderie implique, de la part de chaque Accordeur, une obligation morale vis-à-vis du groupe et une aptitude réelle à rendre service. Il est essentiel que chaque Accordeur s’engage à participer aux échanges, par des offres et par des demandes, afin de garantir la survie du système. Un équilibre est nécessaire afin de rester dans l’optique de l’échange.
4) De l’échange et non du bénévolat
Dans une Accorderie, le seul bénévolat est celui de la participation aux réunions du conseil d’administration. Participer à un comité de travail ou accomplir une tâche technique pour L’Accorderie est considéré comme un service rendu. Chaque Accordeur est rémunéré, pour le temps offert, par des heures qu’il pourra utiliser à son tour pour recevoir un autre service.
5) Prise en charge de l’organisme par les Accordeurs
L’animation de l’échange de services et l’organisation des activités d’échange sont sous la responsabilité individuelle et collective de tous les Accordeurs. Une Accorderie ne saurait fonctionner sans la participation des Accordeurs, contre rémunération en temps bien entendu.
DE L’ÉCHANGE DE SERVICES À TROIS NIVEAUX
Premier niveau : l’échange individuel
La raison d’être d’une Accorderie, c’est le développement de l’échange de services de type individuel afin de rendre possible des échanges à partir des compétences, des talents et des savoir-faire de chaque Accordeur. L’échange de type individuel peut se faire entre deux Accordeurs ou entre un Accordeur et un petit groupe d’Accordeurs. Le temps échangé est inscrit directement du compte d’un Accordeur à un ou plusieurs autres comptes d’Accordeurs.
Deuxième niveau : les activités collectives d’échange
Les activités collectives d’échange sont des services d’intérêt « général » qui s’adressent à l’ensemble des Accordeurs. Ces activités collectives d’échange peuvent concerner simultanément plusieurs Accordeurs et plusieurs échanges. Ce qui les caractérise, c’est que L’Accorderie sert d’intermédiaire, c’est-à-dire qu’elle reçoit des heures et en débourse pour le service offert.
Ces activités collectives d’échange peuvent prendre différentes formes (ex : un groupe d’achats).
Troisième niveau : l’échange associatif
L’échange de type associatif a pour objectif de faire fonctionner une Accorderie en s’appuyant sur les services offerts par les Accordeurs. Elle rémunère chacun d’entre eux avec du temps dès qu’il y a participation à l’organisation et au fonctionnement d’une Accorderie ou à ses activités courantes. Dans l’échange associatif, L’Accorderie est toujours l’acheteur.
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La Nef des sages
par Virginie Belle
Quel rapport entre La fibre verte, entreprise de communication par l'objet et le textile publicitaire, Biocoop, les nouveaux Robinson, Artisans du monde, le Bois de Faral, village de vacances écologique et la ferme de Baume Rousse, qui pratique l’agriculture biodynamique ? Toutes ces entreprises ont pu voir le jour grâce aux financements de la Nef.
En 1979, un petit groupe d’hommes et de femmes souhaitent expérimenter entre eux des relations d’entraide par l’argent. S’inspirant de banques éthiques existant déjà en Allemagne et en Hollande, il développe une Nouvelle économie fraternelle, la bien-nommée Nef. Trente ans plus tard, porté par une poignée de pionniers résolus, le projet s’est ancré dans la réalité.
De 650 coopérateurs rassemblés en 1988 pour fonder cette Société financière anonyme coopérative, ils sont aujourd’hui plus de 27.000 sociétaires à avoir confié leur épargne ou souscrit un prêt auprès de la Nef. « Chaque mois, ce sont plus de 200 nouveaux sociétaires qui franchissent le pas, porteurs d’une volonté de changement sur l’organisation économique et sociale de notre monde », explique t-on à la Nef. Le capital de cette banque alternative s’établit en 2010 à plus de 24 millions d’euros.
L'objectif simple et ambitieux de cette structure est d’organiser et de développer dans un esprit de fraternité et à des fins d’utilité sociale les relations entre les membres, en rendant plus consciente la circulation de l’argent. Sa naissance répond à un besoin d’outils financiers pour des projets alternatifs innovants ne trouvant pas de soutien dans les réseaux bancaires classiques. Ainsi, le premier projet soutenu par la Nef en 1980 fut l’installation d’une exploitation agricole en biodynamie, agriculture inspirée par le philosophe autrichien Rudolf Steiner.
Rassemblant des individus qui cherchent à redonner du sens à leurs actes, la coopérative poursuit sa mission dans le respect de la triade Liberté, égalité, fraternité. Liberté, de l’esprit et respect de la personne, et des choix individuels ; Fraternité, au sens de solidarité entre les personnes et envers les générations futures; et Egalité, dans l’exercice de la démocratie à travers le partage du pouvoir politique fondé sur le principe « une personne = une voix », indépendamment de l’apport en capital.
Résolus à faire vivre cette devise, la Nef sélectionne les projets qu’elle finance en fonction de leur utilité écologique, sociale et/ou culturelle. Elle privilégie des initiatives qui visent le développement local de l’économie et choisit délibérément de n’encourager aucune action qui nuirait à la personne ou à l'environnement. Autre gage dont pourraient s’inspirer citoyens, associations et dirigeants d’entreprise ou politiques, la transparence. En effet, la liste de tous les prêts débloqués en précisant leurs principales caractéristiques et en « racontant chaque projet derrière les chiffres » est communiquée chaque année aux sociétaires. À travers cette publication, chaque épargnant sait à quoi sert son argent.
Des valeurs fondatrices qui expliquent l’engouement de cet organisme financier pour les épargnants en mal d’éthique. « Je souhaitais la garantie que mon argent serve la cause écologiste. Et il est hors de question de financer l’agriculture productiviste, les industries chimiques, nucléaires, de l’armement, des OGM », explique Régis. Céline, elle, « veut consommer de manière responsable ». « Je refuse que mon argent transite par des paradis fiscaux, qu’il alimente des sociétés éthiquement incorrectes », ajoute-t-elle.
Une façon efficace pour ces sociétaires d’exercer leur responsabilité sur les flux financiers et de redevenir acteurs d’une économie déconnectée des réalités qu’ils qualifient d’« immorale ».
La Nef est aujourd’hui engagée dans la construction d’une banque éthique européenne, avec ses partenaires italiens (Banca Etica), espagnols (Fiare), belges (Crédal, Hefboom) et allemands (Oekogeno), au sein de la Fédération Européenne de Finances et Banques Ethiques et Alternatives. Toutes s’inspirent d’un modèle de développement humain et social dans lequel la production et la distribution de richesses sont fondées sur des valeurs de solidarité et de responsabilité vis-à-vis de la société, en vue de la réalisation du bien commun. Ce projet a pour vocation d’offrir dans ces pays une alternative bancaire complète, reposant sur les principes d’éthique et de transparence.
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21.11.2011
Mouvement Habitat Groupé Autogéré
Par Charlotte Gressier
« Vivre ensemble » c’est possible. Dans les années 1970, des groupes de familles ou d’individus partageant les mêmes valeurs décident de construire collectivement un habitat pour concrétiser des objectifs communs. 10 à 20% de la surface construite sont consacrés à des installations communes pour développer une vie de groupe. Ces parties communes permettent de développer des relations avec les individus et associations des quartiers environnants. En 1977, différents porteurs de projets décident de se fédérer au sein du Mouvement de l’Habitat Groupé Autogéré (M.H.G.A) et d’étendre l’idée en Ile-de-France, en Rhône-Alpes, dans le Nord et en Bretagne. Son objectif est de promouvoir ce modèle d’habitat pour tous, notamment dans le secteur locatif.
L’autogestion reste le principe directeur du mouvement fondé sur : - une prise de décision collective selon la loi de la majorité ; - un droit de gestion interne garanti aux familles et individus ; ainsi qu’un droit d’initiatives et des responsabilités partagées entre les membres du groupe. Par autogestion, on entend autonomie des groupes de base selon la Charte du Mouvement, doublée d’une coordination régionale et nationale.
Concept beaucoup plus répandu dans les autres pays d’Europe du Nord, l’habitat autogéré connaît une forte demande dans toutes les régions de France. On compte une centaine de projets sur le territoire, la plupart intégrant également des objectifs écologiques : concilier urbanisme et environnement, économiser l’énergie dans les bâtiments, atteindre une haute qualité environnementale, réaliser des éco quartiers. Il est donc désormais possible d’intégrer les trois composantes du Développement durable – sociale, économique et écologique. Le projet relève donc aussi d’une philosophie partagée entre individus : construire un projet commun.
Pour tous ceux qui ont tenté l’expérience au cours des trente dernières années, comme Le Lavoir du Buisson St Louis à Paris, L’Anagram à Villeneuve-d’Ascq, ou encore Le Passage à Grenoble, cela reste une « aventure humaine » qu’ils désirent faire connaître aux autres pour la reproduire.
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20.11.2011
Oser croire encore en l'entreprise ?
par Jean-Sébastien Hongre

Comme chaque année, les voilà enfin tous réunis pour prendre des décisions qui vont affecter la vie de milliers de personnes. Il y a tout d’abord l’épineuse question de l’affectation des résultats financiers de l’an dernier, plusieurs millions de dollars, il y a ce nécessaire plan de restructuration suite à l’offensive des produits low cost Chinois, le lancement en Amérique du Sud d’une unité de production, le lobbying pour faire avancer l’influence du groupe dans cette région, la stratégie d’investissement financier du fond de pension qui gère les futures retraites des salariés, le lancement d’investissement sur 30 ans dans les énergies propres, et mille autres sujets cruciaux. Où sommes-nous ? Au dernier étage d’une tour de Manhattan ? Une de ces tours qui abritent des multinationales voraces, prédatrices, insensibles, au seul ordre du profit et des actionnaires ? Combien sont-ils ces gens de pouvoir qui vont décider ? 6 ? 12 ? 24 décideurs ? Des multiples d’eux mêmes comme il est habituel dans ces milieux ?
Non, ce jour là, dans le vaste hangar d’une des coopératives du groupe Mondragon, en pays Basque, ces décideurs sont plus de 1 700 et ils sont ouvriers, employés, secrétaires, chefs d’équipe, techniciens, cadres, ingénieurs, dirigeants, tous assemblés avec pour règle de décision : un homme, une voix.
Pour une raison simple : Mondragon leur appartient, à tous !
Ces employés-propriétaires forment les co-créateurs d’une réalité qu’ils développent jour après jour, mois après mois, années après années ; une formule née de l’imagination d’un prêtre dans les années 50 initiant un nouveau mode de fonctionnement coopératif qui a conduit le groupe Mondragon à un chiffre d’affaires de plus de 16 Milliards d’euro. Une entreprise à ce jour détenue par plus de 70 000 de ses employés !
En pleine crise du modèle capitaliste, il se pourrait bien que cette création permanente, longtemps raillée, basée sur le mariage de l’efficacité du marché et des valeurs de l’humanisme, devienne rapidement une voie de sortie, une alternative acceptable, un compromis réaliste pour réconcilier le monde de l’entreprise et celui des peuples. Chez Mondragon, le plus haut dirigeant ne peut pas gagner plus de 6 fois le salaire le plus bas. Résultat, les ouvriers gagnent plus que leurs homologues d’autres industries, les cadres un peu moins, et l’ensemble de la masse salariale est inférieur au ratio du secteur, ce qui, de surcroit, constitue un avantage concurrentiel pour l’entreprise.
