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17/06/2010

Le principe de floraison - Manières végétales de faire des mondes

La plante décapitée

Par Thierry Marin

 

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S’il y a bien un impensé de la métaphysique, qui se signale à la fois par son rejet et son retour insistant, cette place semble bien plus occupée par le végétal que par l’animal. Si l’animal semble toujours rejeté loin de l’humanité, c’est parce qu’il n’aurait pas tout ce qui constitue un homme : la parole pour Aristote, l’intelligence pour Bergson, la possibilité de faire un monde pour Heidegger. Mais l’animal reste tout de même proche de l’homme, entrant au moins dans un couple d’opposition, l’homme est avec, et l’animal sans. Mais la plante, elle, n’entre même pas dans la paire d’une opposition, tant elle apparaît à l’homme comme l’hétérogène, le tiers élément hors-la-loi n’entrant pas dans la composition d’un couple (homme ou animal), d’un mixte (et homme et animal) ou d’un neutre (ni homme ni animal). Sa force d’inquiétude viendrait d’un de ses traits, relevé par Francis Ponge dans « L’Opinion changée quant aux fleurs » : « pas de tête ». Cette absence de tête inquiéterait la métaphysique comme discours de la maîtrise ou du chef gardé sur l’être. Cette décapitation fondamentale de la fleur, sa croissance par les deux bouts et les deux sexes et sa dissémination aux quatre vents feraient vaciller la métaphysique, soucieuse d’une essentielle polarisation de l’être sous un seul chef, d’une orientation fléchée vers un horizon téléologique et d’une maîtrise des filiations.

Mais cette force de la plante n’est pas condamnée à être simplement exclue par forclusion complète, elle est seulement refoulée, et fait donc retour de manière insistante. Le statut du végétal chez Hegel dans sa Philosophie de la nature est symptomatique par le paradoxe qu’il dessine : d’une part, Hegel nie l’évolution des espèces, et en particulier la métamorphose des plantes chère à Goethe, pour laisser au concept le monopole du développement, mais, d’autre part, la manière dont Hegel conçoit la dialectique de l’Idée ainsi que le développement du concept semble prédéterminée selon le schéma d'une métaphore privilégiée, qui n’est autre que celle de la croissance végétale, le développement qui mène de la graine à la plante, puis de la plante à la graine, selon un rythme ternaire qui enveloppe la dialectique. La plante, de moment enveloppé sous le chef du concept, semble devenir alors un schème enveloppant. Ce double mouvement d’encerclement encerclé du végétal se dessine aussi chez Bergson : dans le mouvement ascendant de l’élan vital, la plante est vite reléguée pour laisser la place au grand duo entre homme et animal, intelligence et instinct, mais rapidement elle cerne tout l’élan vital par la poussée d’un double schème végétal de pensée, le germe comme totalité originaire d’interpénétration réciproque des lignées à venir et la dynamique de l’élan vital comme gerbe se ramifiant à l’infini.

Ce double trait, d’une force de pensée de la plante et de son refoulement faisant retour comme un spectre, permettrait de penser une anthologie-hantologie dont Derrida a posé les premiers linéaments. L’humus sur lequel pousserait cette anthologie-hantologie serait à chercher du côté d’une certaine philosophie romantique de la Nature (Goethe, Schelling), mais surtout du côté des poètes et des écrivains, qui ont su faire une forme végétale de l’art, comme il y a une forme cristalline du fragment (juxtaposition de parties éclatant toute totalité) et une forme animale de la représentation organique (subordination des parties sous le chef d’une totalité). La dissémination anagrammatique dans Finnegans Wake de Joyce, le bourgeonnement du rythme dans les romans de Claude Simon, l’inachèvement du poème de Francis Ponge, et surtout le schème végétal du roman proustien esquisseront les bases d’une esthétique végétale. Nous montrerons en particulier comment Gilles Deleuze n’a cessé de pressentir cette forme végétale dans l’œuvre de Proust, sans jamais montrer comment et où elle fonctionnait, ou plutôt poussait : partout.

