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29/06/2011

Le créalisme perce la bulle de la 54e Biennale de Venise

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28/06/2011

Sortir du réalisme, devenir créaliste, par Guillaume Blivet

 

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« Le cerveau humain aime une idée étrange autant que le corps apprécie une protéine étrange, et y résiste avec la même énergie. » W.I Beveridge (scientifique)

A l’heure où j’écris cet article, mon logiciel de traitement de texte ne reconnaît pas le mot « créalisme ». Alors j’imagine que tout comme ce logiciel, beaucoup de personnes ne connaissent pas le créalisme alors même que certains sont créalistes ou en train de le devenir.

« Chacun considère les limites de sa propre vision comme étant les limites du monde. » Arthur Schopenhauer (philosophe)

Dans « créalisme », il y a à la fois la notion de « création » et la notion de « réalisme ». En ce sens, le « c-réalisme » dépeint une réalité en création dont nous sommes les acteurs. Or, la réalité est quelque chose d’inhérent à nous-mêmes. Nous sommes seuls à vivre notre réalité. Chacun a sa réalité et chacun vit dans sa propre réalité. Même si nous pouvons faire partager notre réalité aux autres et tenter de leur montrer comment nous la voyons afin qu’ils changent leur point de vue sur celle-ci, il n’en restera pas moins qu’une réalité propre à chacun.

« Je ne pense pas qu’il y ait d’émotion qui égale celle de l’inventeur lorsqu’il voit une création de son esprit devenir réalité. » Nikolas Telsa (inventeur du courant alternatif)

Si nous avons quelque chose à créer dans notre vie, c’est, en tout premier lieu, celle-ci. Nous sommes les seuls créateurs de notre vie et c’est à nous qu’il appartient de la créer. Cette création participera à notre vision de la réalité et donc créera une nouvelle réalité. Être créaliste tend à dépasser une vision conventionnelle et passive de la réalité telle que nos cultures la conçoivent (trop) souvent, afin d’activer un espace de liberté créatrice en nous.

Pourquoi changer notre culture « réaliste » au profit d’une culture « créaliste » ? Nous avons en effet un héritage philosophique prônant une forme de réalisme depuis Platon. Plusieurs courants philosophiques, artistiques, littéraires ou politiques ont tenté de dépasser cette notion de réalisme : réalisme fantastique, réalisme magique, surréalisme, idéalisme, etc. Néanmoins, toutes ces conceptions ne cherchent qu’à saisir et à appréhender la réalité de la matière et de l’esprit (en opposition ou non). A trop vouloir comprendre la réalité à travers des conceptions parfois très précises et pointues, l’expérience créatrice de la réalité en devient occultée. D’où la nécessité du créalisme.

« Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité. » Antoine de Saint-Exupéry (écrivain et aviateur)

Nous allons à la recherche de notre propre rêve et il ne sert à rien d’aller courir des rêves provenant d’ailleurs que nous-mêmes. Les médias et les institutions tendent à nous faire croire que nos désirs doivent se construire de telle ou telle manière, qu’une vie normale doit être vécue de telle ou telle manière, que l’amour se ressent avec tel ou tel type de personne et se vit de telle ou telle manière… Mais ces concepts sont des rêves provenant d’autres sources que nous-mêmes. Nous avons la possibilité de les copier avec le risque de nous éloigner de nos propres désirs. Mais nous avons aussi la possibilité de vivre nos désirs en écoutant profondément ce qui vibre en nous. Ainsi nous créons une réalité plus proche de notre désir profond et donc plus propice à nous satisfaire et à nous épanouir.