Point de luttes idéologiques extrêmes, point de rêves de sang et de révolution du grand soir, point d’incantations ni de slogans. Discrètement, avec constance, chez Mondragon, a été créé un modèle adapté aux contraintes des marchés tout en fondant une nouvelle organisation du travail, du pouvoir et du capital au profit des employés. Le capital est né du travail et non l’inverse. En somme, ces travailleurs propriétaires ont bâti un compromis basé sur l’incroyable intuition qu’en terme d’entreprise, on pourrait raisonner en « ET « et non plus en « OU » :
Car chez Mondragon, tous ces employés propriétaires considèrent le travail comme une valeur centrale, essentielle, vitale ET, en même temps, ils construisent les conditions d’un temps de travail gratifiant, d’une bonne qualité de vie, d’un épanouissement personnel pour tous.
Ils veulent la rentabilité ET ils récompensent l’effort. C’est pourquoi Mondragon réinvestit ses résultats dans la recherche, dans l’éducation et reverse le reste des profits aux salariés et pour les complétements de retraite.
Ils cherchent l’innovation, la flexibilité, la réussite de l’entreprise sur ses marchés ET ils assurent la protection de chacun, la formation permanente, les conditions de l’attention à l’autre.
Ils aspirent à donner la parole à chacun ET ils s’organisent pour rester efficace et réactif. En somme, ils acceptent le capitalisme ET ils se jouent de lui, le modifient au profit de l’homme. En cela, Mondragon est une création réaliste collective qui améliore concrètement depuis 60 ans la vie des salariés-actionnaires. C’est aussi une création qui se réinvente, en permanence, à tous niveaux.
Bien entendu, tout n’est pas rose dans cette expérience et des disfonctionnements y sont probablement fréquents. Bien entendu, la crise de 2008 et de 2011 pourrait bien mettre à mal cette entreprise comme tout autre, et la taille prise par ce groupe pourrait gripper son fonctionnement démocratique. Rien n’est éternel. Et cependant, cette utopie devenue réalité, cette construction collective permanente, nous montre qu’il est possible, en osant l’imagination dans la réalité, de faire naître et croitre au plus haut niveau un nouveau paradigme jugé utopique par le passé, un paradigme appliqué avec succès et potentiellement graine de solutions futures.
Sans doute peut-on en cela qualifier José María Arizmendiarrieta, ce jeune curé qui initia cette entreprise en 1943, de Créaliste avant l’heure. Oserais-je aller jusqu’à imaginer qu’à l’intersection de la Chrétienté et d’un Créalisme génétiquement athée, se déploie une valeur dont notre époque est probablement et à juste titre assoiffée : l’Espérance ?
Jean-Sébastien Hongre
17:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mondragon, créaliste, créalisme, créatlas |
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15.11.2011
Sommes-nous les microbes de Mozart ?

« O merveille !
En voici une profusion de bonnes créatures !
Que l’humanité est belle ! O fier monde nouveau,
que peuplent pareils êtres ! »
Shakespeare, La Tempête (1612).
Il était une fois une belle histoire, reprise en chœur par les médias internationaux. Elle raconte que quelque part dans la région du Brandebourg, au sud-est de Berlin, des bactéries digèrent des eaux usées au son de La Flûte enchantée de Mozart.
La station d’épuration de Treuenbrietzen a semble-t-il installé des haut-parleurs autour de ses bassins avec le concours du fabricant Mundus, diffusant notamment l’air de la reine de la nuit. Elle aurait ainsi réduit, sans autre modification, sa production de boue de 14% en un an. Roland Meinusch, le directeur, explique[1] : «Nous nous sommes retrouvés avec 6000 mètres cubes de boues au lieu des 7000 mètres cubes que nous produisons habituellement chaque année. Cela nous a fait économiser beaucoup d’argent. Bien sûr, en tant qu’ingénieur, je ne peux pas dire si ce résultat est vraiment dû à la musique – je n’ai pas de preuves scientifiques…»
D’après le journal Spiegel, Anton Stucki, le cocréateur des haut-parleurs Mundus, ajoute que les microbes sont stimulés avec de l’oxygène en même temps que les ondes soniques du compositeur australien. Mais il insiste : «La musique de Mozart possède une qualité singulière de corrélation entre harmonie et rythme». Et si on leur avait proposé du rock alternatif, les microbes auraient-ils mieux digéré la biomasse ?
Cette histoire, vraie ou exagérée, est un exemple de «créalisme». Si ce n’est qu’un astucieux coup de pub, l’oxygène étant, plutôt que la musique, le facteur clé de stimulation des microorganismes, cela reste un cas d’école de la communication de marque s’appuyant sur le renforcement d’une valeur, la «vertu de la haute musique». C’est ainsi que la plupart des médias ont repris l’information sans la critiquer. D’autres enthousiasmes analogues ont ces dernières années poussé certains parents à faire écouter du Mozart à leurs nouveaux-nés, pour stimuler le développement de leurs cerveaux. Ledit «grand public» a découvert «l’effet Mozart» en 1993, suite à une étude menée par le docteur Frances Rauscher à l’université de Californie. L’observation relate que 36 étudiants en psychologie auraient obtenu des résultats plus élevés lors de leur test de Q.I. après l’écoute, pendant dix minutes, de la Sonate pour 2 pianos en ré majeur, K. 448. Les résultats, interprétés par les médias, se sont transformés en réalité péremptoire : «L’écoute de la musique de Mozart augmente l’intelligence.» Pourtant, en 1999, des chercheurs de l’Appalachian State University ont reproduit l’étude de l’équipe du docteur Rauscher, sans succès. Dans une interview accordée au Times, celui-ci a d’ailleurs pondéré : «Je crois essentiel de permettre aux enfants de participer à des expériences culturelles enrichissantes. En revanche, j’estime que l’argent serait mieux utilisé s’il état injecté dans des programmes d’éducation musicale. »
Cela n’a pas empêché «l’effet Mozart» de devenir au fil des ans un argument marketing, accolé à des disques «pour bébé» proposant parfois des arrangements simplificateurs. Qui n’a pas envie d’y croire plutôt que d’en douter, et qui, à partir de cette aspiration, n’avalise pas la croyance que Mozart a des vertus extramusicales ? À force d’y croire, de telles croyances finissent par devenir inhérentes à notre vision et à notre expérience du monde. Notre réalité n’est-elle pas davantage modelée par nos actes de foi, nos désirs, notre soif de poésie plutôt que par une Vérité crue qui sans cesse se dérobe ? Bienvenue dans l’époque des «créations de réalité».
L’auteur de cet article n’est pas un cynique : il souhaite que le «créalisme» contribue à faire naître dans la conscience des plus isolés d’entre nous, à l’instar de la fille de Prospero dans la Tempête de Shakespeare, la révélation que les humains sont en puissance – malgré les mensonges, les désenchantements, les misanthropies, les méfiances, les cruelles expériences – l’un des lieux privilégiés du « merveilleux ». Ces lignes se déploient afin que nous soyons « fiers » du « monde nouveau » que nous avons à édifier. Le destin dont nous sommes les auteurs est « créel » plutôt que cruel. Faisons qu’il soit aussi honnête.
Puisse le créalisme fleurir comme un système de libération des conservatismes réalistes, le plus proche possible d'une immense symphonie vivante. Notre oeuvre commune est cet horizon idéal que chacun porte en soi : rien moins que le réenchantement du monde. Après tout, nous avons un avantage sur les microbes : nous pouvons lire le livret de La Flûte Enchantée. C'est un hymne à la connaissance, contre les superstitions.
[1] Cité en septembre 2011 par la journaliste Hannah Cleaver, dans le journal The Local Online. Repris notamment par le Courrier International.
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21.10.2011
The crealist mode of power versus the capitalist mode of power / Le mode de pouvoir créaliste contre le mode de pouvoir capitaliste
Par Luis de Miranda
Basis for a conference given at York university, Toronto, Canada.
Base pour une conférence donnée le 21 octobre 2011, université de York, à Toronto, Canada.
1 - We talk about differents modes of power applied on realia, reality (cf. Nitzan & Bicher's book, Capital as Power). Therefore we believe reality can be modified. Every order is a "creorder" : we are crealists. This is a term that designates our actual Zeitgeist.
Nous parlons de différents modes de pouvoir appliqués aux realia, à la réalité (cf. Nitzan & Bicher's book, Capital as Power). Ce qui signifie que nous croyons que la réalité peut être modifiée. Tout ordre est un "créordre" : nous sommes créalistes. Ce terme désigne l'esprit actuel de notre temps.
2 - This conscience has not always been ours. We could say it starts with Pico della Mirandola and his famous text about human dignity (1487), that basically says that God made us half infinished in order for us to complete the other half by ourselves. With Renaissance, creation capacity therefore enters public domain by 50%. In 1883, Nietzsche's word that "God is dead" allows creation capacity to fully enter public domain.
Cette conscience ne fut pas toujours la nôtre. Nous pourrions dire qu'elle naît avec Pic de la Mirandole et son fameux texte sur la dignité humaine (1487), selon lequel Dieu nous a laissés à moitié finis afin que nous finissions l'autre moitié par nous-mêmes. Avec la Renaissance, la capacité de création entre donc pour 50% dans le domaine public. En 1883, le mot de Nietzsche selon lequel "Dieu est mort" autorise la capacité de création à entrer entièrement dans le domaine public.
3 - If we are crealists, if we believe that reality can be created as a creorder, then it means that either creation, either reality is for us an absolute. It is quite clear that in the capitalist mode of power, reality is an absolute and creation is a relative - as the power to produce commodities that are the ultimate realities. The capitalist world is not only materialist, but a world of objects (realia). Therefore, the natural philosophy of capitalism, as Ayn Rand saw it, is objectivism : reality is an absolute, it is the world of objects for subjects, of commodities for consumers.
Si nous sommes créalistes, si nous croyons que la réalité peut être créée sous forme de créordres, alors cela signifie soit que la création est pour nous un absolu, soit que la réalité est un absolu. Il est assez clair que dans le mode de pouvoir capitaliste, la réalité est un absolu et la création est relative - en tant que pouvoir de produire des marchandises qui sont les réalités ultimes. Le monde capitaliste n'est pas seulement matérialiste, c'est aussi un monde d'objets (realia). C'est ainsi que la philosophie naturelle du capitalisme, comme l'a vu Ayn Rand, est l'objectivisme : la réalité est un absolu, c'est le monde des objects pour des sujets, des marchandises pour des consommateurs.
4 - If we are to imagine another mode of power, and I believe there might be only two, we ought to consider creation as a creabsolute. Creation is the only absolute that is not dogmatic because it absolutizes the possibility of change and difference.
Si nous devons imaginer un autre mode de pouvoir, et il n'y en a peut-être que deux, nous devons considérer la création comme un créabsolu. La création est le seul absolu qui ne soit pas dogmatique car il absolutise la possibilité du changement et de la différence.
5 - I call this undogmatic absolute the "Creal". The advantage that we, crealists, might have on most religions, is that we are not Nihilists : we don't believe in creation ex nihilo, that is implied by the idea of God. It is clear by the very definition of crealism, that for a crealist, or a creorderer, creation is both ex realia and ex crealia : we transform reality and we are transformed by our belief in the possibility of change and difference, the Creal.
J'appelle cet absolu adogmatique le "Créel". L'avantage que nous, créalistes, avons peut-être sur la plupart des religions, c'est que nous ne sommes pas nihilistes : nous ne croyons pas en la création ex nihilo, qui est impliquée par l'idée de Dieu. Il est clair de par la définition même du créalisme que pour un créaliste, ou un créordinateur humain, la création est à la fois ex realia et ex crealia : nous transformons la réalité par notre croyance en la possibilité du changement et de la différence, le Créel.