On pourrait alors interroger le « style » d’écriture des philosophes, et montrer en particulier comment le style si singulier de Derrida enfourche les poussées d’une forme végétale, où la dissémination et le double bind de l’érection lumineuse par les feuilles et de l’anthérection tellurique par les racines ne sont pas seulement des thèmes, mais également en abîme tout un style d’écriture anagrammatique des noms de la mère, du père et du fils, comme si on ne pouvait parler de la plante qu’à être emporté par ses poussées de dissémination, de métamorphose et de ramification. Le style d’écriture de Deleuze serait également écouté selon un schème ternaire végétal partout à l’œuvre, orienté par la force de ramification de la plante : position d’une différence de nature à la place des mixtes mal analysés (racines et pousses), degrés coexistants de la différence (le rhizome poussant par le milieu des racines et des pousses), et différenciation (la force de ramification folle de la plante).

Sur le sol de cette double interrogation philosophique et littéraire du végétal, nous voudrions alors proposer les bases pour une philosophie moderne de la Nature, centrée autour des nœuds suivants. D’abord, une reprise de la phusis aristotélicienne analysée par Heidegger, à partir du schème de la plante qui fait entendre différemment le double mouvement de déclosion et de reclosion, ainsi que la dynamique de la vrille, qui n’est pas simple retour circulaire sur soi-même, mais mobilité avec éclosion de nouveauté (croissance du végétal). Puis une relecture végétale de la notion de processualité chinoise par dynamique des polarités, chère à François Jullien, et un redéploiement de la poussée par le milieu, qui, par la conjonction des opposés qu’elle offre, permet de faire vaciller le principe de non-contradiction et offre une nouvelle entre-diction, propre à ouvrir des mondes. Enfin, seraient interrogées les implications d’une économie de la dissémination, lorsque les semences ne reviennent pas toujours à la tête des pères, et les intérêts au capital.

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10/06/2010

L'abandon de la pensée politique est une catastrophe

 

« Il faut participer pour sentir »

 

André Leroi-Gourhan

 

 

 

Demain, demain, demain! Nous sommes sans cesse intoxiqués par la logique promotionnelle nous sommant de croire en des lendemains (publicitaires) qui chantent. Injonctions agressives- derrière des oripeaux scintillants- nous désengageant du créel , de l'ici et du maintenant à fabriquer.

Le passé présenté comme dépassé, nous stagnons dans un maintenant perpétuel, fasciné par une représentation illusoire d'un avenir radieux.

Or, comme le disait déjà Felix Guattari au début des années 90:« tout devrait concourir à mobiliser les esprits, les sensibilités et les volontés. Au lieu de cela, l’accélération d’une histoire qui nous entraîne peut-être vers des abîmes, est masquée par l’imagerie sensationnaliste, et en réalité banalisante et infantilisante, que les médias nous confectionnent à partir de l’actualité.» (1)

 

« Nous », collectivité dans un monde commun à construite, devons absolument nous éveiller au présent. Ce « nous », éminemment problématique, doit être constitué dans cette problématicité même.

Nous éveiller au présent, cela n'équivaut pas à s'avachir dans un carpe diem , bien au contraire. Cela signifie critiquer virulemment le présentéisme béat, fasciné par un futur en kit, afin de construire un  à-venir décent et ce, dès aujourd'hui.

 

Critiquer, mais non pas Juger... Nous avons malheureusement abandonné ce premier mouvement, au nom de la nécessaire mise en question du second.  Critiquer veut pourtant dire analyser, décrire, distinguer, chercher, ausculter... pour sculpter les possibles à venir.

"Nous" avons renoncé à la critique, nous complaisant dans un "chacun son point de vue", un relativisme lénifiant, aboutissant in fine au conditionnement esthétique que l'on connaît, à une misère symbolique absolument cata-strophique. Ce dernier mot devant être compris en deux parties, renouant avec le sens grec de la cata-strophè, c'est-à-dire la transition vers quelque chose de radicalement Autre, une nouvelle époque du partage du sensible (2).

Un travail conséquent se révèle impérieux à cet égard, pour échapper au contrôle actuel du sensible - l’an-esthésie conduisant à une misère symbolique -,  pour redonner sa place à l’expérience esthétique, à l’émergence de singularités chez les individus, indispensables à la constitution d'êtres sociaux.

 

Une révolution est impérative, au sens où est révolue l’époque fondée sur le consumérisme et dans laquelle l’évolution du marketing et des médias a inéluctablement conduit à l’exploitation des pulsions des individus et des groupes. Il ne s’agit pas de se complaire dans le fatalisme ambiant, mais de se battre et de trouver de nouvelles armes dans la considération de  cette situation. Tout cela ne constitue pas une fatalité, et il est devenu évident aux yeux de tous qu’un sursaut, qui est la responsabilité de chacun, nécessite une réactivation du débat public et de l’initiative collective.(3)

Les artistes ont une responsabilité spécifique, dans ce contexte. Contexte marqué par un hiatus grandissant entre une hyper-diachronisation des figures de l’art dit contemporain, et une hyper-synchronisation des consommateurs.