Lorsque nous allons voir un film au cinéma, tout se passe comme-ci nous faisions l’expérience d’un rêve autre que ceux émanant de nous-mêmes. Ce rêve peut nous aider à mieux comprendre notre réalité, mais il peut aussi nous écarter de notre propre réalité jusqu’à nous faire oublier ce que nous sommes. Lorsque nous rêvons, tout se passe comme si nous faisions l’expérience de cette réalité vibrante en nous ; nous faisons notre propre cinéma. C’est ce cinéma là que nous n’écoutons pas suffisamment en général. Combien de films, de livres, d’histoires vous rappelez-vous ? De quels rêves vous rappelez-vous ? Êtes-vous en train de vivre vos propres rêves ou bien tentez-vous de vivre les rêves d’autrui ? Vivre ces propres rêves en s’attachant à créer cette nouvelle réalité est une attitude vraiment créaliste.

« Il faut faire de la vie un rêve et faire d'un rêve une réalité. » Pierre Curie (physicien)

Comment la réalité se crée à partir de nos rêves ? Nos rêves sont l’essence de la réalité. Lorsque notre conscience de la réalité se modifie à des moments particuliers tels que les rêves, nous la voyons tout à fait autrement. En effet, nous n’avons plus aucuns stimuli pour la rattacher à quoi que ce soit. Notre cerveau n’a plus besoin d’interpréter ce que nos yeux voient, ce que nos oreilles entendent, ce que nos mains touchent, etc. Il a juste à être l’écoute des profondeurs de notre être et il peut alors déclencher un voyage nous éclairant justement sur nous-mêmes.

« Chaque période est dominée par une mode, sans que la plupart des gens soient capables de découvrir les tyrans qui l'imposent. » Albert Einstein (physicien)

De ce fait, notre environnement nous parle de la réalité à travers différentes voix : la société, les cultures, les médias, les institutions, les entreprises, les courants de pensées, etc. De ce fait, la réalité dont nous entendons parler n’est pas la réalité, mais des visions du monde et de la réalité imposées par certains acteurs de la société. Ces voix nous font rêver la réalité. Certaines de ses voix convergent et certaines s’imposent plus que d’autres. La société de consommation est un rêve devenu réel pour certains.

« Les hommes jugent les choses suivant la disposition de leur cerveau ». Jean-Pierre Changeux (neurobiologiste)

Une illustration claire du paradigme réaliste et consumériste est la célèbre (et juste) affirmation du PDG de TF1, Patrick Le Lay : « […] soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit [...]. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible […]. » De ce point de vue, les réalistes se revendent entre eux du temps de cerveau humain disponible. Cela est logique, puisque la structure de notre cerveau le rend perméable aux messages publicitaires. Cette tendance réaliste rend notre cerveau indisponible à lui-même pour l’amener dans une réalité de consommation irrationnelle.

Le consumérisme qui fait partie de notre postmodernité (sic) témoigne également d’un comportement réaliste. Pourquoi ? Parce que notre société de consommation fonctionne sur le principe de plaisir et de récompense. Nous consommons et notre cerveau nous charge en dopamine pour nous récompenser ; nous éprouvons du plaisir et notre désir se tourne vers l’objet de consommation, le totem. Voilà la faille qu’exploitent les réalistes. La méthode employée est le marketing et son fonctionnement est aujourd’hui confirmé par les neurosciences. Les travaux scientifiques nous apprennent que notre cerveau détermine nos comportements et nos pensées d'une façon inconsciente en grande partie. C’est pourquoi le marketing moderne, encore appelé neuromarketing, exploite nos circuits cérébraux liés au plaisir, à la récompense et à la prise de décision afin de les détourner d’eux-mêmes et de les tourner vers des objets de consommation. Les objets de consommation assureraient-ils leur survie via les désirs inconscients humains ?