6 - In terms of power, I believe crealists might be richer than capitalists for two reasons :
a - we know reality is a creality : it is not made of realia but of crealia. Therefore we can hardly fetichize commodities and objects. Our reality transformation is therefore more fluid, less servile.
b - we do have an absolute that is less frustrating than the capitalist absolute. Our creabsolute is the Possibility of New as Creal, while capitalist absolute is the pure enjoyment of the world objects (jouissance). Pure jouissance can never be reached through objects, as Lacan showed (cf. My book : Peut-on jouir du capitalisme ?) There is always some-thing more enjoyable in the horizon of the Absolute Commodity.
En termes de pouvoir, je crois que les créalistes sont sans doute plus riches que les capitalistes pour deux raisons :
a - nous savons que la réalité est une créalité : elle n'est pas faite de realia mais de crealia. Ainsi, nous pouvons difficilement fétichiser les marchandises ou les objets. Notre transformation de la réalité est de ce fait plus fluide, moins servile.
b - nous avons un absolu qui est moins frustrant que l'absolu capitaliste. Notre créabsolu est la Possibilité du Nouveau en tant que Créel, tandis que l'absolu capitaliste est la pure jouissance des objets du monde. Celle-ci, comme l'a montré Lacan (cf. notre livre : Peut-on jouir de capitalisme ?) ne peut jamais être atteinte. Il y a toujours quelque chose de plus jouissif à l'horizon de la Marchandise Absolue.
7 - One would ask : how is it possible that the crealist mode of power doesn't generate a chaos, a perpetually and too liquid changing creality ? How are we to create orders, a significantly consistant world ? The answer is : our creabsolute allows us to do so. Because if you believe in the Creal, the ever possible physical flow of New, change and difference, this means you also believe in unity. Unity is the shadow of change and difference. Change presupposes difference and difference presupposes identity. The idea of One is presupposed by the idea of becoming another.
On demandera : comment est-il possible que le mode de pouvoir créaliste ne génère pas un chaos, une créalité trop liquide et changeante ? Comment pouvons-nous créer des ordres, un monde significativement consistant ? La réponse est : notre créabsolu nous le permet. Car si vous croyez dans le Créel, le flux physique toujours possible du nouveau, du changement et de la différence, cela veut dire que vous croyez en l'unité. L'unité est l'ombre du changement et de la différence. Le changement présuppose la différence et la différence présuppose l'identité. L'idée d'Un est présupposée par l'idée de devenir autre.
8 - Crealism can create living orders because it encompasses the idea of integrity, of the becoming one of the bodies. And physical and spiritual integrity is exactly what we need to build more reliable worlds, since the world becomes what you repeat regularly and with consistancy, never forgetting that unity is asymptotical, never total.
The major crealist interrogation is not : "What was there before the creation ?", but, as Spinoza felt it, "What can a body ?"
Le créalisme peut créer des ordres vivants car il englobe l'idée d'intégrité, du devenir un des corps. Et l'intégrité physique et spirituelle est exactement ce dont nous avons besoin pour édifier des mondes plus fiables, puisque le monde devient ce que nous répétons avec régularité et constance, et n'oubliant jamais que l'unité est asymptotique, jamais totale.
La question créaliste par excellence, ce n'est pas "Qu'y avait-il avant la création ?", mais, comme l'a senti Spinoza : "Que peut un corps ?"
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15.10.2011
Deuxième manifeste du créalisme
Lire ici le manifeste originel du créalisme

Huits stances pour une présente distance
1. Le créalisme est une cosmopolitique de l'intégrité, qui scelle le retour dans les affaires humaines de la fidélité à soi dans la mondification du multiple. C'est la conviction qu'un humain à qui on ne permettrait pas d'inventer une partie de sa réalité est un mort vivant. De la réalité, tant qu'elle existe, nous avons à être les auteurs et non les otages. Mais commençons aussi à penser à des mondes qui ne soient pas des agencements de choses (res) : un monde créel.
2. Le Créel se définit comme un chaosmos de novations infraréelles tendant vers une infinité de mondes cohérents. D'un point de vue microcosmique, "le monde est ma création". D'un point de vue éthique, "le monde doit être ma création". D'un point de vue cosmologique, le monde est la création jamais pleinement épuisée du Créel. Le créalisme n'est pas un anthropocentrisme : il est ouvert sur la créaltérité qui le fonde.
3. Le créalisme est une discipline créanalytique sensible et sensée, une possibilité de vie philosophique fondée sur un principe de participation sociale, politique, esthétique et éthique des individus et communautés au réel conçu comme actualisation du Créel. Le Créel s'oppose aussi bien aux conceptions objectivistes et déterministes du monde (qui tendent à ne percevoir que le réel) qu'à tout essentialisme idéaliste (qui tend à oublier le réel). Le Créel est un quasi-absolu auquel on peut accorder foi ou que l'on peut maintenir sous le régime du pari volontairement incertain, qui ne serait efficace que par un accord humain, et qui vise à éviter les dogmatismes tout en sortant de l'impasse relativiste, subjectiviste et objectiviste, d'un monde d'étants agencés techniquement et sommés d'être hiérarchiques.
4. Le créalisme s'appréhende comme l'esprit du XXIème siècle, et en cela il doit être autocritique plutôt qu'idéologique. A minima, c'est un mouvement diffus, tendant vers une prise de conscience en acte, après le postmodernisme, de l'équation "instantéisme + épisme = créalisme" : vivre et agir d'abord au présent, intensément et héroïquement, mais réenchanter l'avenir en édifiant par nos actions des mondes amples dans lesquels nous ne soyons pas aliénés ou enfermés.
5. Quant au système dominant que le créalisme dépasse, le capitalisme : celui-ci est un processus de dissolution de la possibilité même d'une société ("La société n'existe pas", Margaret Thatcher). Le capitalisme est un intégrisme : c'est la tentative de relativisation de tous les absolus et de toutes les cohérences à l'exception d'un seul absolu, le capital numéraire, et d'une seule réalité, la marchandise. Le réalisme économique capitaliste se présente comme une vérité indépassable à laquelle il s'agirait de s'adapter sous peine de mort sociale. D'où la proposition du Créel comme créabsolu exorcisant tous les intégrismes (également les religieux) qui prétendent que leur réalité est la vérité. Le Créel n'est pas une transcendance retirée, un ailleurs radical : nous y sommes et nous y participons, sensuellement et activement.
6. Le créaliste ne se retire pas du monde : il devient provisoirement maître des forces de production pour en chasser les réalistes et faciliter l'avènement d'un monde spirituellement plus riche, physiquement plus glorieux, tout en préparant un avenir moins attaché au régime des productions, moins assermenté au défilé des créatures.
7. Le créalisme s'emploie à examiner les notions de créativité, de monde, et de réalité par la voie théorique et par la voie pratique. Il tente de faire avancer la notion de création sociale.
8. C’est de l’intérieur de la motion de création que nous en dégageons les présupposés, les origines et les écueils possibles, en élaborant, au fil même de notre raisonnement et de nos interactions quotidiennes, l’ébauche d’une méthode « créelle », qui ne soit pas qu’analytique, qui ne décompose pas systématiquement le monde en éléments objectifs, mais qui soit aussi le fait d'un existant le plus libre possible. Créanalyse plutôt qu’analyse, pour nous démarquer du cartésianisme, c’est-à-dire de la position centrale d’une subjectivité mathématisante qui n’aurait d’autres certitudes que son doute, sa volonté de savoir sur le modèle de l’arithmétique et l’affirmation d’un ego cogitans, un je (expéri)mental qui soit une « chose qui pense »[1]. Créanalyse et non « déconstruction », car nous ne voulons pas présupposer que notre société soit construite sur le seul mode des machines ou du bâtiment, matériellement. Nous ne cherchons pas tant à nous représenter le monde, c’est-à-dire à le dupliquer au sein d’un système cohérent, hyperlogique mais empaillé, qu’à lui offrir la joie, le don, le jeu et le désir actif que nous sentons couler dans nos veines.
par Luis de Miranda, avec Dorian Astor et Marie-Céline Courilleault.
Moledo (Portugal), 18 septembre 2011 - Ville d'Avray (France), 15 octobre 2011
Pour aller plus loin : L'art d'être libres au temps des automates
Une vie nouvelle est-elle possible ?
Ainsi que les autres ouvrages de Luis de Miranda
20:45 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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09.10.2011
L'origine du Créel

La découverture du Créel
Voici les courts passages fondateurs du chapitre de Paridaiza[1] intitulé justement « Le Créel » (le chapitre, bien que publié plus tard, a été écrit en même temps que le manifeste du créalisme). Il n’est sans doute pas anodin de dire que « Paridaiza » nomme, dans ce roman d’anticipation, un jeu de simulation numérique dupliquant la vie humaine sur Terre, reposant sur la promesse de quantités élevées d’argent et de jouissance et stimulant de manière contagieuse les sensations de millions de joueurs par le truchement de casques neuronaux reliés à Internet. Propulsés dans ce jeu par une histoire d’amour apparemment impossible entre une pianiste et un jeune homme nostalgique d’explorations épiques à la manière du navigateur Magellan, une poignée de rebelles va, comme il se doit, détraquer le totalitarisme automatisant de cet environnement « virtuel » dont les effets asservissants se répandent, via les neurones, jusque sur la vieille Terre. Leur stratégie consiste à introduire un virus dans le code programmatique du jeu de société, exprimé par un simple mot. Ils optent pour le mot « détroit », mais la scientifique qui les aide, Ludmila Gagarina, inocule en secret le néologisme « Créel ». Ce signifiant induit chez les avatars, et par voie de conséquence chez les joueurs, une prise (ou un état) de conscience tel que décrit dans ces extraits[2] :
Quelques mètres plus loin, contournant un mur de haies, les deux femmes retrouvent Mickx au pied de la fontaine du Cirque, dont les lions crachent de l’eau par-dessus quatre angelots de similimarbre. Il est posté devant un banc sur lequel est monté Orantex. Celui-ci a le visage levé vers le ciel avec une expression d’extase.[3]
(…)
L’ordre du jour consiste à comprendre pourquoi Orante Magellanx a eu, au pied de la fontaine du Cirque, la vision d’un monde qu’il a spontanément appelé le « Créel ». Radieux, il sert maintenant à boire à Mélodiex, Clarax et Kimx, qui viennent de lui demander une description plus précise de son extase.
– Vous allez me prendre pour un drogué. La première impression que j’ai eue, c’était d’être dans un univers différent de celui de Paridaiza, peut-être même opposé. Il y a eu comme une explosion, et je me suis retrouvé au coin d’une sorte de cloître avec un jardin et une fontaine.
– Ça ressemblait à un endroit que tu avais déjà vu ? demande Clarax.
– Rien n’était familier, pas même les odeurs, mais en même temps je me sentais chez moi. J’ai eu l’impression d’être à l’intérieur d’un kaléidoscope vivant qui aurait obéi à ma volonté. C’était aussi comme si du miel coulait dans mes veines, un flux intense de désir. Le chemin pour accéder à la fontaine formait une sorte de labyrinthe qui variait à chacun de mes pas. Les formes brillantes et colorées se métamorphosaient dans un murmure. En redressant la tête, j’ai compris que le cloître n’avait pas de murs, seulement des colonnes en péristyle. Comment dire ? J’avais l’impression que ce monde était, d’une certaine façon, ma création, et en même temps que je ne faisais qu’accueillir une harmonie divine…
– Ça a effectivement l’air d’une hallucination, dit Kimx.
– Je ne sais pas, ce cloître me semblait profondément réel.