 

 

La question esthétique est indissociable de la question politique, et inversement. Autant cette nouvelle donne à venir,  fournit un horizon appréciable, autant nous ne pouvons nous laisser subjuguer par elle, dans une entropie délétère. Il s'agit de lutter, en inventant résolument, et non pas simplement de « résister » (contre la « marchandisation de la culture par exemple), en ces temps de guerre esthétique pour le contrôle comportemental via le marketing pulsionnel, bras armé de la société de contrôle (4).

Les cris contre la marchandisation de la culture sont condamnés à se figer en slogans, lorsque le problème se révèle bien plus conséquent et complexe, c'est-à-dire auquel ne peut répondre aucun "si on faisait cela, alors...".

 

Cette question esthétique, nous avons en tout cas la responsabilité de la poser dans la situation tout à fait singulière qui est la nôtre « pour inviter le monde artistique à reprendre une compréhension politique de son rôle. L'abandon de la pensée politique par le monde de l'art est une catastrophe. Je ne veux évidemment pas dire que les artistes doivent "s'engager". Je veux dire que leur travail est originairement engagé dans la question de la sensibilité de l'autre. Or la question politique est essentiellement la question de la relation à l'autre dans un sentir ensemble, une sympathie en ce sens ».(5)

 

 

 

Nicolas Zurstrassen

 

 

 

(1) Editorial  « La question des questions » de F. Guattari, revue Chimères n°57. Ce texte a été bâti à partir de fragments issus du livre de Guattari Chaosmose, paru aux éditions Galilée.

(2) Expression issue de « Jacques Rancière, Le Partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, La Fabrique, 2000 ». Plus généralement, le travail de Rancière se révèle passionnant quant à ces problèmes d'intrications essentielles entre Esthétique et Politique, entre sensibilité et être-en-commun (...dans le dissensus!). Malheureusement, celui-ci ne prend pas assez en compte, à mon sens, les problématiques liées à la technicité.

(3) Extraits de l' «  Appel pour la création d'une branche d'Ars Industrialis à Bruxelles », que vous pourrez, sous peu, consulter sur le site de l'association: www.arsindustrialis.org et sur divers portails.

(4) Selon l 'expression se W. Burroughs, reprise par G. Deleuze dans le magnifique mais trop bref texte: Deleuze, "Post-scriptum sur les sociétés de contrôle", in L 'autre journal, n°1, mai 1990. Celui-ci fut réédité dans « Gilles Deleuze, Pourparlers, Paris, Minuit, 1990 »

(5) « De la misère symbolique » in Le Monde du 10.10.03. Pour d'extraordinaires déploiements de ces problématiques, lire « B. Stiegler, De la misère symbolique I et II, 2004-2005, Ed. Galilée »

07:11 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : stiegler, zurstrassen, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

09/06/2010

Sciences dyonisiaques (poème)

 

Sciences dyonisiaques

 

Héraclite

nous rejoint

dans le contemporain

le plus laborantin


Labor d'alégresse

schéma circulaire

vision unitaire

en-deçà

de çà+çà+çà+...

et de toute chose en soi

 

Nous ne rêvons plus de découper le monde

en petites unités discrètes

et bruyantes


(l'art du boucher est bien plus noble...

ou celui

du maçon

qui ne cherche plus

la brique fondamentale

de l'oikos)

 

Logique qui engendre

son contraire


Forces

enfantement doux

et violent


Dyonisos

 


Distinctions

poussées

et

penser

le commun (transnoïa)

ce qui relie

dans le séparé

 

Rien n'est sans

 

Rien n'est (en soi)

Mais co-naissant

Fils

de soie

 

Rien          ne signifie plus rien

isolément


Tout signifie

par la Terre

Les mondes



Nicolas Zurstrassen

20:45 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | |  Imprimer

07/06/2010

L'état des libertés en France

 

 

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Dominique Rousseau est professeur de droit public à l’université de Montpellier I, membre de l’institut universitaire de France et ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature.

Quel est selon vous l’état des libertés en France ?