« Le libre arbitre, c’est de faire volontiers ce que je dois faire. » Carl G. Jung (psychiatre)

Le consommateur, le réaliste, croit devoir sa survie et son bonheur dans l’expérience du plaisir à court terme mobilisé par l’acquisition et le gaspillage. Son amour du totem le détourne de son amour pour lui-même et de son amour pour les autres. Si ce mécanisme fonctionne c’est parce qu’il leurre nos comportements inscrits dans nos gènes suite à des millions d’années de survie en milieu hostile. Pour reprendre possession de nous-mêmes, place à l’Homo crealis ! Le créaliste recherche la jouissance durable, les plaisirs et les désirs sur le long terme, le partage et la poursuite de valeurs immatérielles génératrices de satisfaction spirituelle, indépendante des objets de consommation. Son amour pour lui-même l’amène à l’amour pour les autres. De cette façon, la réalité se crée à partir de l’acteur et non plus à partir de l’objet. Pour devenir créaliste, le réaliste se doit de reprendre ses droits et reconnaître ses désirs.

« Bientôt nous devrons regarder à l’intérieur de nous-mêmes et décider ce que nous désirons devenir. » Edward O. Wilson (biologiste)

Bientôt nous rêverons, bientôt nous penserons, bientôt nous réaliserons, bientôt nous créerons.

Bienvenue en Créalie, ce pays qui est en vous.

Si un Centre de Recherche pour une Existence Libre (CREEL) a vu le jour, c’est qu’il répond certainement à un besoin que chaque citoyen peut ressentir au plus profond de son être.

Le créalisme est avant tout une manière d’exister, un état d’être. Ses champs d’applications sont donc multiples.

Ensemble, nous construisons un rêve collectif et ce rêve sera d’autant plus beau si chacun s’attache à vivre le sien.

 

Guillaume Blivet

17:27 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : guillaume blivet, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

ESSAI SUR LES PRINCIPES DU CREALISME, par Gilles Vervisch



bigfish.jpgLa réalité semble être, par définition, ce qui s’impose à l’esprit et qu’on ne peut pas changer : « c’est un fait ! », « c’est la dure réalité de la vie ». On a tendance à opposer d’ailleurs la réalité, en tant qu’elle s’impose à l’esprit, à tout ce qui n’est pas réel et qui, d’une manière ou d’une autre, est une création de l’esprit ; « tout ça, c’est dans ta tête ». On peut penser à l’illusion (prendre ses rêves ou ses désirs pour des réalités), à l’imaginaire. Certes, si le réalisme consiste simplement à dire que pour agir efficacement sur la réalité, il faut d’abord s’y soumettre, on peut admettre qu’il faut savoir être pragmatique. Tout n’est pas possible. Mais bien souvent, « être réaliste » signifie qu’on ne peut rien changer à la réalité. Ainsi, l’homme n’a plus qu’à contempler ou plutôt à constater le monde qui s’impose à lui, sans chercher à y réaliser ses rêves ou ses désirs ; sans même penser à transformer ce monde, sous peine de n’être qu’un idéaliste. « Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». Voilà ce qu’on pense quand on est  "cartésien ".

Mais à quelle réalité devrait-on se soumettre ? Et qu’est-ce que la réalité ?

D’abord, d’un point de vue purement philosophique, il est difficile d’admettre que la réalité est ce qui existe indépendamment de l’esprit; qu’elle s’impose à l’esprit. Je dis que la table qui est devant moi existe, qu’elle est réelle. Or, à quoi tient l’évidence de cette réalité ? C’est parce que je la touche et que je la vois. Mais alors, cela signifie que si je n’étais pas là pour voir la table et penser qu’il y a une table, elle n’existerait pas. En bref, c’est dans la seule mesure où la table existe pour mon esprit, qu’elle existe. Une table, elle, ne pense pas. Elle n’est donc rien pour elle-même.descartes.jpg

 

Et quand bien même on laisserait de côté ces considérations trop métaphysiques, à quelle réalité doit-on se soumettre ? À la société telle qu’elle est organisée, capitaliste et consommatrice. Mais d’abord, qui a organisé cette société, si ce ne sont pas les hommes eux-mêmes ? La réalité dont on nous parle, à laquelle on nous demande de nous soumettre n’est pas une réalité naturelle qui s’imposerait à nous avec autant de nécessité que les lois de la nature. Tous les hommes sont mortels, c’est un fait, et l’on ne peut sans doute rien y changer. Mais "Il faut gagner de l’argent pour vivre", "consommer pour exister" ; en quoi cela constitue-t-il une réalité à laquelle les hommes ne pourraient rien changer, dans la mesure où ce sont eux-mêmes qui l’ont créée ?