– Que s’est-il passé ensuite ?
– Je me suis retrouvé au pied de la fontaine. J’ai eu envie de boire son eau, qui semblait se soulever à mon approche.
(…)
Dans un coin du salon, Gagarinax s’est maintenant approchée d’Orantex et l’interroge. Sa voix possède quelque chose de malicieux :
– Mais pourquoi le Créel ? Pourquoi ce néologisme a-t-il surgi spontanément ?
– Je ne sais pas. J’ai eu la sensation d’entrer à la fois dans le monde même de l’imagination et au cœur de la réalité.
– Et tu te sentais très bien ?
– Oui, c’était vraiment une sensation de joie et de confiance. De puissance aussi, mais une puissance douce, harmonieuse.
– Est-ce que ça faisait l’effet d’un tissu de coïncidences, d’une synchronicité ?
– C’est comme si j’avais touché à l’essence de mon être. J’avais cette impression que tout était en correspondance.
Le visage de Gagarinax s’illumine :
– Ce cloître magique avec une fontaine au milieu, ça ressemble précisément à ce que du temps du prophète Zoroastre on appelait Paridaiza. Le vrai Paridaiza, celui qui est symbolisé sur mon tapis persan, et pas une prison dorée remplie d’automates avides. C’est ça ton Créel : le secret du Paridaiza originel.
– Quel secret ?
– Rien d’autre que notre origine spirituelle. La créativité désirante qui est l’essence même de la vie. La volonté imaginative qui triomphe de l’effondrement ! Les Anciens appelaient ça le « Poème du Cosmos ».
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06.10.2011
Créalistes à Washington
GET RID OF THE GREED
Below is an endorsement of the October action from the Crealist Movement in France.
In a recent article, Luis writes about Crealism and explains "Together with some Parisian Crealists, I am currently working on what we call a CreAtlas, an atlas of all the alternative orders that we consider Crealist. Up to now, we have a list of 200, [examples include] cities where they are experimenting with a new way of exchanging goods without money or schools where curriculums are designed in collaboration with the students.” These activities are Crealist, Miranda explains, because they “bypass consumption, authority, and favour co-creation.” Miranda further underlines that “Crealism is not about individual, mystical experiences or self-development. I emphasize co-creation and collective experiences.”
Here is his statement of endorsement:
"As capitalism reaches what will be later recalled as its demented period, citizens of the world are no longer willing to "play the game". In a system fascinated by money and capital gains, the game is over because there are no winners. Everywhere the financial markets and multinational companies have spread an antiworld devoid of human joie-de-vivre, creativity and thinking. We humans have become the collateral damage of capitalism. It is now time for our generation to get rid of the greed. In France, the crealist movement has been preparing and seeing a revolutionary change yet to bloom. We support the October 2011 initiative : America has been the leader of dementia : it can now awake, thanks to your efforts, to a new and freer dimension."
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05.10.2011
Crealist conference in Toronto, Canada

Friday, 21 october - 17h
Cosmos as Creal, Society as Orthopoïesis
Luis de Miranda, novelist and philosopher (crealiste@gmail.com)
Crealist philosophy renames the cosmic flow as the Creal, an ever creative and mostly invisible immanent process,
metamorphosis of all the possibles, from which humans actualize, on a recurrent basis, a minimal part in order to
shape an habitable territory, the realities. Our coded realities are created, and being human is being a technological
animal.
The crealities that allow us to survive are systems of shapes. Those shapes are formed by our labelization, a naming
that creates a framing. Since the first satellite Sputnik was launched on space in 1957 the hypothesis of Gaïa is no
longer a speculation: the earth has become an individual, and therefore we can consider it as our ever-transforming
work of art.
Numerism and crealism have always been the dialectical crescendo of humanity: we name, calculate, organize, and
even our nature is now the result of a technology of transformation. But in order not to become coded robots,
technological zombies, automatons, we need to keep a fidelity to the vital forces of the Creal, which nourish our
poďetical capacities. If History is an orthopoïesis, we have to explain how certain places of the Creal tend to become
technical, or, in other words: why are there forms or a spiritual perception of forms? Why does life need realities?
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02.10.2011
FluXX - Se libérer du XXe siècle
04:08 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23.09.2011
Les financiers en devenir ont-ils le sens des créalités ?
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11.09.2011
LIBRE FESTIVAL CREALIA 2011
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AGORA É TEMPO DE RECREAR A REALIDADE
Maus Hábitos, dia 16 de Setembro 22.00h convite à apresentação do Movimento Crealista por Luis de Miranda e Dorian Astor (Paris) O corpo do mundo capital humanista agoniza e precisa duma intervenção crealista. Pouco a pouco cresce por trás do crepúsculo, a consciência de que somos criadores de mundos. A arte de ser livre edifica-se e desregula os autómatos : conspiram os arquitectos do destino, os improvisadores de ligações, os autores de cosmopolíticas. O manifesto do crealismo é já contagioso em Paris, Reykjavik, Tunis, Kaliningrad, Istambul, Madrid... So faltava o Porto – até porque o fundador do movimento não nasceu longe. Os habitos são sempre maus. A vida não é cruel. É creal. |
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La foi créaliste soulève des montagnes de réalité

Maurizio Cattelan, "A perfect day"
Vous n'avez plus foi en la réalité car vous avez laissé à d'autres humains le soin de la constituer. Vous n'avez plus foi en la réalité car vous croyez qu'elle est simplement le fait d'une moyenne, d'un compromis. Or la réalité est un grand écart entre deux versants de la montagne : le pouvoir et le Créel.
Souffrir de la réalité n’est pas négatif, car c’est poser qu’elle existe et que dès lors une réalité autre peut aussi exister. Le monde devient tantôt ce qu’un superjet admire, pourvu qu’il répète activement la ferveur qui le lie à cette admiration, tantôt ce que des sujets reproduisent par dépit.
Luis de Miranda
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09.09.2011
MANIFESTO DO CREALISMO
MANIFESTO DO CREALISMO
Oito pontos para um contínuo início

1) No coração do real age uma criação contínua, material e espiritual. “O mundo é/deve ser a minha criação”, é a ética diferencial do sujeito enquanto indivíduo singular. Verdade cujo acontecimento inter-relacional continua a ocorrer aqui e ali ao longo da História. Verdade muitas vezes esquecida diante das humilhações desencorajadoras do “mundo como está” e dos “humanos como são”. O crealismo não é um antropocentrismo que separa artificialmente uma natureza-objeto dum humano- mestre e possuidor. Há cumplicidades e afinidades ativas entre o cosmos e aquele que se tornou digno de o escutar e de o trabalhar.
2) O capitalismo altera o mundo e leva os humanos a querer alterar o seu corpo e a sua alma segundo modelos ansiógenos. O que é necessário alcançar (já tantos outros o clamaram melhor antes de mim), é uma alteridade diferencial atuante, uma ética apaixonada, politica, erótica, estética, cósmica, profissional feita de uma ascese aventurosa e de uma tentativa heróica de não monetizar com as suas extases. A posição contra o niilismo hipnagógico passa por esta exigência aparentemente megalomaníaca de descondicionamento progressivo, umapolítica po(i)ética que tenta restituir à imaginação desejosa, à ideação voluntária e de apoio de novas estruturas o devido reconhecimento em matéria de existência.
3) Sejamos claros, à escala individual, os resultados não são sempre espectaculares. O crealismo é uma autodisciplina por vezes ascética num mundo onde as cumplicidades duráveis são raras (o desejo competitivo colonizou todas as esferas, até mesmo onde por tradição menos o esperávamos), os obstáculos frios são frequentes (idiotice e indiferença) e os poços de melancolia são omnipresentes. Mas o crealismo é também uma extase sensível e mental, uma fonte e uma manifestação de alegria.
4) O crealismo coloca o primado da criatividade no centro do ser, e longe de estar destinado só às disciplinas artísticas, concerne a dinâmica que se propaga a territórios ativos, uma praxis sensível e coletiva da singularidade. Deste ponto de vista , o “Créel” é uma germinação imprevisível, um tecido vivo de interrelações com vocação não determinista, enquanto o Real é o seu “composto”, o seu enquadramento automatizado.
5) Para os que acreditam em “Deus”, o crealismo equivale a supor que Ele não está imobilizado para sempre. A sua identidade está em constante mudança à medida da sua co-criação através das suas criaturas. O universo é uma partitura musical em constante (re)composição ao longo da qual as improvisações são sempre possíveis. Somos todos mais ou menos divinos conforme as circunstâncias da nossa vida, ora quando ávidos sonâmbulos, ora quando atores e sensores do “Créel”. O acesso ao diálogo lúcido com as forças magnetizantes e amantes do mundo é mais fácil quando o sujeito goza de uma certa ascese antimimética e domina as suas pulsões de consumismo e de regressão, a custo dum esforço de renúncia aos (des)prazeres pavlovianos. Nada fácil, porque o totalitarismo do consumismo e da degradação mobiliza-nos constantemente excitando os nossos neurones cansados das suas mensagens em aparência contraditórias (falsa liberdade de escolha entre o higienismo e o grotesco).Todos os dias, o sistema capitalista gasta somas enormes para nos debilitar. Mas felizmente, mesmo os débeis são mentais.
6) Contra as castrações dos sinistros desprestigiadores do voar alto, contra a colonização da intimidade da parte dos imperativos publicitários hipócritas, os “crealistas” foram sempre relativos sacrificadores do conforto standard (um certo luxo é-lhes no entanto essencial). Foram sempre filtros do ser, alto faladores, refinadores do caos. Sigamos o exemplo deles, ou suportamos ainda e sempre as consequências esquizonevróticas dum mundo estagnado devido ao nosso abandono ou à nossa colaboração com a miséria mercantil, a morosa emulação simuladora, a submissão ao dinheiro que confundimos, como escrevia Marx, com outrem. Agir ou suportar a vergonha quotidiana que tentam nos infligir os soldados (mulheres e homens) da sociedade de classes. Tornar-se mago, pesquisador, das formas, das intensidades e das coincidências, em vez de aceitar a banalidade dos códigos duma época saturada de ecos sem saída.
7) Uma situação de efervescência amorosa, sincronicidades, um desejo de justiça que vai além das reivindicações salariais, um belo duelo sem hipocrisias entre adversários nobres. Tudo menos a pusilanimidade dos impulsos atrofiados, o embrutecimento dos estímulos e a idiotice esfomeada, lamechas, trocista, fatalista. A História é triste? Deleuze dizia: “A história designa somente o conjunto de condições por mais recentes que sejam, das quais nos afastamos para desenvolver, isto é para criar algo de novo”.
8) O crealismo é uma política do “Real” enquanto co-criação em desenvolvimento, onde o sujeito coerente-ativo ocupa uma posição co-central com o harmónio cósmico, onde a imaginação, a paixão, a vontade, a arte, o desejo, o amor, redefinem continuamente, no presente e em ato, as condições de possibilidade de uma vida desalienada, de uma existência libre.
Luis de Miranda, 2007.
_____________
O movimento “crealista” foi fundado por Luis de Miranda, escritor e filósofo, autor dos ensaios “Ego Trip, la société des artistes sans oeuvre, 2003”; “Une vie nouvelle est-elle possible? Deleuze et les lignes, 2009”; “Peut-on jouir du capitalisme?, 2009”; “L’Art d’êtres libres , au temps des automates,2010”. E, entre outros dos romances “Joie, 1997” ; “À vide,2001” ; “ Moment magnétique de l’aimant, 2002” ; “Paridaiza, 2008” , “Qui a tué le poète?,2011”.