En apparence, tout va bien. On peut manifester, acheter des journaux, aller et venir, … En réalité, force est de constater une régression générale des libertés publiques au profit d’une politique de sécurité. Cette régression est invisible, elle se fait par petites touches, loi par loi, un peu à la manière impressionniste : il faut prendre du recul pour apprécier le tableau.

Lorsque l’on compare un à un les articles de la Déclaration des droits de 1789 aux lois votées depuis 2002, force est de constater qu’il y a une régression. L’article 11, par exemple, pose le principe de la libre communication des pensées et des opinions. Pour lui donner plein effet une loi de 1986 avait retiré à l’exécutif le pouvoir de nommer le président de France-télévision et de Radio-France. Une loi de 2008 a redonné au président de la République le pouvoir de procéder à ces nominations. L’article 13 prévoit que l’impôt « doit être également réparti entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés contributives », c’est-à-dire, de leurs revenus. Aujourd’hui, avec le bouclier fiscal, les revenus modestes paient plus que les hauts revenus.

La comparaison peut se faire tout aussi bien avec le Préambule de la constitution de 1946, puisqu’il a valeur constitutionnelle. Article 5 : « chacun a le droit d’obtenir un emploi ». Est-ce qu’aujourd’hui les politiques menées par l’Etat permettent la satisfaction de ce droit ? On assiste à un démantèlement du droit du travail. Article 11 : « la Nation garantit à tous la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs » et pourtant la liste des médicaments non remboursables ne cesse d’augmenter,  on remet en cause la retraite à 60 ans qui est le seul patrimoine des salariés. Article 13 : « la Nation garantit l’égal accès à l’instruction » alors que le gouvernement supprime des postes d’enseignants et propose d’augmenter le nombre d’élèves par classe.

Et sur le plan pénal ?

Ce n’est plus une régression, c’est une véritable rupture. La loi sur la rétention de sûreté de février 2008 rompt avec la politique pénale humaniste puisqu’elle permet de maintenir enfermée une personne qui a terminé sa peine, au motif qu’elle est potentiellement dangereuse. Cette loi est contraire au principe de la présomption d’innocence ,énoncé à l’article 9 de la Déclaration de 1789 : elle repose sur la dangerosité potentielle d’une personne et non sur une culpabilité fondée sur des faits. Il y a encore une rupture dans la distinction du droit pénal des mineurs et les majeurs, que le gouvernement s’efforce de rapprocher depuis 2007, la jeunesse est vécue comme délinquante.

Et le projet de réforme de la procédure pénale ne favorise pas l’indépendance de l’autorité judiciaire. Au contraire, puisqu’il est proposé de transférer les pouvoirs d’enquête au parquet qui est dans une relation de subordination hiérarchique à l’égard de l’exécutif – comme l’a condamnée la Cour de Strasbourg – alors qu’ils sont aujourd’hui entre les mains d’un juge indépendant.

Tout cela crée, par petites touches, – la loi sur les bandes, les peines plancher, le bracelet électronique – une atmosphère beaucoup plus favorable à la peur, à l’insécurité, à la méfiance, et fait tache sur l’état des libertés.rousseau.1275839361.jpg

Pourriez-vous dater ces changements ?

Le basculement se fait je crois en 1997, au colloque de Villepinte, lorsque la gauche, pour des raisons électoralistes, se rallie à la conception de la droite en posant la sûreté comme la première des libertés. C’est une formule détestable, et une imposture : nous n’avons pas gagné en sécurité, mais nous avons perdu en liberté. Il faut revenir au principe démocratique : la liberté est la première des sécurités.

Le terrorisme a-t-il accéléré le recul des libertés ?

Le terrorisme a été un prétexte, apparemment de bon sens, pour restreindre les libertés. On le voit bien en Grande-Bretagne, où le nouveau gouvernement revient sur les lois sécuritaires votées par Tony Blair et Gordon Brown. L’explication doit plutôt être cherchée dans le « grand dérangement », selon l’expression du socilologue Georges Balandier, que connaissent les sociétés contemporaines. On passe d’une société à une autre, et les pouvoirs en place redoutent l’expression collective des libertés qui ferait les citoyens auteurs des nouvelles règles du vivre ensemble. D’où la répression de ceux qu’on appelle « les désobéissants » : les instituteurs qui refusent la base-élèves, les consommateurs qui inventent les systèmes d’échanges locaux (SEL), … Plutôt que de faire de la liberté une chance pour imaginer la société qui vient, le gouvernement, en mettant l’accent sur la peur, instille dans le corps social l’idée que la liberté est dangereuse.