En fait, la réalité qui nous entoure n’a plus rien de naturelle : elle est tout entière produite par l’homme. Il paraît donc mensonger de prétendre qu’on ne peut rien n’y changer. Mais c’est un mensonge sans doute utile à ceux qui ont intérêt à ce que cette réalité demeure.
En fait, c’est la société humaine, l’idéologie dominante qui veut faire passer l’idée qu’il faut être réaliste. Non seulement elle est mensongère, mais en plus, elle désenchante les rêves. Le monde humain actuel, mondialisé, est ce monde dans lequel on apprend aux individus à être réalistes. Un monde dans lequel on donne l’idée qu’on ne peut ni ne doit changer la réalité, alors même qu’il s’agit de la réalité la plus terne, la plus uniforme qui puisse exister. Tout le monde consomme les mêmes choses, définit son bonheur de la même manière à travers les clichés imposés par la société de consommation.

Il est donc faux de croire que la réalité ne pourrait pas être changée, qu’elle ne sortirait pas, d’une manière ou d’une autre, de l’esprit ou de l’imagination des individus. Après tout, la réalité même qui s’impose aujourd’hui à nous, dans tout ce qu’elle a de plus terne, de paupérisant, etc. est elle-même le fruit de l’imagination et de l’esprit humains. Par exemple, les « cités » ou banlieues et leurs misérables conditions de vies desquelles on semble aujourd’hui incapable de sortir, sont bien l’œuvre de projets utopiques des années 60-70. C’est de l’esprit humain que sort n’importe quel élément de la réalité qui nous entoure, de la plus petite poubelle à la plus grande mégalopole. Ainsi, c’est bien l’imagination qui produit la réalité. On a tort, sans doute, d’opposer l’imagination à la réalité, comme si l’imagination ne pouvait produire que de l’imaginaire. Le monde moderne, avec ses lois économiques, sociales ou politiques, qui s’imposent désormais à chaque individu aussi nécessairement que les lois de la nature retire à chacun l’idée qu’il pourrait changer cette réalité ; et fait croire à tous qu’on doit s’y résigner. C’est bien d’un cerveau humain qu’est sortie la bombe atomique, comme les cités dortoirs, les villes nouvelles, et tous les bidonvilles de la terre. Alors, pourquoi une autre réalité ne pourrait-elle plus sortir du même cerveau ?
L’imagination ne consiste pas forcément à s’évader de la réalité : le scientifique qui émet une hypothèse use de son imagination. Baudelaire l’appelait « la reine des facultés ». Il critiquait le peintre paysagiste qui se contentait de copier la nature, et considérait comme un triomphe de ne pas montrer sa personnalité.

 

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Le « créalisme » prétend donc faire cette synthèse ; réaffirmer que la réalité, loin de s’imposer à l’esprit, est créée par l’esprit lui-même. Notamment son imagination. Loin du « réalisme » qui voudrait nous imposer un seul système monde, une seule réalité, le créalisme affirme, contre Descartes, qu’il vaut mieux changer l’ordre du monde, plutôt que ses désirs ; rendre le monde conforme à ses désirs. Pourquoi le fait de « prendre ses désirs pour des réalités » consisterait seulement à se réfugier dans l’illusion ? A s’évader de la réalité ? Qui a dit qui les désirs ne pouvaient pas créer, transformer la réalité ?