O manifesto do crealismo foi escrito em 14/12/2007.
A associação “crealista” ou “CRÉEL” (Centre de recherche pour l’émergence d’une existance libre) foi fundada em 11 de junho de 2009 para aproximar os “crealistas” do mundo e construir um corpo teórico e vivo.
Ser “crealista” ? “Interrogarmo-nos sobre as evoluções da nossa sociedade em vez de só nos ocuparmos com os problemas do dia-a-dia, ou de sermos os espetadores-consumidores do mundo como está, os papagaios falsamente emotivos dos clichés ou das convenções”; “A nossa capacidade em favorecer o aparecimento de espaços libertadores de harmonia, de beleza, de amor, de aventura, de improvisação e de inovação”; “Ser-se o próprio génio” ; “A questão não é só sabermos o que podemos criar, mas ao mesmo tempo interrogarmo-nos sempre sobre o que desejamos criar”.Génio “crealista”: o de uma alma que não se contenta em pensar o mundo como ecrã, mas que reconstrói sem interrupção o real a partir de ideias ajustadas ao seu mais profundo desejo”.
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05.09.2011
LIFE IS CREAL
by Luis de Miranda

“Creal”: even if you can quickly see that this neologism is composed of the words create and real, it may, in several languages, almost sound like cruel. Let us then start, in order to reach a definition of what I call creal, with an erroneous expression of the everyday language: “Life is cruel.”
Why is this statement false?
Some have undergone events that seem to indicate that life is violent upon them: death of a relative, illness, loneliness, an accident. But this violence is not voluntary. It is in the best of cases an indifference of the vital flow to the balance of the individual. If life ought to be considered as cruel, it would have to be guided by the intention to harm a person: that would give life a human psychology, and even “too human” since it would be the point of view of the victim. The ever-creative chaosmos that we call life is not cruel: it animates us from within, propelling our impulses, sometimes strengthens us, sometimes weakens us. I call this chaosmos the Creal. Life is a pure creative burst, constant germination of possibilities and impossibilities. Henri Bergson speaks of a “huge efflorescence of unpredictable novelty.” Alfred North Whitehead wrote: “Creativity is the universal of universals characterizing the ultimate fact.”
Therefore life is not cruel, but creal.
Of course, one can say that a determined society is unfair, that it encourages violent stupidity, the spirit of resentment and revenge. But a society or a State is not life, it is a given form, a configuration of life, a possibility and a moment of organization among others. Societies must to some extent go against the flourishing vitality and more or less restrain the enjoyment (jouissance in French) of the inner explosion that unbalances the worlds and tends to disintegrate the individual. Here we foresee how creal and human integrity may be opposed, but we will see that it is a fertile dialectic in the Hegelian sense: a tension of opposing forces which requires temporary victories of one or the other. The integrity of the individual is the victory of unity over multiplicity. But the integrity of life is the victory of multiplicity over oneness.
This constant vital explosion that we call the Creal is sensitive rather than abstract. But it remains largely hidden, invisible, virtual, because every human epoch only actualizes, realizes, materializes a small part of the creal. Life is always larger and richer than what we perceive.
If the concept of creal is a novelty, what it means can of course be related to a long philosophical tradition. The Chinese have been speaking for twenty-three centuries of “tao”. Hindus make use of the word “brahman”. The Greeks (and later Nietzsche) spoke of “chaos”. In the Middle Ages, the holy lifeblood was named “grail”. Later, Schopenhauer has used the word “will”, Heidegger “be”, and before him Hegel saw at the source of the life process, the becoming aware of a total “Spirit”. Bergson prefers the word “duration” and Whitehead “process”. All these proto-crealist ideas are opposed to the creationist idea of a single distant fiat lux, a paternalistic and anthropocentric god, who created the world once and for all and then rested, not without showing His occasional bad mood or pervasive love.
In the first paragraph of the crealist manifesto, released in 2007, the following formula is central: “The world is / has to be my creation.” Since this sentence is given to the appropriation of all and has an ethical twist, it is not a solipsistic formula, an egotistical statement, or only a pragmatic program for a personal power. It is a (cosmo) political imperative, the dynamic formula of societal action.
A world is not the Creal, it is a society, a systematic shaping of the chaosmos, a structuring of life among others, a "creorder", as political economists Nitzan and Bichler define it. Therefore, there are several possible worlds, as Leibniz pointed. In the sentence “The world is / has to be my creation”, it is a citizen « I » that is talking here, and it is the expression of our Zeitgeist: more and more subjects become conscient of this will to be, at least in part, the author of our environment. The crealist formula that reality must be my creation is similar to the sociological category of empowerment: the subject ceases to adapt at any price to an existing reality seen as an analogy of truth ; he reclaims, slowly, not without difficulties and wanderings, the productive forces of reality, so that tomorrow the reality is more faithful to the integrity of its aspirations. This crealist awareness and willingness are now universal, and not just the prerogative of a ruling elite that imposes its values on an automatic majority.
“The world is / has to be my creation”: could we not find that this requirement contradicts the notion of creal? Is it life that creates or man? This issue carries a dual error if it separates human from life: humans are one of the manifestations of the Creal. They are, among the creal, the place that has a passion for order, probably because they are the animal that is most sensitive to chaos, the open animal, the animal of extremes. When I create, it is life in me that creates: the less I act, the more I am creal. In a sense, one could say that when a human being puts his/her will in parentheses, he/she is the most creative: here is the main finding of the Surrealists. When I organize it is also Life that organizes, but it is not the same moment of life that springs, fuses, explodes and on the other hand that orders, names, codifies. We have to understand the dialectical, dynamic, bipolarity of the Creal: life in its totality is pure orgasmic and disparate explosion, but in some of its parts it is ordered.
How is this possible?
Whitehead coined a happy neologism: rather than subject, he prefers to speak of “superject”. Imagine the vital explosion: there is no reason why it should be homogenous. It is more likely that some of its branches, some of its projections, have more dynamic power than others, at least temporarily. Some power lines - the “lines of flight” according to Gilles Deleuze - some power jets are more powerful and attract elements of their local area, according to a law of attraction which may be due to the density of energy or the speed of propulsion. I am not a physicist and would not attempt the naive operation to validate my intuitions by seeking legitimacy in the so-called hard sciences. The hard sciences, with a crealist view, constitute the world according to their digital axioms; the results that sciences find tend to reflect their postulates and the subject / object distinction (although quantum physics is known to have shaken this dichotomy and made things more “complex”). Let us remember this: the Creal is incoherent because its blooming has no reason to be homogeneous. Order, always local and temporarily built, is the effect of the subordination of minor subjects to a dominant superject. The superject has a stronger creal energy and therefore a greater ability to influence. Note that the superject is not necessarily a person of flesh and bones - it might be an idea, a group, a situation: “Each occasion expresses his creative impulse coefficient in proportion to its coefficient of subjective intensity”, writes Whitehead.
But how to define this subjectivity?
Through the concept of integrity, which is both an affirmation and a negation. The more the local superject absorbs and attracts less dynamic elements of the Creal, the more it feels distinct and aspires to become one. But he cannot persevere in his being without building walls to refrein its inevitable dissolution in the Creal. The Superject is therefore in this dual situation in which it absorbs the heterogeneous while aspiring to the uniform. No doubt this approach is not yet clear: it is the whole purpose of these lines to unfold these intuitions.
What I have written might appear as a legitimation of vital power against the social order. If the dominative virtue of some is a stream of life, if some dominate because they are more driven by the power of creal, isn't this a return to innatism, a way to exonerate the ascendancies, the hegemonies, of any kind of guilt? Is it not a return to the Nietzschean superiority, the legitimation of those who just don’t need to want power because they are intrinsically power carriers? Let’s say first that I do not justify anything: I try to watch impartially. Let’s then say that power is distributive, and it flows: it is not given once and for all. A major superject can suddenly lose its kinetic energy, while a minor subject can draw from the influence of a superject the material to be transmuted into a superject. There are parasites that can suck more blood than they seemed to contain. Note that from the point of view of life, every individual is a parasite.
Crealism says movement and creativity are given first, a sensitive and ontological primum mobile. To the “everything flows” of Heraclitus, we prefer “everything explodes”. To speak as psychoanalysts, if we do nothing, it creates. The unconscious is everything, knows everything, since it creates everything. Becoming a coherent individual is not affirming everything, because life takes on a constant and always repeated affirmation. Becoming one supposes to deny everything that does not strengthen us in the long term. To persevere in its being and build the society that it deserves, the superjects must fight against the disparate explosion that swallows them from inside, by sorting, by separating, purifying, pruning, by building walls against dissolution. This discipline allows the crealist subject to gradually attract more of that which increases its power and be more incorruptible to what undermines its balance. Ultimately, it is always the Creal which triumphs, and superjects burst and scatter: integrity disappears. But it was good while it lasted.
There is, in Jacques Lacan’s work, a key sentence that says: “The only chance of the existence of God is that He enjoys (jouisse), that He is the enjoyment (jouissance).” The Creal, as the vital absolute, as the immanent and metamorphic fabric of the pluriverse, is pure orgasmic enjoyment. Each part of the Creal is desire for enjoyment. These truths will only shock hypocrites or cowards: they are sensitive and each of us has experienced it. Certainly, more chaste philosophies were once in vogue. We understand that a puritan Kant preferred to prohibit the knowledge of the absolute rather than saying that It was pure orgasmic enjoyment. The assertion would no doubt have saddened, in the eighteenth century, the Prussian town of Königsberg.
But if life is pure jouissance in its entirety, and desire for jouissance in its parts, how can we explain the formation of zones of order?
Why hasn’t the orgasmic chaos remained a pure chaos? How is it that some places in life, and not just human place, show signs of organization?
The answer lies in front of our eyes, and is relatively simple. That is what distinguishes, in psychoanalytical terminology, the principle of pleasure from jouissance. When the superject joins the orgasmic enjoyment by responding eagerly to the call of the absolute, it dissolves as an individual, it renounces to his consistency, his integrity. Any organization is itself a bulwark against the voracity of life. Beavers build dams, termites castles of earth, the human imagine social codes, all to avoid that the power of creal should dissolve the power of local superjects. In other words, to answer the question of Spinoza - what can a body? -, a body can either be dissolved in the Creal, and then it disappears as an individual and melts into jouissance, or it can delay the dissolution by building, ordering, agencing in order to strengthen its individuality.
But how could a barrier to the global orgasmic enjoyment have risen from the Creal?
The answer is logical: if we have a disparate explosion we must, at least logically, recognize the idea of unity, even if this total unity of the chaosmos never takes place. The unity of life is the logical shadow drawn by the becoming multiple of the creal. And what is logical is as much real as what is physical.
The individuality is that part of the global energy that wishes to persevere in its being as it folds its environment to its density, as a “strange attractor”. Cosmic cogito: where a part of the all delays its dissolution, we have the formation of a subject, of an I. As soon as this I becomes conscious of itself as resistance to burst and will to consistency, it will be as aware of his thrive to jouissance, that is to say, its inclination to join the creal. This is what Deleuze, inspired by a short-story by the writer Fitzgerald, called “the crack-up” (fêlure in French). The I or ego translates locally the universal schize of life, which is both disparate unceasing explosion, that is to say pure immanent multiplicity, and, logically, unity. Oneness is spiritually generated by the immanent radicalism of multiplicity. The higher the multiple is multiple, the more it will suck, like a flip side, the idea of One rather than nothing. Let us say, by the way, that the Nihilists are superjects whose little vital force make less aware of the fullness of the Creal. Therefore, where the invisible is saturated with possibilities and infra-organic vortex, they see empty holes. We all are, more or less, nihilistic in our everyday life.
