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22/02/2011

Les compositeurs de dimensions multiples

 

 

Je crois qu'il est beaucoup de cabris du verbe parmi nous, d'équilibristes du fil court, d'écarteleurs des logiques morbides, de danseurs des forêts, de nobles ascètes de l'honneur, de vaillants poètes de la jaillance, bref les musiciens se sont retrouvés et entretiennent l'harmonie, l'entente et les sursauts d'ivresse. Mais ce qui fait défaut, c'est davantage la planification des actes, l'architecture des envolées, la construction de réels dans la durée, le souffle des bâtisseurs d'espace social, la composition, l'orchestration. Les ménestrels persistent, mais il s'agit aussi d'échafauder des stratégies vitales collectives, architecturer des cathédrales communes, oeuvrer la charpente d'un édifice total et symphonique. Bref, cela bondit divinement, cela jongle, mais cela compose surtout de la musique de variétés, cela ne s'élabore jamais au-delà de quelques pages, minutes, oraisons. Diogène cherchait un homme. Nous cherchons, en Europe, des compositeurs de dimensions multiples. Là est la difficile éthique sonique, ascèse de l'ouïr, élaboration de la panharmonie, là est le plus grand défi pour la magie de l'agir.

 

Luis de Miranda

11:55 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | |  Imprimer

17/02/2011

Naissance du Surpoète

par Chloé Cloze

 

 

« Que ceux qui pensent, sans l’avouer, que la poésie est un travail de broderie pour eunuques écoutent les rumeurs de leur cerveau, le tambour de leur désir, les aspirations de leur ennui, qu’ils cessent de refouler leur révolte vis-à-vis des croassements de la laideur
ou du confort morbide. Qui a tué le poète ? »

Luis de Miranda, Qui a tué le poète ?, chap. 1.

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Le poète, d’après le sens commun, ce serait quelqu'un qui n'aurait pas les pieds sur terre, qui aurait la tête dans les nuages. Un peu de bon sens suffit pourtant à montrer qu’un poète est précisément tout le contraire, c'est-à-dire quelqu'un dont les pieds sont plutôt bien posées sur le sol, un être qui a le sens de l’encre, le sens des racines, et qui comme tout le monde, peut-être plus que tout le monde, a la tête sur les épaules.


Mais, les aspirants à la présence étant minoritaires, il n'est pas étonnant que les poètes soient perçus par les abonnés absents comme des rêveurs , pour ne pas dire comme des êtres un peu à côté de la plaque. « Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n’être pas fou. » dit Pascal.


Le poème est porté par celui qui se sait porté par la seule terre possible : la terre réelle. Accepter d'être porté c'est aussi accepter d’être ravi, envahi, enchanté par l’ordre de l’Ordinaire. Lorsque l'on dit du poète qu'il n'a pas les pieds sur terre ou qu'il a la tête dans les nuages, on confond en fait deux choses : l’éveil avec son contraire, c’est-à-dire la plongée dans le sommeil. Sont confondus éveil et rêve ; vision (« je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant », écrit Rimbaud) et hallucination (fantasme, divagation, fantaisie...) ; absorption (recueillement, émerveillement, étonnement, inspiration, célébration, chant, etc.) et fuite ; immersion et noyade.


En réalité, le poète veille plus qu’il ne dort, voit plus qu’il ne rêve. D’apparence peut-être semblable les deux phénomènes ont pourtant un contenu et une portée radicalement différente. Rêverie et éveil plutôt que rêve et sommeil, dirait peut-être Gaston Bachelard. Le mot a-letheia, habituellement traduit par vérité et réalité, signifie littéralement sortie de l’oubli , du sommeil, c’est-à-dire éveil, dévoilement (Heidegger). Le poème réveille, dévoile, met à nu. Car le poème que porte le poète ne peut manquer de l'emporter, d'anéantir tout ce qui n'est pas le poème. C'est à travers les mots, air modulé en sons, le rythme et les images, que le poète se laisse toucher par la réalité du monde.
Habiter en poète est un exercice d'équilibre, où l’on est tout autant habitant qu’habité. Plutôt qu’une fuite ou une évasion la poésie est plutôt l’art de poser un peu plus les pieds sur terre, autrement dit un exercice d’atterrissage. Autrement dit : rien de mieux que l’humus pour s’élever en humanité.