 

Gilles Vervisch

17:21 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : gilles vervisch, créalisme | |  Facebook | |  Imprimer

24/06/2011

DE L’ÉTUDIANT AU MILIEU DE SA MISÈRE


COMITÉ DE RÉDACTION
David Buliard, Robin Clot, Michaël Crevoisier et Karen Sigu.
 

À Luis de Miranda : "Nous sommes un collectif bisontin ayant rédigé à l'occasion du contre-G8/G20 éducation et recherche un livret (de 68 pages) se proposant d'actualiser la critique de la condition de l'étudiant dans sa forme contemporaine. Cette critique entend prendre en compte l'avènement du virtuel dans l'existence quotidienne pour en saisir l'importance et en déjouer les conséquences.
Nous apprécions votre démarche et aimerions y participer par ce texte. Vous trouverez ce livret intitulé "De l'étudiant au milieu de sa misère..."

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DE L’ÉTUDIANT AU MILIEU DE SA MISÈRE
considérée sous ses aspects métaphysique, poétique, économique, politique
et notamment cybernétique et de quelques moyens pour la déjouer.
mai 2011


"Notre critique est née comme naissent toutes les critiques, du doute. Du
doute est né notre récit. Le nôtre était la quête d’une nouvelle Histoire,
notre Histoire. Et nous nous sommes raccrochés à cette nouvelle Histoire
guidés par le soupçon tel que le langage ordinaire ne saurait le décrire.
Notre passé nous a paru figé dans le lointain et chacun de nos gestes,
de nos accents, signifiaient la négation de l’ancien monde et la volonté
d’accéder au nouveau. Notre manière de vivre a généré un nouveau rela-
tionnel, basé sur l’exubérance et l’amitié. Une micro société subversive
au sein d’une société qui l’ignorait. L’art n’en était pas la finalité mais
le moyen de découvrir les spécificités de notre rythme et les possibilités
cachées de notre temps. Cela nous a permis d’obtenir un vrai moyen de
communiquer ou du moins l’envie d’une vraie communication, ce qui
consiste à la découvrir puis à la perdre.
Nous les inassouvis, les insoumis continuons de chercher comblant les
silences par nos propres envies, nos peurs et nos fantasmes ; motivés par
le fait que quand bien même le monde nous semblait vide, quand bien
même le monde nous apparaissait comme délabré et sec, nous savions
que tout restait possible, et que dans certaines circonstances un nouveau
monde était aussi vraisemblable que l’ancien.
RECOMMENCER ENCORE...
DEPUIS LE DÉBUT."
Richard Linklater, Waking Life


Lire le texte dans son intégralité : de-l.etudiant_a4.pdf

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16:10 Publié dans philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : étudiant, misère | |  Facebook | |  Imprimer

15/06/2011

LE HÉROS CRÉALISTE. Après Mad Max, ou l'art d'être héroïques au tempo du Créel.

par Luis de Miranda

 

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L’un des personnages qui marqua mon adolescence, parce que je m’y identifiais en partie, se nommait Mad Max. C’était un individu foncièrement solitaire, peu bavard, luttant pour sa survie dans un monde dévasté et barbare, sans jamais perdre sa relative élégance : un dandy apocalyptique. Un anti-héros, mais qui paraissait héroïque si on le comparait à la turpitude des humains qui l’entouraient.

Le thème musical de l’un des volets de la saga, le troisième et dernier jusqu’à nouvel ordre, réalisé en 1985, était chanté par Tina Turner et s’intitulait : We don’t need another hero. La chanson exprime la volonté des enfants de la dernière génération de quitter le Dôme du Tonnerre (Thunderdome), une arène de gladiateurs où les conflits sont résolus par la violence, pour découvrir un monde plus harmonieux, moins régi par la peur et la dévastation qui en découle. Cette nouvelle génération ne souhaite pas revenir à un passé fantasmé mais aller au devant d’une vie libérée de la compétition sauvage, orientée vers la seule survie, au devant d'un horizon porté par une valeur sur laquelle on puisse s'appuyer, par exemple, dans la chanson, « l’amour » plutôt que la haine.