But why the ego that discovers itself as an ego would want to develop? Once again, it’s energetical. I is at first a superject energy and then, as it feels its power of attraction, becomes a dike against dissolution. Yet the effect of a dam is that it increases the pressure force of the water that exerts its pressure on it. As the dam of the ego is sensitive, it feeds on the increase of this vital pressure that is the effect of a willful obstruction or a channelling.
Moreover, from the moment where the logic shade of the unity of creal is drawn, life knows the idea of unity, and therefore, the more the Creal will be multiple, that is to say, the more it will produce realities and virtualities, the more the idea of unity will include a strong creality. And the more an idea encompasses a broad reality, the more it is desirable. The schism of I is the microcosm of the schism of the Creal: it is simply life within me that aspires to unity, while still bursting out. Individuals are the runts of the unity shadow produced by the becoming multiple of life.
But then, will you ask, is the creal schizophrenic? If it is enjoying its pure explosion, why does it have a desire for unity? Because, as we already said, unity is supremely what life will never reach. Precisely because the creal will never be one, joined, united, homogenous, balanced, the idea of unity will always be its greatest ideal. Same for the individual microcosm.
Let us repeat. The desire for unity is the logical antithetical production of life process. Physically, materially, immanently, the creal becomes everything and enjoys it. But this dispersion creates a shadow in the background, a hollow aspiration, the idea of unity. Thus was the spirit born. The mind is the shadow of life, its logical hollow production, the idea of unity that, by antithesis, the constant explosion generates. To speak logically of multiplicity, we must conceive oneness. Therefore, any individual, all I is conscious, aware of the integrity that the sensitive becoming lacks. What one believes is one’s flesh, one’s desire, one’s sensitivity is only the movement of the creal burst within. Logical integrity is the supreme creation of life. It is what life wants the most because it is what it can never reach, or only locally, in an individual or an organized system of individuals or superjects. This is why the creal “loves” and promotes certain individuals, based on their integrity. The coherent individual (the non-divided one, the non schizonevrotic self) will incorporate the love of life. He or she is the child of creal.
Do the preceding lines announce the reign of the most powerful, the highest superject? Now we can offer a better answer. It is not enough to be an enjoying animal, driven by the vital disorganized flow. A really powerful individual will build up its integrity, thereby partly separating from the burst of life to appear as a consciousness in the eyes of the creal, representing therefore a local image of what life desires ultimately, which is to be one. Nobody is completely one and coherent, but some are “oner” than others. Let us stance that the most coherent superjects may appear, from a physical point of view, as less alive than those who live by the outburst. But from a total point of view, that is to say logical and lively, they are the summit of life.
Eventually, life is certainly a game that nobody wins or loses, since the person is within it only a resistance, the I a limitation. Those dividuals that, in a society become powerful based on automatic criteria, thieves, violent, unscrupulous cheaters, eating all the racks, are people without conscience and without personal psychic unity. They do not know who they are. The more they scatter after jouissance, the more they lose their individuality, and gradually they fail even to enjoy themselves. The illusion that the sensual enjoyment is the location of the expression of the conscience of the individual, is the lure by which life dissolves the strength of personality that slows its explosion. Sometimes, of course, life hates what it admires. Call it envy. Those spoke Nietzsche: “Let’s ged rid of the representative meals upon which men feed !”
In other words, more prosaic, a boss that enslaves his employees, a Mafioso who pays the woman who sleeps in his bed, those who accept such payments, and most mimetical consumers of fun are, in terms of human consciousness, an embryonic whirlwind, an illogical pruritus, they are life without its spirit. Beings without integrity are puppets without value other than accidental, they are particles of the life orgasm, unable of consistency and therefore unreliable, monsters without taste, without finesse, without liability, changing identity literally every day and even hour by hour. They will feel a part of the creal that goes through them, but they will end as they lived: foreign to themselves, enslaved to the representations of the time, tired before the hour, emptied or smiling like robots. Ghosts. We meet here the psychoanalytic theory of sublimation: that to which I renounce in the name of my spiritual unity makes me durably stronger by edifying me, building me up. Of course, probably no one has or will ever be totally one. This is why integrity starts with the constant effort to be one. Master Eckhart said, in the 14th century, that love makes us become what we love. Love of oneness makes us one.
Of course, the typical person is never quite a pawn. He or she are crossed by bursts of creal that make them either joyful or anxious. Lacan said that the moment of anxiety is valuable because it reminds us of ourselves at this point of conjunction between our integrity and the absolute. To partly escape the fatalistic social codes that compels us, it is necessary to practice a crealist discipline, which is not far from that of a conscious dreamer or an subconscious forger: the world around me can take all possible forms and apparent shapes are the result of a modifiable social production. The world is what we repeat.
What does that formula mean? To understand it, we must agree on some definitions. World means a constructed space - a “nexus” in the terminology of Whitehead - that is to say a set of actualisations knotted together to form a shared territory, and a bulwark against the explosive becoming. For example, the language is a world, as well as the traffic rules. The realistic prejudice, stimulated by the need for safety, imposes that there is only one world on earth, roughly consistent: today it is the system which we would call capitalhumanist. This dominant system is meant to allow a majority of people to cross their biography by avoiding the terror of creal, that is to say that fear which can be created by the idea that everything is metamorphic and bursting. Capitalhumanism is a system where even the sufferings are explained in terms of capital and humanism: perpetrators and victims are identified, and money or “human weaknesses” function as a reassuring fetish, a key to universal understanding. Many people prefer to suffer in a shared and familiar repository rather than venturing into their own construction and perception of the creal, which is always the result of a slow authorization, a becoming author of one’s existence.
In sociology, the theorem attributed to sociologist William Isaac Thomas says: “If humans define a situation as real, it will become real in its consequences”. This means that reality is not true in itself, but conventional and constructed, like the beavers build their dams and lodges to design a habitable space. Reality is the result of an agreement among an infinite number of possible interpretations and configurations. If we all agree that capitalism is the least bad system, all our actions will converge in this direction: some rites of passage will be repeated, like considering money as the universal means of exchange. Thus Marx wrote: “Money, which has the quality to be able to own anything, is eminently the object of possession. The universality of its quality is all-powerful, and it is considered as a being whose power is limitless. Money is the intermediary between the need and the object, between life and livelihood. But what mediates my life also mediates the existence of others for me. For me, money is the other.” Every time we exchange money and that we accept the money as a form of universal mediation, we commit an act of faith that creates the world of tomorrow. The process will be the same for the so-called human nature. There is no such thing as eternal human qualities, good or bad, but the more we call for them, the more they persist.
To understand Thomas’s theorem, we can say that habits have an entropy. This is what is commonly referref to as the force of circumstances. At the scale of human society, a new convention always takes place in a system of conventions that precedes it. If the new agreement is too far from the base application, it will be difficult to generate reality. This is why social creativity is a slow and viscous process, far more than individual creativity. Therefore, for the Thomas's theorem to be more in line with experience, it should be rephrase as follows: “If humans define a situation as real, and that this definition is not too deviated from the definition previously accepted by most in a similar situation, it can more quickly become real in its consequences.” The force of habit is more powerful than the agreement, albeit with a lobby of financial means to ensure its propaganda. If an economic consortium wants us to adopt the internal use of an electronic chip, we are so little accustomed to let hard technology penetrate our body that we can expect resistance without the need a strong political consciousness. However, if the chip is dissolved in liquid nanotechnology, with an activity supposedly limited in time, like a drug or food, we would hesitate less to give it to our children if they venture alone in a potentially dangerous area or to swallow it ourselves if we go climb a desert mountain, so as to be found in case of accident. Detectable man is already the present of capitalhumanism.
How can a crealist be the author of its own territory (auctor in latin, the one who increases)? By repeating his creed of personal integrity, at any risk. Imagine someone who is unhappy in his current job as an agricultural engineer, and imagine that, through the revelation of an experience, he or she understands that he has a passion for flowers. Imagine also that where this individual lives, the florist business is affected by a high unemployment rate. His first trend, fatalistic, will be to say that apart from buying or contemplating flowers, any stronger action, like quitting a boring job, would be suicidal. But if this mind repeats with faith, admiration and desire, at every moment of the day, the following formula: “Flowers are my life”, then he or she will gradually become a magnet for micro-events that abound in the direction of the flower passion integrity. If this person is patient and organized, it is likely that gradually the conditions for him or her to live according to the love for flowers will be put in place, perhaps in an unexpected manner. For we have seen, life loves those who aspire body and soul to a unity. This mode of operation is more akin to the maturation of plants, fruit growth rather than consumption. If it is really my destiny to be a florist or a botanist or become in one way or another, a human-flower, my subconscious will know how to do it as long as my lack of conscience and concentration does not interfere too much, by precipitation or cowardice. Paradoxically, the aware repetition of what I call a “creaxis”, an integration formula (“Flowers are my existence” is a possible creaxis) will be useful to paralyze the disorganized will and channel the subconscious into a territorialization. In this sense, Lacan could say: “Never give up on your desire”.
In this sense, a crealist is a hero. To become a person of integrity, he must indeed risk his comfort. To fulfill his destiny, he must be prepared to lose everything except his ideal of individual unity and style. An integrity that is a powerful self-integration, a conquering humility, an equilibrium between the respect for life as creal and the supreme idea of unity.
Luis de Miranda
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25.08.2011
Quand les hommes perçoivent une situation comme réelle, celle-ci est réelle dans ses conséquences
PAR MATTHIEU OLLAGNON

Une pensée fameuse en sociologie est celle du théorème de Thomas, un sociologue américain, qui est au premier abord tout simple puis, quand on en saisit les implications, nous entraîne très loin : « quand les hommes perçoivent une situation comme réelle, celle-ci est réelle dans ses conséquences ». Cette phrase est un des moments importants de la sociologie, lequel introduit la notion de définition de situation, ou plutôt la précise, dans la mesure où elle traversait déjà tout un courant de réflexion. A nous maintenant de la définir plus avant et d’en explorer brièvement les conséquences dans la construction de la paix.
Qu’est ce qu’une « définition de la situation » ? Pour expliquer ce concept, il faut passer par un problème qui est loin d’être exclusivement celui de la sociologie, et auquel d’autres traditions se sont aussi attaquées : celui de la réalité. Bien que celui-ci ait des implications philosophiques, nous sommes ici dans le cadre d’un problème bien concret. En effet, il existe une réalité bien « réelle » dans laquelle nous évoluons tous (idée que ne partage pas, au demeurant, certaines approches orientales) : jusqu’à preuve du contraire, la Terre existe, et quand vous saisissez votre bol de soupe, il est bien là. De même, quand des hommes se mettent ensemble pour réaliser une action, il se passe bien quelque chose : par exemple, quand on construit un barrage, il s’agit bien d’un processus d’empilement de matière à un endroit précis, qui bloque en amont un liquide.
Mais pourtant déjà dans cet exemple se trouve le nœud du problème de la définition de la situation : j’ai été incapable de vous décrire « objectivement » cette construction de barrage. J’ai employé par exemple la notion d’ « amont » pour me placer par rapport au sens de la rivière. Pourtant, l’eau qui court, sans doute, ne sait pas qu’elle a un amont. Et ce n’est là qu’un infime exemple de ce paradoxe : en continuant ainsi, nous y serions encore demain matin. Il s’est donc bien passé quelque chose sur la rivière, chose que nous appelons « barrage » et dont nous attendons un certain nombre de conséquences (électricité, régulation des flots et des crues, …).