Le poète est hanté par l’anté-prédicatif. Et c’est à même la langue qu’il conjure cette hantise.  Pour laisser transparaitre des lueurs de cette « intuition originaire » comme dit Husserl, pour donner à entendre, à voir l’apparessence, le poète n’hésite pas à se faire Surpoète, à sacrifier ses doublures, ses doublons, à remplacer les fictions mortes par des surfictions.


« Qui a tué le poète ? ». Lui-même.


Sur l’autel mouvant du Créel le Surpoète sacrifie « ses ailes de géants », il sacrifie le poète : ses désirs, ses réalités, ses conceptions, ses points de vues, ses perspectives, sa nostalgie des hauteurs... Il ne cherche plus à décoller mais à atterrir, à toucher terre, poser pied.


L’exil premier n’est pas la chute du paradis céleste mais l’arrachement au terreau créaliste. C’est ce premier exil qui nous fait fantasmer le second. Qui nous fait plaquer du second sur l’unique, qui nous fait plonger dans le second sans un, qui nous pousse à faire diversion, à multiplier les vers dans le fruit inter-dit.


Le poète se tue pour ne pas doubler le Créel, pour ne pas (se) trahir. Et pourtant, s’il sait qu’il y a continuité entre lui et le créel, qu’il est créel, il sait aussi qu’il n’en est qu’une goutte, une vague, un mouvement, un double ... Et que l’expérience du double fait partie du jeu. Un peu comme si le Créel jouait avec lui-même, multipliait, à l’image d’un kaléidoscope, les versions et les points de vues sur lui-même.


« Le temps de la plus haute valeur est venu, c’est le temps des Surpoètes. »


Au double d’avoir la sagesse de se doubler, de se dépasser, de se laisser dépasser par le créel. Afin que le copiste (surpoétique) ne devienne pas pâle copie (poétique). Un printemps sans poètes.

 

 

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14/02/2011

Echo, Pan et Narcisse : habiter la cité forêt

 

  

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Après Héraclite et Hegel, Deleuze a réintroduit le devenir dans la pensée, geste qui en lui-même doit être pensé. Le devenir, c’est pour Deleuze « le réel à l’état pur ». C’est ce que nous nommons le créel (d’autres jadis, en forêt de Brocéliande, le nommaient le Graal) : le flux créatif multiversel qui vibre entre les pôles de nos ordinations, l’immanence qui produit tous les possibles et les impossibles. Sans cesse des phénomènes de pur devenir nous prennent : en nous la vie résiste à la cristallisation et l’existence libre veut divertir les standards de la répétition.

 

À condition de prendre une métaphore géo-graphique, nous pourrions dire que le devenir humain sain tend vers un équilibre entre devenir-forêt et devenir-ville. L’ancestrale peur de la désagrégation et de la faiblesse mortifère auraient poussé homo sapiens a prendre pour modèle la pierre, le dur, le minéral, et à refouler le fluide, le friable, le végétal. Cette dichotomie aurait engendré nos villes et poussé les forêts à la périphérie des affaires humaines. Tôt ou tard, ce monolithisme arrive à son épuisement. L’homme-forêt hante l’homme-ville. Les Grecs avaient un mythe essentiel pour dire l'importance métaphorique de la forêt : la nymphe Écho, la vibration, le son, tombe d'abord amoureuse de Narcisse, mais celui-ci la rejette, happé par sa propre réflexion. C'est ensuite Pan, le Grand Pan dionysiaque, qui jette son dévolu sur Écho. C'est la manière grecque de nous dire que la voie d'équilibre est echo-logique, que la Nature est une panphonie, que l'harmonie, au sens musical et politique du terme, est l'horizon habitable, et que pour y parvenir il s'agit aussi de tuer Narcisse.