Ce que ce chant rejette, ce sont les héros sans idéal, les brutes compétitives comme on en voit souvent aujourd’hui, par exemple dans le sport. Ces gladiateurs des temps postmodernes, que les médias tendent à nous vendre comme héroïques, sont en réalité les esclaves du divertissement et ne cherchent, peu ou prou(e), que leur propre gloire. Mad Max lui-même est un personnage ambigu, car il ne se départit presque jamais de son égotisme – le salut de l’humanité, la sortie du règne du Tonnerre, lui importent trop peu. C’est un punk : il rejette le monde de la compétition barbare, mais il ne fait rien pour en sortir, se contentant de sauver sa peau d’une manière stoïque. Il cherche à se respecter lui-même, dans la mesure du possible, mais ne respecte pas les autres, sur lesquels il n’a plus aucune illusion. Il endure.

Endurer : c’est sans doute l’une des marques du héros, mais ce ne peut-être la seule. Comme les enfants du Thunderdome, nous ne voulons plus de faux héros, de singes savants de la compétition. Il est temps de quitter le spectacle de la survie, qui est un héroïsme en creux, négatif, pour favoriser des héroïsmes de la Vie, de la confiance en soi et autrui (et autrui en soi), de l’invention généreuse, du risque à vue longue, de la capacité de sacrifier ses peurs et de s’engager dans une démarche récalcitrante au nom d’une certaine idée du Paradis sur Terre, un monde où l’action et la joie seraient réunies au service d’une humanité élevée, raffinée, généreuse, à l’âme noble et riche. Il ne s’agit pas de chanter les petits oiseaux, car les petits oiseaux n’ont jamais cessé d’exister (en ce moment même, ils chantent dans mon jardin). Il s’agit de faire confiance à l’humanité, quand bien même elle nous semblerait actuellement décevante.

« Le héros est le vrai sujet de la modernité », disait Walter Benjamin. Comme l’a montré Nietzsche, une nouvelle définition de l’héroïsme est permise par la fin de la domination d’un idéalisme radical tel qu’il s’exprimait dans le christianisme ou le platonisme, et qui tendait à déplacer les idées de Bien et de Vérité dans un Ailleurs jamais totalement atteignable, ou alors après la mort. Paradoxalement, la chute d’une transcendance axée sur l’Au-Delà est émancipatrice, car elle permet une définition immanente de l'acte de bravoure. Le héros créaliste croit à la possibilité de se rapprocher d’un paradis terrestre – parce qu’il SENT la présence du Créel et que celui-ci se manifeste de temps en temps à lui. Il œuvre dans ce sens, par le souci d'intégrité et d'honnêteté de son esthétique singulière, mais aussi parce qu’il ne s’enferme pas dans un solipsisme radical, un isolement égotiste qui ferait feu de tout bois : il croit, d’une manière ou d’une autre, au collectif, même s’il n’est pas dupe des turpitudes humaines.

C’est là, à mon sens, le cœur véritable de l’héroïsme contemporain : le fait de postuler, contre les séductions du cynisme ou de la misanthropie, que les autres puissent être aussi héroïques que soi. Tel pourrait être l’un des impératifs créalistes : agis toujours de telle sorte que tu présupposes qu’autrui puisse être héroïque plutôt que médiocre. La foi en la grandeur humaine, peut-être chaque jour invalidée par cent exemples (c'est une question de perspective), n’est jamais abandonnée par le héros créaliste : en cela, il ne devient pas un manipulateur, un exploiteur. Ne pas devenir misanthrope et en même temps ne jamais se satisfaire de la médiocrité et de la compassion, c’est cela l’héroïsme au tempo du Créel.