C’est là l’important : il y a une réalité, mais nous recouvrons celle-ci de sens, à tel point que le sens que nous lui conférons est inextricable, pour nous, de la réalité réelle. Et ils sont tellement imbriqués l’un dans l’autre, le sens et le monde, que nous pouvons parler de monde mental. Et la découverte de celui-ci, qui est régulièrement faite par chacun au cours des siècles, fait quasiment figure de découverte du nouveau monde.
Ceci est lié au fait que nous médiatisons notre rapport au monde : d’abord par les cinq sens, puis aussi par la pensée et la reconstruction mentale. Nous contenons, en quelque sorte, notre monde dans notre tête. Qu’on l’appelle représentation sociale ou imaginaire, il s’agit du même processus, et celui-ci n’est pas à aller chercher seulement dans notre inconscient le plus profond, mais aussi et surtout dans notre quotidien. Quand je prend ma tasse à café, l’agrégat d’argile cuite qu’elle doit être prend place dans ma tête dans tout un processus mental : c’est fait pour contenir le café, donc je dois connaître le concept de café, puis je la lave quand le café est fini, donc je connais le concept de propreté.
Et ces concepts sont agissants, c’est à dire qu’ils ont des conséquences sur le monde réel : le fait par exemple, que j’ai intégré le concept de « propreté » ou de « café » (à savoir passer de l’eau chaude sur du café moulu), n’a aucun sens en soi. Cela ne plane pas dans les airs en dehors de moi, mais, au contraire, c’est un produit de mon monde mental, et celui ci a des conséquences sur le réel, puisque je moud des grains de café pour mettre de l’eau dessus. Le monde mental et le réel objectif sont donc ainsi intimement liés. Dans une situation donnée, nous définissons celle-ci, nous lui donnons un sens (y compris celui du non-sens), et ce sens est global. C’est en fonction de celui-ci que nous agissons. Si, quand j’ai devant moi du café moulu, et que ma définition de situation est que celui-ci est un poison, alors, je vais le jeter. Par contre, si cette situation me paraît bonne, elle me poussera à aller plus loin, à mettre de l’eau dessus et à en boire le produit. C’est ceci, une définition de la situation : un rapport étroit, intime, entre un monde mental et le réel, et surtout, un rapport « agissant ».
Il apparaît alors clair que la notion de définition de situation prend en sociologie une importance considérable du fait de ce qu’elle apporte de clarté sur les processus de l’esprit humain et sur ce qui guide l’action de l’homme. Notons au passage qu’elle n’apporte pas de réponse quand aux causes première de telle ou telle action, mais qu’elle fournit le cadre de recherche de ces causes (si tant est qu’il y aient des causes premières et uniques).
Plus encore, et c’est là le point important, les hommes peuvent partager une définition de la situation, et des travaux comme ceux d’E. Goffman ont montré les conséquences d’un tel partage, qui transcendent même les clivages sociaux ou culturels. En effet, quand des hommes s’unissent en ce que Goffman appelle des « équipes » autour d’une même définition de la situation, ces équipes ont une capacité de cohésion considérable. C’est une des conséquences majeures de la définition en commun d’une situation : cela unit, et plus encore, cela fait agir ensemble. Pour revenir à l’exemple du barrage du début, ceux qui le construisent, s’ils pensent ensemble qu’ils construisent un barrage, que ce projet est juste et qu’il en voient tous des conséquences similaires, c’est à dire, en un mot, s’il sont unis autour de cette définition de la situation et qu’ils se battent pour qu’elle soit encore plus fermement inscrite dans le réel et dans la tête de ceux qui ne font pas partie de l’équipe, et bien, il y aura fort à parier que, du contremaître à l’ouvrier, en passant par l’ingénieur, ces personnes seront unies bien au-delà des conflits normaux de travail : ils partagent une même réalité.
Quel est l’importance de cette définition et de ce qu’elle implique pour la construction de la paix ? Elle se situe tout d’abord au niveau de la compréhension des causes d’une guerre, et du processus qui mène au conflit : en intégrant cette notion, aucune cause, aucun processus n’est totalement étranger aux acteurs. On ne peut expliquer un conflit par des causes extérieures, purement structurelles et qui échappent aux hommes. Ce n’est pas parce que deux personnes ou deux groupes se retrouvent autour d’une unique ressource qu’il vont forcément se battre. De même, ce n’est pas parce qu’il y a une répartition inégale des richesses qu’un conflit civil est inévitable. C’est la manière dont les hommes définiront la situation, l’importance des diverses définition de situation et de équipes qu’elles génèrent qui déciderons de la guerre ou de la paix. La plupart des milices en situation de guerre civile communautaire l’ont bien compris : elles ne cessent d’abattre au vu de la carte d’identité, de séparer, de convaincre, au fond, toutes les populations, que la situation ne peut être envisagée que d’un point de vue communautaire. Elles cherchent, de ce fait, à imposer leur définition de la situation. De ce point de vue, la fameuse mission de « conscientisation des masses » dont on a un moment chargé les intellectuels (encore une définition de la situation : qu’est ce qu’un intellectuel, un extraterrestre ? ), et dont on a rebattu les oreilles de nos aînés, relevait, plus doucement, certes, du même processus.
Mais hors de ceci, l’apport majeur, donc du concept de définition de la situation, c’est qu’il fournit l’outil méthodologique pour appréhender plus complètement les enjeux d’une construction de la paix et, surtout, qu’il montre que rien n’est perdu. Il y aura toujours des ressources à se disputer avec les voisins, ou des inégalités sociales, et à cela, on ne pourra rien changer, ou alors il faudrait changer l’homme. Mais avoir ensemble une nouvelle définition de la situation est possible et la preuve même nous en est administrée par la construction européenne : voilà un continent qui s’est déchiré pendant des siècles, au nom de multiples bonnes et objectives raisons, et qui, en à peine cinquante années s’unit. Et ceci est passé par une modification de la définition de la situation : nos aînés ne verront et ne penseront jamais l’Europe comme nous la voyons et la pensons, parce que cette réalité, au-delà de son aspect technique, se construit surtout dans les esprits. Dans un monde dont le sens en soi nous échappe, nous nous battons souvent pour des absolus : le concept de définition de la situation fait partie des éléments qui permettent de penser que ces absolus ne sont rien en dehors de nous, ce qui ne les rends pas moins absolus, mais ne nous en rend plus esclaves, ni d’eux, ni des conflits qu’ils génèrent.
Matthieu Ollagnon, 2003
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24.08.2011
Le créalisme raconté à la radio islandaise
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06.08.2011
МАНИФЕСТ КРЕАЛИЗМА
Do you speak russian ? we need someone to improve this translation of the manifesto...
Parlez-vous russe ? Appel à russophone pour améliorer cette traduction du manifeste du créalisme par Masha Vasyukova...
More in russian about crealism here
МАНИФЕСТ КРЕАЛИЗМА
Восемь положений о бесконечном возрастании
1.В сердце реальности лежит бесконечное творение: материальное и духовное. Дифференцированная этика одиночных предметов заключается в положении - “Мир есть мое творение (Мир должен быть моим творением)”. Истина происходит между релативными событиями беспрерывно в контексте истории. Истина зачастую забывается при обескураживающем столкновении с “миром, таковым какой он есть” и “людьми, таковыми, какие они есть”. Креализм не являет собой антропоцентризм, искусственно разделяющий природу предмета от человека-субъекта от учителя и обладателя. Существуют действующие сложности и сходство между космологией хаоса и между созданиями готовыми стать достойными прислушаться к нему и заведывать им.
2.Капитализм изменяет мир и является движущей силой, сподвигающей человеческих существ меняться физически и духовно в соответствии с навязанными стандартами. То, на что он направлен (у многих удалось выразить это лучше меня), это дифференциальность и инакодейственность, любовная, политическая, эротическая, эстетическая, космическая, профессиональная этика созданная из авантюрного аскетизма и героической попытки не монитизации собственных экстазов. Восстание против гипнагогического нигилизма очевидно объясняется манией величия саморазрушительного характера, политическим поэзисом, щедрой мыслью, словом и усилием сотворения и поддержания новых экзистенциальных структур, пытающимся вернуть свое доброе имя жаждущиму этого воображению.
3. Конечно, в индивидуальном масштабе результаты не так часто можно назвать впечатляющими. Креализм является самостоятельной и порой аскетичной дисциплиной, в мире, где редки продолжительные сложности (жажда конкуренции колонизировала каждую сферу, в том числе и те сферы, которые традиционно меньше всего того ожидают), холодный расчет (тупость и безразличие) имеет место быть повсеместно - вот кладезь для вездесущей меланхолии. Креализм является экстазом разума и сознания, источником и манифестацией радости.
4. Креализм объявляет основу создания в сердце бытия, он далек от обращения лишь к творческим дисциплинам, он озабочен динамическим продлением живых территорий, коллективными практиками сингулярности. В этом смысле Креализм - это непредсказуемое цветение, ртутная ткань взаимоотношений, призванная не быть детерминированной, а Реальность - это лишь ее компост, ее обрамленная автоматизация.
5. Для тех, кто верит в “Бога”, Креализм предполагает, что “Он” не утвержден раз и на века. Его личность продолжает развиваться параллельно с процессом творения вместе с им же созданными созданиями. Вселенная - это саундтрек в непрерывной рекомпозиции, в процессе которой всегда возможна импровизация. Мы все в большей или меньшей степени божественны в зависимости от момента нашей жизни, порой мы непробудные сони, порой Креалистические актеры, а порой дарители чувств. Доступ к ясному диалогу с духовными силами мира проще, когда объект следует какому-то немиметическому аскетизму, овладевает контролем над своими регрессивными стремлениями к потреблению ценой признания Павловских (не)удовольствий. Все это не так просто, ведь тотальная грязь и безпрерывный консьюмеризм постоянно нас завлекают, возбуждая наши уставшие нейроны неодназначными посланиями (поддельная свобода выбора между гигиеной и грязью). Ежедневно капиталистическая система тратит огромные суммы на нашу дибилизацию. Но, к счастью, даже у идиотов есть мозг.
6. Креалисты всегда жертвовали стандартным комфортом (хотя порой им необходимо немного роскоши), вопреки кастрации презрительных недоброжелателей обрезающих всем подряд крылья, и колонизации личного пространства насаждающимся потоком рекламы. Они фильтровали естество, громко провозглашали хаос и перерабатывали его. Можем последовать их примеру или будем продолжать поддерживать мировых шизоневротиков и их маркетинговое мракобесие, будем поддерживать тупую эмуляцию, и продолжать отдаваться деньгам вперемежку, как говорил Маркс, с другими людьми. Из-за нашего безразличного отношения ко всему этому мир засосало в стагнацию. Будем действовать или претерпевать ежедневный стыд, что солдаты классового общества (мужчины и женщины) пытаются нам навязать.Так станем волшебниками и пророками форм, действия и совпадений, вместо того, чтобы принимать банальные коды эпохи тех, кто пребывает в полной жопе.
7. Совпадения, стремление к справедливости, вскипающее чувство любви - все это в контексте безвозмездности и прекрасного поединка между противниками лицемерия. Атрофированное малодушие, деградирующее раздражение и неуемный идиотизма - все это фатально. Печальна ли история? Делез говорит: “История всего лишь сумма уловий, от которых мы делаем ноги, чтобы создать нечто новое”.
8. Креализм - это политика Реальности как сотворения в процессе, в котром субъект активный и последовательный разделяет совместно с космической гармонией центральное место, в котором воображение, страсть, воля, искусство, желание, любовь непрерывно переосмысляются в настоящем времени и также в действиях, условия жизни свободной от всякого рода отчуждения- свободной жизни.