La question prioritaire de constitutionnalité (QPC) n’est-elle cependant pas un progrès ?

qpc.1275840019.pngC’est le seul point sur lequel il y a une avancée. La garantie des droits, disait Montesquieu, repose à la fois sur un équilibre des pouvoirs et sur le droit au juge. L’équilibre des pouvoirs, on ne l’a pas malgré la révision de 2008 qui a consacré la primauté du bloc exécutif-majorité parlementaire. En revanche, avec la QPC, le justiciable a gagné un droit, celui de pouvoir soulever devant n’importe quel juge la question de la constitutionnalité de la loi qu’on veut lui appliquer. C’est une réforme capitale. Et le Conseil constitutionnel, malgré sa composition discutable, reste aujourd’hui l’institution qui permet que soient discutées les lois au regard des droits et libertés fondamentales. Ces droits, ceux de 1789, qui apparemment gênent. Lorsque le Conseil d’Etat dit que l’interdiction de la burqa n’a pas de fondements juridiques solides, le premier ministre répond, « je sais mais je vais prendre le risque de l’inconstitutionnalité ».

Il est toujours grave pour la démocratie que ses plus hauts représentants fragilisent ainsi le droit et les institutions qui le font vivre au temps présent. Car, dans nos sociétés sécularisées, si la régulation sociale ne se fait pas par le droit, elle se fera par le marché. D’où la responsabilité des clercs de dire haut et fort qu’il est important de respecter le droit comme code d’une construction démocratique de la volonté générale.

 

Interview réalisée par Franck Johannès, journaliste au Monde.

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03/06/2010

Le véritable ennemi, c'est l'esprit réduit à l'état de gramophone

 

« Le véritable ennemi, c'est l'esprit réduit à l'état de gramophone, et cela reste vrai, que l'on soit d'accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. »
Orwell

Date :
samedi 5 juin 2010
Heure :
16:00 - 17:00
Lieu :
Été du livre de Metz - Grenier de Chèvremont


Avec Luis de Miranda, auteur de L'ART D'ÊTRE LIBRES AU TEMPS DES AUTOMATES (Max Milo)

« Dans quelques années, les humains communiquerons plus efficacement à travers une machine plutôt que face à face ». C’est ainsi qu’en 1968 J.C.R. Licklider, ingénieur américain parmi les personnalités les plus influentes dans l’histoire de l’informatique, démarrait son article « L’ordinateur comme dispositif de communication » , dans lequel il avance de façon pionnière la notion d’interactivité, notion matrice des nouvelles formes de communication numérique. Quarante années plus tard, où en sommes-nous dans notre relation avec les ordinateurs ? Notre société, est-elle en train de devenir de plus en plus numérique ? Qu’en est-il de la prétendue symbiose entre l’homme et la machine ? A l’avancée des technologies numériques répond une surveillance générale qui s’accroît dangereusement. La loi LOPPSI - LOPSI version 2.0 - loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure - semble aller dans ce sens en autorisant l’introduction d’un cheval de Troie dans les computeurs, évidemment sans le consentement de l’intéressé, mais avec l’aval d’un juge. Partout donc, nos faits, paroles et gestes sont potentiellement sous le contrôle des machines numériques et autres outils médiatiques. Nous sommes bien loin de Leibniz et du langage binaire émancipateur dont il rêvait. Ce livre-enquête prend la mesure des cinquante dernières années de révolution informatique en proposant une archéologie des « nouveaux médias », depuis l’introduction en France des ordinateurs par IBM en 1955 jusqu’à l’avènement du « social network » de type Facebook. L’objectif est de comprendre dans quel monde nous vivrons au XXIème et quelles marges d’action et de création résistent et résisteront dans le futur à la dissémination du codage numérique.
L’auteur nous invite ainsi à lire le monde dans lequel nous vivons comme l’actualisation de seulement certaines de ses possibilités. Nous devons donc prendre conscience du pouvoir créateur et transformateur du monde qui veille en nous tous : il ne tient qu’à nous de faire affleurer d’autres mondes possibles. Les computeurs sont appréhendés ici comme les principaux complices de notre rationalité créative. La voie du changement pourrait être celle bâtie par une société future composée par des ordinateurs humains : littéralement des faiseurs d'ordres vivants, des programmateurs de protocoles libérés, plutôt que des consommateurs passifs.

12:00 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : créalisme, miranda, orwell, ordinateurs | |  Facebook | |  Imprimer