Pourquoi y a-t-il aujourd’hui de l’héroïsme à avoir foi en une collectivité plus noble, plus solidaire, moins gouvernée par la mesquinerie et la survie individuelle ? Parce que nos temps sont gangrénés par ce que j’ai appelé, dans mon premier essai, l’ego trip : le narcissisme pétulant, l’incapacité à agir au-delà de l’image de soi. Nous constatons cela tous les jours, y compris chez les personnes qui affirment vouloir un monde meilleur : il y a aujourd’hui une inertie individualiste, une difficulté pour les individus à se mettre en seconde place par rapport au collectif, une prétention pathétique et hédoniste à être le centre du monde tout en suivant la loi du moindre effort. Cet ego trip est, d’un certain point de vue, lamentable, dans la mesure où il ne cesse de se renforcer lui-même : ainsi même ceux qui croient un instant dans les vertus du collectif finissent pas déchanter après avoir expérimenté des protocoles de groupe, comme les partis, les associations, les organisations non gouvernementales et autres mouvements. L’indécence du moi-je y semble parfois telle qu’on finit par être tenté de se réfugier soi-même dans l’individualisme et le sauve-qui-peut. Mais si l’idéalisme candide peut apparaître comme une erreur de jeunesse, le découragement politique est une réelle erreur de vieillesse, d’ailleurs souvent pratiquée par des esprits précocement séniles. 

Certes, l’époque postmoderne s’est méfiée des maîtres en tout genre, tandis qu'elle ne s’est pas assez méfiée du petit maître en soi, de la propre volonté de puissance de chacun, des opinions mal étayées. On veut parfois accéder à l’autonomie de pensée, mais sans aller jusqu’au bout du chemin de la connaissance. L’émoi trop souvent se résume en un cri : « Et moi ? » Difficile d’assister à un retour collectif vers l’héroïsme sans le renoncement à la pétulance personnelle. Mais en même temps, on ne peut demander aux maladroits de se taire, ni à ceux qui pensent mal de renoncer à leur désir de penser par eux-mêmes. Je préfère considérer le règne actuel de l’ego comme une étape nécessaire d'un processus démocratique créaliste. Les masses découvrent depuis assez peu de temps à l’échelle de l’histoire humaine, la liberté de penser et de s’exprimer : il est naturel que pendant quelques décennies elles l’exercent maladroitement. 

Il serait conservateur et illusoire de vouloir revenir à un système où seuls quelque uns, une caste de clercs, auraient le monopole de la pensée. À ce titre, on doit constater que l’université est parfois morte : elle est peut-être en train d'être remplacée par la « pluriversité ». Pour l’instant, ce mouvement libérateur de la connaissance et de la pensée ne se fait pas sans cacophonie ni bêtise : l’humanité apprend à libérer son intelligence – on ne peut pas demander à un enfant qui apprend à marcher d’exécuter des pas de danse sophistiqués. Faut-il empêcher les humains de danser librement au prétexte que la danse devrait être le monopole des rats de l’opéra ?

Le créalisme choisit de faire confiance à la démocratie, en postulant que ses médiocrités actuelles ne sont qu’une étape de l’avancée collective vers la noblesse de cœur et d’esprit. En chaque humain, il choisit de déceler le demi-dieu plutôt que la demi-bête seule – héroïque, n’est-il pas ?


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13/06/2011

Ego trip

 

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L'homme postmoderne se fantasme en artiste-sans-œuvre. Son imaginaire est standardisé, son bien-être est virtuel, et son moi schizonévrotique. La société ? Fragmentée. Les révolutions ? Mentales. L'intime ? Colonisé. Que nous reste-t-il face au chaos du monde hypercapitaliste, à part le délirant repli sur soi ? L'utopie nombriliste, le matraquage publicitaire ou l'invasion de la téléréalité, tout est conçu pour détourner nos pulsions créatrices au profit d'une consommation narcissique. Et pourtant, ce projet d'automatisation de l'humain est en train d'échouer. Pour comprendre pourquoi, cliquez sur la photo...

 

 

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