Remarques par Mary Kline
Article 1 :
Je crois qu'il existe une différence entre le Réel et реальность qu'on traduit toujours par la réalité mais je ne sais pas s'il existe un autre mot pour désigner le concept du Réel en philosophie est-ce que Реа́льный peut fonctionner comme un nom ou seulement comme un adjectif ? en anglais par exemple il fait les deux : real et the Real = le réel qui est un concept différent de la réalité, quelle est la différence entre Реальная действи́тельность et реальность ? Est ce que cela renverrait plus au réel ?
Petit doute :
Истина происходит между релативными событиями беспрерывно в контексте истории. Истина зачастую забывается при обескураживающем столкновении с “миром, таковым какой он есть” и “людьми, таковыми, какие они есть”. Креализм не являет собой антропоцентризм, искусственно разделяющий природу предмета от человека-субъекта от учителя и обладателя.
Sur ces deux phrases je ne sais pas à quoi renvoie Истина ? Dans la phrase française il n'y a pas de verbe alors qu'en russe j'ai l'impression (mais je peux me tromper) que ce qui est dit c'est que "la vérité (en général) se trouve, arrive ... " est ce que ça renvoie à la vérité en général ou à la vérité qui vient d'être énoncée c'est à dire la phrase d'avant ?
Article 2 :
Attention ! Je crois bien qu'il y a un gros contresens : deuxième phrase il est dit "То, на что он направлен" et cela fait donc référence à ce dont on parle dans la première phrase :"Капитализм" "он" renvoie bien, fait bien référence ici à "Капитализм" dans la traduction non ? Si c'est bien le cas il faut changer !!! Ce n'est pas du tout ça !
en français "Ce qu'il s'agit de viser c'est..." le "ce" à une valeur générale et ne renvoie à rien dont on parlait avant, l'implicite c'est qu'il ne faut pas avoir les objectifs qui sont les objectifs du capitalisme mais des objectifs créalistes qui sont décrits à partir de la seconde phrase, c'est ça qu'il s'agit de viser.
Article 4:
Je crois qu'il y a une petite différence de sens entre la phrase française et la phrase russe :
Le créalisme pose le primat de la créativité au coeur de l'être Креализм объявляет основу создания в сердце бытия
Pour moi en russe on pense que cela annonce quelque chose à venir, mais en français c'est légèrement différent "pose" c'est comme dans les démonstrations mathématiques, cela établit que ce qui est fondamental au coeur de l'être c'est la créativité
Article 6 :
J'enlèverais порой qui n'est pas dans le texte en français (je crois au contraire que ce luxe est всегда essentiel. :-)
Je ne comprends pas bien en russe "вопреки кастрации презрительных недоброжелателей обрезающих всем подряд крылья" j'ai l'impression, mais peut-être que je me trompe qu'il y a un problème avec крылья, je ne comprends pas bien le sens de la phrase en russe mais en français contempteurs d'envol ce sont des gens qui méprisent, qui dévalorisent le fait de vouloir "prendre son envol" c'est à dire comme les oiseaux qui progressent et deviennent autonomes en "déployant leurs ailes" c'est un essor de l'individu en quelque sorte, est-ce que c'est ce qui est dit en russe ?
Pourquoi ne pas remettre бытия pour l'être dans l'expression "des filtres de l'être" je crois que c'est plus approprié que естество non ?
Quelques petits problèmes pour l'article 7 :
синхронность (je ne sais pas dans quel contexte ça s'emploie mais cela ma paraît plus approprié que Совпадения parce que je crois que ce mot peut avoir une connotation de hasard qui n'est pas dans synchronicité en français, un mouvement synchrone indique un même mouvement, en rythme)
il y a un contresens je crois sur la deuxième phrase ce qui est dit en français c'est que le créalisme c'est "tout SAUF" " Все кроме или за исключением..." Je n'ai pas compris ça dans la traduction.
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16.07.2011
Créel
par Luis de Miranda

Une évocation du concept de Créel
Nous ouvrons les yeux, et contours, volumes, couleurs emplissent le puits de notre vision. Nous fermons les yeux, et les sonorités traversent un halo de nuages – nous entendons notre respiration. Notre sommeil se distingue de la veille à la qualité et diversité des détails qui semblent se donner, de l’extérieur, à notre perception. L’ouverture froide, le rien à l’horizon, la transpercée des parfums, les sons étrangers à la narration, parasites, signalent a priori que l’environnement n’est pas onirique, où qu’il l’est sur un mode multi-joueurs. Le rêve est reçu comme métamorphique, attendu comme transformation des visions, hallucination en marche : en cela ce qui s’y manifeste n’est jamais qu’une impression menée à son plus ou moins grand pouvoir de conviction. La réalité, elle, est nominale : les étiquettes, les signifiants, le langage sans cesse figent les variations, immobilisent les sensations en nous répétant : « Ceci n’est pas toi ». Qui parle ici ?
Une gorge, comme un tronc dévidé. Un néant fertile. Rêver, c’est tomber dans la gorge sans limites, le trou noir du Créel, jaillissement jouissant de sa donation désirante.
Nous arpentons des rues vides, ou du moins par le passé nous avons tissé cette géographie solitaire, logogriphes étirés, biographèmes d’un jour, arpentages de traque, avec cette illusion de chercher l’autre du désir. Apesanteur : car la réalité est toujours une chute ou un équilibre. C’est ainsi qu’il faut lire le chapitre troisième de la Genèse biblique : l’arbre de la connaissance disjoint la sensation de la perception et le nu se voit nu, chose parmi les choses, objet d’un regard plutôt que moment d’un flux. L’arbre du centre du jardin est défendu car il est l’axe : manger une partie de l’axe éparpille le centre, relativise les points de vue, dégorge le merveilleux, et c’est la chute dans le règne temporel du bien et du mal comme objets du calcul. Convoi de la convoitise, déchéance représentative – et dès lors l’arbre de Vie est interdit, ou plutôt son accès est gardé par les chérubins et un glaive flamboyant et tournoyant. Qui saura se faire l’ami des anges semblables à des enfants et manier l’épée de passion pourra laisser couler dans ses veines, au creux de sa poitrine, la sève vitale.
La contagion des formes de vie s’opère par la sexualité et le langage, et dans les interstices que leur danse ou leur conflit entaillent, creusent dans le réel. L’individu en devenir aimerait parfois que celui-ci fût à sa disposition, ou espère un espace vital sans heurts, fait de respiration et de prises. Mais le solipsisme est sans cesse troué par la quotidienneté, ou alors il cherche à en ressentir la présence bénéfique lorsque l’ennui de n’être que soi transforme le verbe créateur en monologue circulaire et à peu près stérile. La volonté de se maintenir intègre – sans atteinte, entier, pur – est tantôt réactive, tantôt conquérante, mais dans les deux cas elle apparaît d'abord comme antisociale, puisqu’elle ne saurait se satisfaire des codes disponibles, qui impliquent le plus souvent une dimension morale. Tantôt les autres nous métabolisent, tantôt, ce qui est plus difficile et rare, nous participons de la reconfiguration de l’ADN sociétal ; alors on peut parler de créalisme.
Les systèmes biologiques, en tant qu’ils sont aussi des structures de valeurs plus ou moins implicites, se livrent à des luttes épuratrices ou souillantes, consolidantes ou disséminantes, ou certaines parties ne peuvent que mourir, par détachement de la structure, racornissement ou mue – ce qui une fois de plus évoque la question de l’axe, de l’attracteur directionnel autour duquel s’enroulerait le devenir individuel.
La pensée tente de se hausser au rang de la matière, d’en avoir l’intangibilité, de devenir hyperstructure. Une opacité à double tranchant, qui protège et isole, à moins qu’elle ne parvienne à se faire l’alliée de la joie. Ici le lecteur pourra mener en parallèle une consultation de L’Éthique de Spinoza. Ne serait-ce que pour apercevoir comment un corps peut être, trop souvent, l’éponge de passions en bémol, ou comment la joie accompagne l’idée que notre puissance d’agir s’accroît, comment nous tendons à imposer au monde notre constitution, notre désir, en confrontant notre ambition à l’idée que nous nous faisons du salut général. Pour Spinoza, « tous les affects se rapportent au Désir, à la Joie ou à la Tristesse »[1]. Par ailleurs, « un affect qui est une passion cesse d’être une passion dès que nous en formons une idée claire et distincte »[2]. Si nous considérons le Créel comme le lieu de la passion, alors l’esprit et ses ordinations procèdent d’un refroidissement, d’une relative mise à mort de la passion. En ce sens, l’esprit naît de l’ascèse de la passion : il est le joug, l’écluse, l’attelle, la digue. Ce qui ne doit pas nous faire haïr l’esprit, car sans lui nous ne pourrions habiter le monde. Que l’esprit soit fixateur et parfois tueur des flux, qu’il épure, cela doit plutôt nous faire accepter la mort, sans pour autant la hisser, dans notre considération à la hauteur de la Vie.
Je fais le pari que si la vérité du Créel se donne, ce ne peut être, pour l’essentiel, que par fulgurances, impressions fugaces, instants d’évidence ou de réminiscence. J’appelle ces instants des crealia, dans la mesure où notre perception, au contact de l’absolu, devient nécessairement en partie de même nature que cet absolu. Le Créel étant pur flux créatif immanent, ses épiphanies humaines seront mi-perceptives, mi-créatives : données à la conscience et produites par elle, en ce que la conscience n’est pas, a priori, séparée du Créel, dans une position de radicale extériorité. Disons pour l’instant que la conscience est un mode d’être du Créel, que l’esprit est, du flux vital métamorphique, le lieu qui délimite et ordonne. Pour Bergson, ainsi qu’il l’écrit dans L’évolution créatrice, c’est un rétrécissement, une contraction qui au sein de la durée créatrice manifeste l’esprit.
Créel, l’autre nom de la Vie, flux disparate, métamorphique, s’explosant en tous sens, aspirant à toutes les formes : une entité infinie et presque invisible aux mortels, une chair d’avant les corps, fusant de toutes parts. Une « dualectique » aussi : le magma vital, duel, est tantôt explosion anarchique, tantôt quête de direction.
Le Créel ne s’arrête à suivre des directions que temporairement, localement, car muer est sa tendance. En tant que devenir disparate global, il n’a d’autre axe que son élan métamorphique. Cette faim chaotique qu’a la Vie de se trouver une direction crée en certains de ses lieux, temporairement surabondants de puissance, des structures réelles, s’organisant autour d’un attracteur axial.
Le créalisme est la tentative de trouer les protocoles en y ouvrant les vannes de la Vie. Le Créel n’est pas un absolu inatteignable, une transcendance : il est l’immanence totale, un spatium métamorphique et sensible dont nous n’actualisons qu’une partie. Cette actualisation de réalités à lieu au sein même du Créel, par moments directionnels. Le devenir vital est désir en acte de tout créer, totalement, et localement, il est désirs de direction, axes énergétiques fonctionnant comme des attracteurs structurants, autour desquels s’enroulent, un temps, les phénomènes.
Le Créel est chair autant qu’idée. Il est, pour reprendre une expression deleuzienne, profondeur « enchantée miraculante »[3].
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[1] L’Ethique, Proposition 59, Partie III.
[2] Proposition 3, Partie V.
[3] « Divine est l’énergie qui parcourt le corps sans organes, quand il attire toute la production et lui sert de surface enchantée miraculante » : Deleuze et Guattari, L’Anti-Œdipe, chap. 1, Paris : Minuit, 1972, p.7.
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