 

Dans Zabriskie Point, le film d’Antonioni, la liberté s’érige contre creux qui sont dans le « Reality Trip », dans le cercle infernal de leur crainte d’imaginer. Le réel qui nous entoure tend à devenir ce désert mortifère produit par la minéralisation de la panique, la police des habitudes, la soumission aux codes communs. Aujourd’hui, la plupart est ville, quadrillé d’habitudes, en partie muséifié, rigidifié et parcouru par des flux prévisibles, cristallisés, numérisés. Nous craignons, dans un monde standardisé, la forêt en nous, les ruptures vitales que nous associons à la pulsion de mort. 

 

Devenir forêt, c’est ouvrir nos sens à la sève des sons. Faire reculer le minéral en le dissolvant en atomes assez petits pour devenir nutritifs. La sève, la poussée, les racines, le bois, la mousse, les feuilles, la cohabitation des contraires, les sens, la poésie, les monstres, les déités, sont des échos du devenir forêt.

 

Le créalisme est une échonomie de la réalité. Si le devenir-ville est en partie nécessaire, faisons qu'il ne soit pas vil.

 

Luis de Miranda

 

09:47 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : créalisme, echonomie, echo, pan | |  Facebook | |  Imprimer

06/02/2011

Crealism apgalvo

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Crealism apgalvo, ka pasaulei jābūt mūsu kopīgajam mākslas darbam. 

Tāpēc jābūt mazākam nodalījumam starp ikdienas dzīvi un estētiku, ko piedāvā māksla.

Crealism apgalvo, ka mums ir jābeidz pielāgoties realitātei tā, it kā tā būtu patiesība. 

Tāpēc mums ir jākļūst par realitātes arhitektiem kopīgi radot spēles noteikumus. 

Crealism apgalvo, ka dzīvības plūsma ir kā realitāti veidojoša lava.. 

Tāpēc mums ir jāapzinās, ka dzīve patiesībā ir daudz vairāk kā mēs spējam saskatīt.
Crealism apgalvo, ka sabiedrībai būtu jābūt organizētai ap mākslu un radīšanu, un nevis ap tirgus naudas vērtībām. 

Tādēļ mums visiem vajadzētu mēģināt padarīt mākslas tirgu mazāk absurdu un spekulatīvu. "Būtu nepieciešama jauna sabiedrība, lai māksla atkal kļūtu nevainīga" Thomas Mann. 

Crealism apgalvo, ka improvizēšana ir esošais, un ir nepieciešama kārtība. 

Tāpēc mums jāstrādā pie līdzsvara starp notikumiem un protokoliem. 

Crealism apgalvo, ka numerisms vēlas valdīt pār pasauli un uzspiest savus noteikumus, bet Eros ir spēcīgāks kā Numeros. 

Tāpēc mums vajadzētu spēlēties ar automātiem, lai tie ražotu brīvību, un iedibināt mūsu pašu kodu. 

Crealists ir dzīves receptors, eksistenču horeogrāfs. 

Crealism apgalvo, ka uztvere ir viedoklis. 

Tāpēc mums ir jāatšifrē uztveres klišejas. 

Crealism apgalvo, ka katra cilvēciska būtne spēlē mūziku savā personiskajā tonī.
Tāpēc mums ir jāiedrošina singularitātes. 

Crealism apgalvo, ka pārāk daudz informācijas nogalina iztēles spēku, un ka bez iztēles realitāte ir mirusi un reproduktīva. 

Tādēļ mums vajadzētu ļaut tukšām telpām apvienoties ar informatīvām telpām. 

Crealism ir ienaidnieks standartizācijai un mimetismam. 

Tāpēc mēs radīsim mūsu pašu atkārtojumu, lai izjauktu rutīnu. 

Crealism redz hierarhijas un parakstus kā ieilgušu mītu par īpašumu. 

Tāpēc mēs radīsim kolektīvus darbus. 

Crealism apgalvo, ka pastāv daudz pasauļu. 

Tāpēc mēs uzskatām, ka mūsu izpausmes telpa ir kā apstāklis daudzējādām sistēmām. 

Crealism vēlas saškidrināt spēcīgo duālismu, piemēram, vīrietis / sieviete, māksla / uzņēmējdarbība, dzeja / realitāte, nāve / dzīve. 

Tāpēc mēs centīsimies kopā radīt dāsnāku un patiesāku pasauli.

 

 

Ieva Karkle, translation of Crealism claims, by Luis de Miranda


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